J'ai passé un bac D en 1988 et un bac C en 1989. Je suis entré à l'université en 1990, pour faire des maths. Et je me suis inscrit à la fac de lettres en 1991. Juste à cheval sur la grande réforme de l'orthographe, qui a tant fait parler d'elle. (Mais pas tant de que ça finalement...) Ceci expliquerait-il cela ?
Ils sont nombreux, ceux qui, dictionnaires à portée de main, brandissent leurs anathèmes contre les « fossoyeurs de la langue », coupables, à leurs yeux, d'appauvrir le français, de le priver de ses particularismes, de ses raretés, de ses trésors revenus d'un passé glorieux – en un mot comme en dix : de le châtrer. Pourtant, le plus souvent, ces mêmes individus peu fréquentables, lorsqu'ils laissent libre cours à leur soif professorale, lors de ces crises d'autorité qu'ils affectionnent – et dont ils nous gratifient de la même façon qu'ils en font bénéficier leurs enfants, leurs conjoints et leurs chiens – afin de s'imposer, tout en dénonçant les « donneurs de leçons », le plus souvent donc, en voulant nous corriger vertement, ils ne font que rajouter, lestement, des fautes dans nos textes, là où il n'y en avait pas.
Depuis que j'ai recommencé à écrire 'sérieusement', sur ce blog et pas que, il y a six ans, après des années de silence, et puisqu' entre-temps j'ai vendu toute ma bibliothèque, pièce par pièce, pour quelques euros dont je n'avais même pas besoin, je corrige mes textes à l'aide d'Internet. Là, j'ai trouvé moult dictionnaires, afin de trouver les meilleures définitions des mots que j'emploie, et pléthore de « sites perso », pour solutionner mes affres grammaticales. Mais, à ce qu'il semble désormais, à l'usage, et surtout depuis que Google a ouvert ses 'colonnes' aux quidams, là encore, j'ai tendance, en tendant vers la correction, à rajouter des fautes, là où il n'y en avait peut-être pas...
Et cette impression fort désagréable, en passant d'un site à l'autre (et l'envie de renoncer qui suit immédiatement) que toutes les occurrences sont acceptables – pour ne pas dire : « passables »...
Mais pourquoi donc les principaux dictionnaires en ligne ont oublié le mot « étymologie » ? Pour un non-helléniste-non-latiniste qui veut écrire sur son petit blog, c'est très dommageable !
En repensant à « la Poursuite de l'Idéal », le roman de Patrice Jean, que j'ai lu il y a quelques mois, est revenue à ma mémoire la copine d'un ami de fac (ou, faut-il dire : « l'amie d'un copain de bistrot ? ») qui ambitionnait, il y a trente ans déjà, de travailler dans le monde de la publicité, afin de prendre en charge la rédaction des textes qui ornent les étiquettes des produits de grande consommation. Moi, quelques années plus tard, j'ai préféré tenter ma chance dans les notes de synthèse. Sans plus de succès. Je trouvais ça marrant. Quand on sait l'importance qu'ont pris les informations divulguées sur les étiquettes des produits de consommation ces dernières années, je suis bien forcé de revoir ma copie, et je lui envoie, en ce jour anniversaire, un salut amical de mon avenir radieux.
J'ai donc décidé, après avoir reconnu ma défaite devant la foison d'informations linguistiques en tout genre sur Internet, de sonner la déroute, et de me procurer une ou deux bonnes grammaires, en livres, en papier, en dur, comme avant. Un « Grevisse » et un coffret de « Bescherelle ». Retour aux fondamentaux. Du solide. Mais, surprise, lorsque j'ai reçu lesdits manuels, deux jours avant mon anniversaire, j'ai été confronté, dans l'un, à un déluge de citations d'auteurs contemporains que je considère comme tout à fait mineurs et, dans l'autre, à une mise en page ultra-colorée et un ordre que je ne reconnaissais pas comme mien. Question : les grammaires de référence font-elles toujours autorité ?
Je dois avouer que je me suis montré un peu rapide, à la commande, et que j'ai acheté, sans doute victime d'une avarice subliminale et publicitaire, le « Petit BON USAGE » de feu Maurice Grevisse. Mais, dans mon cas, je crois qu'il me faut le grand format, et ses 1700 pages. Sans quoi, je ne pourrai pas reprendre confiance en moi...
Parce que, du haut de mes 52 ans, je vous parle d'un temps où il suffisait vraiment d'un « Grevisse et Duculot » ou, plutôt, d'un « Grevisse » et de culot, pour se lancer dans le vaste monde et partir à l'assaut d'une carrière professionnelle lointaine qui, si elle ne nous tendait pas les bras, s'annonçait comme chargée de plaisirs, et dont la promesse nous maintenait dans l'illusion de vivre dans une société égalitaire et heureuse.
Un « Grevisse » et du culot !
Et, à nous tous les postes de (au choix) :
Notaires, avocats, journalistes, professeurs, acteurs, écrivains, professionnels de la télévision et du cinéma, chargés de communication, publicitaires, sans oublier, bien sûr, les hautes charges de rédacteurs de notes de synthèse, et les nobles fonctions des auteurs de textes destinés aux étiquettes des produits de grande consommation....
Mais, à l'heure qu'il est, je ne sais plus trop bien... Je viens de tenter de corriger ce petit billet aidé du « Petit BON USAGE » et des « Bescherelle » et je suis perplexe. Dubitatif. Interdit. Un peu déboussolé. J'avais oublié. Je suis devenu un accro des corrections avec Internet. Peut-être que j'y trouvais vraiment mon compte. Moi qui ai appris la langue française, non pas dans les grammaires, mais dans les romans. Non pas en retenant les règles, mais en riant et en pleurant, en m'escrimant, en transpirant, directement au contact, à la bagarre avec les textes, nez à nez avec les grands auteurs, à l'école trépidante et cruelle de la littérature. Me suis-je à ce point fourvoyé ?!
Il faut agir vite et prendre la bonne décision ! Je garde les grammaires pour corriger les romans ? Et je me débrouille comme je peux, à la va-vite, en conservant mes approximations 'olé-olé', en suivant les divers avis permissifs d'Internet, sur le blog ? Serai-je plus performant avec le « Grand BON USAGE » ? Et si, il n'était point besoin de Grevisse... mais uniquement du culot ?
Je n'oublie pas que je fais de la « littérature de combat »... c'est à dire que je continue à défendre sa cause envers (en prose et en bleu) et contre tout ! Et jusqu'à ce que le monde s'effondre !
Et voilà. Encore une mélodie. Ce vieil air entêtant qui me revient de très loin. Sans doute après avoir découvert le gouvernement, dans la presse Internet, ce matin. Je regarde toujours en premier le nom du titulaire du Ministère de l'Education Nationale. C'était comment, déjà, cette chanson ? « Genetet me Plus / Mon amour / Genetet me plus / Tous les jours / Parfois j'aimerais mourir tellement j'ai voulu croire / Parfois j'aimerais mourir pour ne plus rien savoir / Genetet me plus / Mon amour / Genetet me plus / Tous les jours. » À Chao ! Bonsoir !
Ne cherchez pas ! Vous seriez ridicules...
Santangelo