Nous voilà donc confinés. Terrifiés à l'idée de devenir malades. Tétanisés en découvrant que nous allons mourir un jour. Ramenés au stade archaïque de la terreur par des injonctions politiques. Rabaissés au temps des peurs primales. Et, en suivant un lanceur d'alerte chinois, c'est le monde entier qui régresse au stade anal.
A moins que l'inceste ne devienne la règle. Réfugiés dans nos maisons, enfermés dans nos appartements, repliés sur nos familles nucléaires. Ramenés au tabou universel, et prêts à le transgresser pour suivre l'exemple des steps-dads, steps-mums et autres steps-sisters proposés par Youporn. L'inceste comme achèvement du capitalisme mondialisé et de la pornographie triomphante.
Mais, à côté de l'immense dévaluation culturelle, qui résulte de l'impossibilité de hiérarchiser l'information et les œuvres d'art, en ombre chinoise, c'est bien une crise économique que nous vivons. Tellement grave que même la droite envisage des nationalisations.
Dans mon petit bureau de vote, dimanche, installée dans un préfabriqué qui sert de salle de réunions, des gens apeurés, des assesseurs avec des gants en plastique bleu et des gels hydro-alcooliques pour savoir, comme le vote, nom par nom, qui a peur et qui pense quoi de cette pandémie médiatique.
Dans mes campagnes, nombre de gens ont des placards pleins de victuailles. Ils ont peur de la guerre que leurs parents ont connue.
Alors ? Guerre sanitaire ? Guerre culturelle ? Guerre économique ? Ou guerre de l'information ?
Avec des places boursières mondiales qui ont perdu plus de 20 % de leurs valeurs en une semaine, il conviendrait de rassurer les marchés et les investisseurs. Il suffirait de leur rappeler ce que font toujours les Français dans de telles situations : des enfants. Et nos couards boursiers parieront vite sur un baby-boom et une reprise de l'activité économique lié aux nombres des naissances.
A mon âge, j'ai déjà mené plusieurs guerres. Il m'en reste encore à faire. Et l'investissement boursier n'est pas mon truc. Il ne me reste plus qu'à maintenir la distance sanitaire avec ma famille, et à inviter une amie lointaine à prendre un des derniers trains en circulation pour me rendre visite durant quelques semaines. Et ce serait le paradis sur Terre.
Car, malgré tout cela, les forces naturelles du printemps balaieront toutes nos peurs et toutes nos faiblesses, comme chaque année, dans l'ivresse de la sève montante.
Eteignons la télé, laissons jouer les enfants dehors, laissons les célibataires faire leurs courses tous les jours et parions sur l'enfance. L'enfance qui résiste.
Santangelo
Note : On apprend ce matin que Sanofi propose de soigner 300 000 malades avec un médicament anti-palludique jugé efficace. Fin de la récréation ? Déjà ?