« Voilà l'été / Voilà l'été etc » chantait, il y a au moins mille ans, un groupe que personne n'a oublié mais dont, pour ma part, je tairai le nom, enfermé que je suis dans ma prison intellectuelle, sous camisole chimique, en ces temps de suspicion généralisée, de défiance envers la chose écrite (par d'autres...) et de vengeance tous azimuts. Mais, à peine ai-je eu le temps de fredonner le refrain de cette toujours envoûtante mélodie que, déjà, l'été touche à sa fin, et que l'heure du bilan sonne. Alors ? Un seul jour de canicule, quelques journées de soleil, beaucoup de pluie bienfaitrice pour les nerfs, et pas mal de matinées sucrées, à voyager d'un bout à l'autre de mon canapé, pour suivre la course du soleil, à l'Est, de 9 h 30 à 12 h 30. Été pourri, dans le ciel ? Pas si sûr... Mais je ne vais tout de même pas me mouiller ! Marguerite Duras avait raison, encore une fois, non dans ses propos, puisque, même chez elle, c'est l'oeuvre qui recèle les pépites de vérité : la pluie d'été c'est du pain béni pour l'ennui profond...
Un été de plus... Un 52ème... Qui ne restera pas dans les annales, tant la solitude fut pesante. Je n'avais pas prévu grand-chose – même en juin, quand dure la lumière des bougies, à l'ombre desquelles on échafaude les projets, je ne vois plus les choses en grand depuis longtemps – mais, à mon âge, les amis se font rares, et les individus qui daignent encore m'honorer d'une visite de courtoisie, ne sont pas forcément ceux que j'aurai aimés retrouver. À l'exception de ma famille proche, bien sûr, qui continue à me supporter contre vents et marées. Si bien que les exemplaires d'auteur des 5 romans publiés en moins d'un an sont restés en piles, et commencent déjà à prendre la poussière. Oh, je n'avais pas vu grand, là non plus ! Pas de quoi en faire une bibliothèque dédiée... Mais j'espérais tout de même attraper quelques vieilles connaissances, avec ce qu'il va bientôt falloir appeler une œuvre, et les leur offrir, en guise de gages de nos amitiés anciennes, sinon définitivement passées. Ce n'est pas du vinaigre... mais ce ne sont pas des mouches...
Côté distraction (je n'ai jamais eu de loisirs!), puisque je ne suis pas équipé des canaux de diffusion adéquats, j'ai échappé au cirque sportif à la télévision (« on a gagné! »), et j'ai préféré suivre la grande farce grotesque offerte, sur les sites d'information, par les femmes et les hommes politiques (« on a perdu! ») Pas de sportifs adroits, mais une pitoyable bande de bras cassés de gauche. Entre deux averses et deux éclaircies : fallait-il en rire ou en pleurer ?
Toutefois, j'ai réussi à renouer, un peu, avec un passé, déjà lointain mais plus heureux - et à prendre du plaisir – un plaisir simple, immédiat, enfantin – en écoutant un peu de musique : classique, rock, chansons. J'ai ressorti l'I-Pod que l'on m'a offert, il y a presque vingt ans, lorsque j'opérais sur le front de l'Est, pour profiter, un peu, du silence offert après l'averse, comme dans un morceau d'Éric Satie.
Sans oublier de nombreuses promenades du soir, dans les bois, qui, quoique courtes, me procurent l'oxygène nécessaire à une bonne respiration. J'ai encore passé tout mon été en Bretagne, au bord de la mer, mais je n'ai pas pu faire une seule excursion sur la côte – prisonnier de l'Argoat, comme banni de l'Armor, que j'ai pourtant tant aimé, dont j'ai arpenté tant de chemins, et exploré sous toutes les facettes...
Autre remord, à l'heure du bilan : je n'ai pas dormi une seule fois dans ma voiture – pourtant équipée du nécessaire : matelas, couverture, tenue de rechange, chaussures etc à longueur d'années – comme j'en avais pris l'habitude, chaque été. En espérant que ma situation ubuesque ne me contraigne pas à pratiquer cet exercice contre mon gré, l'hiver prochain, faute de solutions alternatives.
Il faudra que j'évoque, un jour, les 'Belles Soirées'. J'en ferai peut-être un roman d'été. Celles que j'ai passé sur l'Île de Wigth, à peine sorti de l'adolescence, dans la douceur océanique et les plaisirs de la découverte d'un pays étranger, en apprenant à vivre ; celles qui se prolongeaient jusqu'au bout de la nuit, dans la touffeur et la moiteur continentales, sur les terrasses de la Petite France, au bord du canal, à Strasbourg ; ou encore mes soirées toutes en onirisme panthéiste, seul, dans le jardin de mes parents, lorsque je découvrais que j'étais seul au monde. Mais, sans alcool (fut-ce là la seule grande passion de ma vie?) le soleil n'est plus aussi généreux, la pluie n'est pas chargée du même calme apaisant, les amis sont moins drôles, les amantes moins belles, les chansons moins gaies, les livres moins intéressants et la politique moins passionnante, le camping sauvage moins sauvage, et les Gêneurs encore plus insupportables...
Santangelo