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Billet de blog 24 décembre 2022

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Sur un Air de Campagne (369)

L'enfant de l'art, l'art de l'enfant...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'Hymne de ma Maison © Santangelo
Illustration 2
Enfanter de Soi-Même (2) © Santangelo

Il y a quelques années de cela, alors que je cherchais un vieux livre, que je croyais avoir remisé, dans le grenier, chez mes parents, je suis tombé, par hasard, sur mes dessins d'enfance. Ma mère les avait gardés, en bon état de conservation, durant presque un demi-siècle, et l'émotion m'a saisi. Pas de pleurs ni d'atermoiements, mais une joie profonde, un sentiment de grande paix ; je me reconnaissais entièrement dans ces traits maladroits, dessinés aux feutres, aux crayons bois, ou peints à la peinture à l'eau. Je m'en souvenais. Et j'appréciais la valeur de ce petit trésor. La plupart de ces dessins avaient été exécutés sur les pages d'un catalogue de tapisseries murales. Je revois encore ce gros bloc imposant de grandes feuilles épaisses, proposant, au recto, une variété infinie de revêtements et, au verso, une blancheur immaculée, rendue d'autant plus désirable qu'elle promettait, déjà, un futur aux œuvres à venir, qu'elle laissait espérer une exposition durable. Un certain sens au temps. Je me souviens encore de ces heures tranquilles, de ces moments hors du monde, de cette douceur sucrée qui nous enveloppait, ma mère et moi, durant ce doux apprentissage des arts graphiques, dans la cuisine. Un jour, après l'école, elle, qui ne renonçait pas, malgré mon mutisme, à vouloir s'enquérir des détails de ma journée, décida de changer de tactique, pour m'interroger, au cours d'une œuvre à quatre mains. Elle choisit une feuille dans le grand catalogue, l'arracha à sa tranche en colle, et me demanda, machinalement, de lui donner le crayon vert. Je lui tendis le crayon vert. Puis le crayon rouge. Avant de me demander de quelles couleurs étaient les autres crayons, dans la trousse. Sans faute. J'avais dans les quatre ou cinq ans et j'avais appris les couleurs. Elle fut estomaquée. C'était une surprise, qui valait bien la mienne, plus de quarante ans plus tard. Bizarrement, alors que les débuts avaient été plutôt prometteurs, je ne devais jamais dépasser le stade de l'enfance dans l'art pictural et le dessin. Les cours suivis au collège ne m'ont même pas transmis assez de technique, ni d'habileté, pour peindre un rond sans dépasser le trait, ou pour esquisser sommairement un visage ou un chien. Avant, il y avait toujours une maison, un bonhomme, un soleil, deux oiseaux, et le chemin qui menait derrière la maison, dessiné comme s'il rejoignait le ciel. Après, il n'y eut plus rien. En achetant du matériel de peinture, il y a quelques semaines, je n'avais aucune idée de ce que j'en allais faire. Peut-être ne cherchai-je qu'à me procurer un nouveau petit plaisir solitaire, en remplacement de ceux auxquels j'ai dû renoncer, sous la pression des gêneurs, toujours aussi nombreux et vindicatifs, autour de moi. Je ne sais toujours pas où ça va me mener. Mais il faut bien commencer par le début. Et reprendre là où j'en étais...

Santangelo

NB/ Si le tableau ci-dessus a tout d'un souvenir entier, l'air que je chante, pour l'accompagner, pourrait très bien n'être qu'une réminiscence – mais impossible de savoir d'où elle provient.

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