Il y a vingt ans, avant de me projeter dans une carrière, comme on se lance du 5ème étage, un camarade de promotion m'a proposé – mi-roublard, mi-naïf – de tourner un porno amateur. Il paraît que ça se faisait, à l'époque. Étais-je à ce point convaincant, dans mes habits de gagnant, ou tellement prometteur, pour qu'il envisage de tendre ce piège dans mon futur doré ? J'ai failli accepter.
Depuis quelques temps, puisque le porno m'a toujours ennuyé à mourir, et que je ne peux pas vivre sans regarder des femmes, j'ai pris l'habitude de m'attarder, à l'heure de l'apéritif, sur les sites de vente de lingerie. Il y en a de très bons. À défaut de pouvoir admirer les bustes d'Aphrodite, par Praxitèle, je déshabille des mannequins d'un jour, en même temps que le photographe. Je ne me rince pas l'oeil. Je nourris mon âme.
Est-ce dans « Short Cuts », de Robert Altman, que l'on suit, parmi d'autres profils d'Américains moyens, dans un film choral, une mère de famille répondre à des hommes en manque d'affection, au bout de sa ligne de téléphone rose, tout en langeant son nouveau-né ? L'alternance, de la même voix fatiguée, des « Oh oui ! C'est bon ! Continue ! » et des « Attention, mon petit chéri, c'est un petit peu chaud... » est d'un cocasse désopilant.
Peut-on encore rire du sexe ? Alors que, même Woody Allen s'est mis à le prendre au sérieux...
J'ai rarement été aussi désarçonné, que la fois où cette fille a éclaté de rire, alors que je me concentrais, tout entier tendu vers mon plaisir...
Mais, que Diable, qu'ont bien pu devenir toutes les ULLA et les ZORA, qui essayaient de faire rêver les hommes, à grands coups de publicités sauvages, sur les murs, à l'entrée des villes ? Il y a fort à parier qu'elles aussi ont vieilli. Il est même probable qu'elles ont mal vieilli... En revanche, on ne sait rien des colleurs d'affiches...
Le sexe ? J'ai attendu longtemps, et je me suis lassé vite.
Santangelo