Saul Santangelo

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Billet de blog 22 juillet 2023

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Sur un Air de Campagne (413)

Point-route n° N (Pour quelques propositions de plus...)

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Trop Vieux © Santangelo

Depuis quand n'ai-je pas reçu, sans parler de louanges, un simple compliment pour mon travail, un petit encouragement, juste une invite à continuer, rien qu'un sourire de connivence ? À bien y réfléchir, exceptées deux ou trois remarques, en forme de marques de sympathie, en l'air, de la part de ma mère, au téléphone, en cinq ans : rien, nibe, nothing, nada.

Dans ces conditions, est-ce bien raisonnable de poursuivre l'idéal, de quêter encore l'amour, en sus de viser la grande littérature ?

Le mois dernier, afin de colmater les conséquences d'un dégât des eaux imaginaire, après une dizaine de coups de fil, dont certains menaçants, en provenance de personnes dont je ne parviens pas à expliquer l'acrimonie à mon égard autrement que par la mauvaise humeur passagère, il a fallu pas moins de six visites et interventions, à mon domicile, pour s'apercevoir que ledit dégât des eaux était vraiment imaginaire. Dans la bataille, j'ai gagné un chauffe-eau tout neuf. Mais il ne fonctionne toujours pas en automatique et, comme avec le cumulus qui l'a précédé, je dois toujours placer, en dessous du ballon, un saladier, pour pallier les fuites occasionnelles, bien réelles celles-là. Le plombier a aussi changé (quelle idée?!) le flexible de la douche. Résultat : la douchette a perdu tous ses pouvoirs magiques, et je me contente donc de mes bonnes vieilles habitudes du matin, à walpé (puisque, dans mes campagnes, on se doit de parler verlan), devant mon lavabo ébréché, armé de deux gants de toilette d'un autre temps, et d'un savon de Marseille. Acheter deux bouteilles de déboucheur à la soude caustique.

Pendant ce temps, les gêneurs, de plus en plus nombreux, de plus en plus hargneux, continuent à vouloir « m'enculer jusqu'à ce que j'en crève » et, afin de vaincre une constipation chronique, dont je suis presque prêt à imputer l'origine à leur volonté toute-puissante, j'ai fait provision de laxatif. Psychologie ou dérangement intestinal passager ?

Las ! Comme si ça ne suffisait pas à foutre en l'air la plupart de mes journées, je commence à somatiser sérieusement, jusqu'à en travailler du chapeau. Des rages de dents aiguës, qui me prennent au coucher et m'emmènent, jusqu'à des heures indues, sur des sommets de douleur jusqu'alors inexplorés. Ça part de deux racines de dents cassées, pourries, comme le reste, ça pénètre dans la gencive et ça monte dans le crâne, en passant par l'oreille interne. Au-delà de tout ce que j'ai pu connaître comme souffrance physique. Au moment où, après tous ces efforts surhumains, j'étais venu à bout de mes tourments psychologiques, c'est particulièrement fâcheux.

Malgré tout, je demeure toujours aussi déterminé à amorcer un virage écologique raisonnable et si possible durable, que j'espère encore bienfaiteur, et je poursuis mes lectures, avec « Wolf » de Jim Harrison et quelques livres, ethnographiques et plus littéraires, sur les Indiens d'Amérique du Nord. Mais, pour me détendre, je me suis procuré un étrange document : un ouvrage intitulé « Capitale du Plaisir », qui explore les changements du rapport à la nudité, en France, dans les Années Folles. À la marge de dizaines de photos suggestives, on y apprend que les Poilus, dans leurs tranchées, recevaient des cartes postales érotiques de la part de leurs femmes, restées à la maison et que, sans parler des maisons closes, les mœurs des années 20, y compris homosexuelles, étaient probablement plus « libres » que de nos jours. C'est publié à La Manufacture de Livres et, si l'intérêt purement érotique en est limité, alors que la littérature érotique a presque entièrement disparu, ça vaut tout de même le détour.

Mais, à peine les pages des livres commencent-elles à tourner toutes seules, que voilà les gêneurs qui cherchent encore à imposer leur point de vue, du point de vue de la force physique, et qui veulent, en choeur, que j' « arrête de lire et d'écrire » parce que je « ne connais rien à rien ! » Même les photos, c'est défendu ?! Bande de Talibans staliniens !

Cet été, en raison de mon manque d'énergie, lui-aussi chronique, je ne prendrai pas, pas plus que les années passées, de « vacances. » Tout juste puis-je espérer deux ou trois visites de vieilles amies, au mois d'août, à l'heure du thé. (Mais l'heure du thé, si l'on excepte le temps des cafés improvisés, c'est toute la journée, n'est-ce pas?) Et toujours personne pour me tirer d'embarras...

A qui vais-je bien pouvoir faire mon imitation de Jim Harrison, parlant de sa chienne à François Busnel, avec cet accent presque anglais, ce chaloupé dans la prononciation des mots, ce phrasé si particulier des « écrivains américains », ivre et la larme à l'oeil ?

Mais pourquoi diable n'ai-je pas creusé cette idée, qui m'est venue il y a de longs mois, et qui m'avait semblé géniale, avant que je ne l'abandonne, comme le reste ? Mais si, celle qui m'aurait fait gagner de l'argent, avec ma plume, en vendant des chansons originales de circonstances – mariages, communions, bar mitzvah, obsèques. Maintenant c'est bien tard ! Mais est-ce trop tard ?

Et voilà ! À peine mon petit billet troussé et de nouveaux gêneurs, en bas. Vont-ils encore me parler de « pognon », en m'invectivant et en ricanant, depuis la rue, comme hier ? Avant que les attaques ne commencent sur les autres fronts !

Deleuze expliquait, dans une théorie alambiquée, après des analyses sophistiquées, références savantes à l'appui, que le masochisme était un stade plus avancé, du point de vue de la psychanalyse, que le sadisme. Plus avancé...

Santangelo

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