La légèreté c'est le doute quand on cherche les petits cailloux qu'on a laissés sur la route,
C'est de continuer à croire en tous nos anciens espoirs ,
La légèreté c'est de mettre dehors sans la tuer l'araignée du soir,
C'est de cueillir la pâquerette,
Et d'offrir des bouquets de mots,
Légèreté d'un cadeau de trois sous,
D'une prière dite debout,
D'une lecture de bout en bout,
Légèreté du sourire d'une passante,
De la plume aigre-douce d'une ex repentante,
Légèreté d'un grand champagne dans l'herbe de la campagne,
D'une cigarette écrasée à peine était-elle allumée,
Légèreté du regard allumé d'un enfant qui lèche du doigt le plat dans lequel sa mère vient de préparer une mousse au chocolat,
Légèreté d'une histoire d'amour sans lendemain pour laquelle on a sorti le grand jeu,
D'un dîner d'adieux sans larmes,
D'une guerre sans les armes,
Légèreté d'une passe de torero faite avec un manteau face aux voitures de la grand-rue,
Légèreté d'une jupe courte sous la pluie,
D'un gilet de grand-mère en ville,
D'un maillot enfilé nu sur la plage bondée,
Des ronds dans l'eau de celui qui ne sait pas nager,
Légèreté du téléphone portable jeté du fond de la classe jusque dans la poubelle devant la prof qui demandait de l'éteindre,
Légèreté du regard du moine qui vient de faire un nœud coulant dans la corde du Père Abbé,
Légèreté de se laver à l'eau froide du lavabo avec un savon de Marseille,
Légèreté de celui qui siffle un air révolutionnaire quand il se fait contrôler par la police,
De la chanson guillerette à l'hôpital,
Légèreté de hurler faux dans la voiture en allant au travail,
De mimer sa chanteuse préférée devant la glace avec une brosse à cheveux en guise de micro,
Légèreté de la tartine de pain sec recouverte de moutarde de l'étudiant qui a oublié de faire ses courses malgré la dalle qui lui tenaille le ventre,
Légèreté d'un « Bonjour, comment vas-tu ? » à l'ami qu'on n'a pas vu depuis dix ans,
D'un slogan écrit à la craie,
D'un château de sable,
D'un car scolaire sans cartable,
Du coin de table sur lequel on étudie un poème de Boris Vian,
Légèreté d'un chant jeté aux quatre vents.
Saul Santangelo des Regs