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Billet de blog 21 avril 2023

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Sur un Air de Campagne (393)

La main verte... suite !

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Amis du Genre Humain Santangelo
Illustration 2
Pré de Pissenlit © Santangelo

La semaine dernière, lors d'une promenade en voiture – une de ces petites balades sans but que j'appréciais tant et dont je me retrouve privé – j'ai cru remarquer, sur le bord du chemin, quelques plants de muguet sauvage, bien en avance sur la saison. Sur le chemin du retour, ne pouvant m'arrêter à cet endroit, parce que j'étais suivi, j'ai voulu faire demi-tour, un peu plus loin, avant de réaliser que, là aussi, au carrefour, semblait fleurir la belle plante à clochettes, à foison. J'en ai ramassé un brin, un peu dubitatif, et je suis rentré. Arrivé en bas de chez moi, j'ai eu la surprise de constater que le jardin du voisin, ainsi que tout le parterre de mon immeuble, étaient recouverts de muguet. Fallait-il y voir un signe ? Voire une prémonition pour un printemps politique ?

Puis, retrouvant mes esprits, je me suis souvenu que ma mère m'avait parlé d'un cousin de l'ail des ours – appelé ail triquêtre – une plante méditerranéenne, qui s'est installée en Bretagne, depuis quelques années, et qui est devenue invasive, à tel point que les recherches sont actives et les esprits savants réquisitionnés pour, sinon l'éradiquer, du moins ralentir sa progression galopante. Sa tige est faite de trois angles, et ses fleurs ressemblent, de loin, à celles du muguet. On la consomme comme l'ail.

Quelques jours plus tard, je suis tombé, au soleil couchant, sur une prairie couverte de pissenlit. Le spectacle était saisissant, même s'il n'égalait pas celui de la découverte d'un champ de coquelicot, au bord de la mer, il y a un couple d'années. Le pissenlit – ou « dent de lion » ou « salade de taupe » ou encore « couronne de moine » - est connu pour ses vertus médicinales, mais c'est surtout lorsqu'il monte en graines qu'il est remarquable et amusant, pour les enfants, qui jouent à souffler, d'une seule expiration, l'ensemble de la « boule de poils blancs. » Du moins, c'est ce que faisait Quentin, dans son jeune âge. Là encore, c'est ma mère qui me renseigna. Elle aussi avait repéré, sur le chemin de sa nouvelle maison, en traversant le Finistère, plusieurs parcelles couvertes de pissenlit, ces dernières semaines. Nos conclusions allèrent tout de suite vers l'interdiction d'un herbicide. Mais il pouvait s'agir aussi d'une nouvelle lubie paysanne... Ou un simple petit mystère de la nature, qui sait en présenter, de temps à autres, à ceux qui l'observent ?

Ces deux plantes – l'ail triquêtre et le pissenlit – sont comestibles et dotées de vertus diverses, suivant le mode de consommation, connues depuis le Moyen Âge. Et si je retournais, puisque l'on m'y renvoie si souvent, à mes racines, et que je m'installais dans une ferme pour les cultiver, de préférence en suivant des méthodes 'bio' ? Le travail requis serait minimal, l'investissement réduit, et le risque de mauvaises récoltes presque nul... Il suffisait d'y penser ! Et en parler à mes vieux parents dimanche, en allant cueillir quelques brins de vrai muguet, dans leur jardin ?

Il y dix ans, j'avais écrit un roman, sur mes origines, que j'avais intitulé « l'Ail des Ours. » À tout bien réfléchir, il vaudrait peut-être mieux en rester au stade des conjectures et à la littérature. Peut-être un prochain roman-expresso qui s'appellerait « Par la Racine » ?

Santangelo

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