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Billet de blog 25 avril 2020

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Sur un Air de Campagne (128)

J'ai fait le tour de l'Europe en Clio et en 207 ( YS -AY 408 BN) à.présent, j'ai une Kangoo-Express avec un matelas dans le coffre. Mais je crains de ne plus voir beaucoup de pays....

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Rangé des Voitures © Santangelo

Avant le confinement, en se promenant dans mes campagnes, on pouvait voir des voitures stationnées au bord des routes. Abandonnées ? Je me suis longtemps demandé ce qu'elles faisaient là, incongrues dans le paysage. Exode massif de citadins ? Vaste chasse à l'homme ? Rallyes ? Alcool ? Et puis je me suis souvenu que, moi aussi, j'aimais marcher dans la nature avant mes problèmes de santé.

Depuis le confinement, il n'y plus de voitures dans la campagne. Pourtant, au bourg, rien n'a vraiment changé. Pressés par leurs travaux de semailles de printemps et habités par je ne sais quels démons, les tracteurs défilent toute la journée, en hurlant. Tonnes à lisier, remorques de fumier, machines diverses... Les voitures aussi ont repris leur étrange ballet, et continuent à se croiser en bas de chez moi. Et il se trouve toujours des imbéciles – ou pire ? - pour venir me menacer et m'insulter en se cachant.

Pour lutter contre la morosité du confinement vécu seul, malgré le plaisir que je prends à écrire, je me suis aventuré à quelques petites sorties clandestines. Quelques kilomètres en voiture à travers les bois et les paysages lunaires des landes proches. Je n'ai croisé que quelques rares promeneurs.

En début de semaine, en allant faire mes courses, j'ai remarqué que la circulation avait repris dans mes campagnes. Et l'affluence au supermarché, un jour de semaine, sentait déjà la fin des précautions dues au coronavirus.

Le terrains de moto-cross, à quelques lieues de chez moi, a été refait. Peut-être que ça fera un peu de trafic en moins dans ce village si petit.

Depuis des années, je suis victime d'un mauvais sort. Je ne peux m'empêcher de lire les plaques minéralogiques lorsque je roule. J'y ai même trouvé un sens. Je ne sais plus comment ce tic a commencé, et c'est plus fort que moi. J'y ai même trouvé un sens ésotérique.

Pendant de longs mois, à l'hôpital, dans le pire des services, je suis resté toute la journée le menton sur la poitrine, assis sur un banc, parce que je n'arrivais plus à soutenir ma tête. Dans la petite cour, les voitures défilaient. J'ai appris les numéros des plaques par cœur. Surtout les lettres. Je m'en souviens encore, après plusieurs années. Et j'en ai croisées plusieurs ces derniers mois.

Qu'ai-je donc vu de si terrible et de si beau pour avoir les yeux brûlés à ce point ?

J'arrive tout de même à trouver de petites raisons de me réjouir. J'ai notamment remarqué que les robes à fleurs étaient de retour pour l'été. J'adore les robes à fleurs. Encore mieux, on peut admirer de vrais corps de femmes sur le site d'une grande marque de lingerie de luxe. Non retouchés. Et, summum du contentement, certaines laissent même apparaître sous le voile de dentelles, une vraie toison pubienne. C'est vrai que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et beaucoup de voitures ont croisé ma route...

Près de là où je vis, se tiennent les vestiges d'une ancienne abbaye. Quel calme l'autre jour, devant les portes fermées de l'abbatiale, les ruines de cellules en pierre et la fontaine monumentale ! Et une sculpture sur pierre représentant deux lions soutenant une coiffe. Et, cinq minutes de silence ne s'étaient pas écoulées, qu'une voiture passa et qu'un débroussailleur ou une tronçonneuse se mit à vrombir.

Cette nuit, la petite vipère que j'ai écrasée la semaine dernière est venue siffler à mon oreille.

Santangelo

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