Lorsque l'on achète le dernier roman d'un prix Nobel de littérature que l'on n'a pas encore eu le temps de découvrir, on fait plus que lui donner sa chance ; on y plonge sans aucun mouvement de recul ; on attend, sinon un choc – puisqu'à notre âge on est difficilement bousculé – mais au moins trois ou quatre heures en très bonne compagnie. Je ne connaissais pas Kazuo Ishiguro, sauf à se souvenir du film anglais, comme lui, « Les Vestiges du Jour ». Je n'avais aucune envie de lire le roman dont est adapté ce film à grands costumes, puisque, en ce qui concerne les grands costumes, le cinéma est peut-être plus apte à provoquer l'émerveillement. Je n'avais lu qu'une vague critique évoquant une histoire de robot, d'ami artificiel et de soleil. Comme tout le monde, j'aime beaucoup le soleil et, comme tant d'internautes, qui découvrent des profils effrayants de réalisme dus aux algorithmes, je me questionne de plus en plus sur l'intelligence artificielle.
J'ai attendu d'être vraiment libre et en grande forme pour plonger dans « Klara et le Soleil », en toute confiance. En guise de robot, une amie artificielle qui fait office de narratrice. On sent bien qu'elle va être achetée et enlevée de sa vitrine, d'où elle découvre le monde, pour servir une adolescente et l'aider à grandir, puisqu'elle parle comme une adolescente – oui mais qui n'aurait pas oublié les règles de politesse et de savoir-vivre. Alors, on l'écoute évoquer sa boutique, sa vitrine, les autres AA (pour : 'Amie Artificielle') et le soleil qui baigne le magasin, ayant pignon sur la plus grande avenue d'une grande ville.
Cent pages plus loin, on en est toujours là. Rien. Alors, on se dit qu'il va se passer quelque chose, que la conscience basique de notre AA va s'aiguiser au fil du récit, ou qu'un autre narrateur va prendre le relais. Mais non. Un ronron naïf sans ironie aucune. Et puis, enfin, à la troisième ou quatrième visite d'une adolescente, elle est vendue. L'heureuse propriétaire se prénomme Josie et vit avec sa mère, à la campagne, dans une grande maison connectée. On poursuit la lecture, sans mal, puisque c'est aussi simpliste qu'un livre pour enfants mais, arrivé à la page 200 (déjà?) on en est toujours au même point. Fichtre !
Mais non, c'est un Nobel, ça va forcément s'améliorer, j'ai dû rater quelque chose ! Mais non. Même l'arrivée dans l'histoire d'un voisin qui sert de petit ami, ne relève pas le niveau. Nul. Chiant à mourir. Le vide sidéral. Alors on passe directement à la page 300 – puisqu'on a compris que ces cents pages-là ne tournent qu'autour d'une visite en ville de notre AA, de Josie et de sa mère. Et si Josie mourait, puisqu'elle est malade, et que son entourage la remplace par le robot ? Ça pourrait faire un sacré conte philosophique. Mais non. Même pas. Les deux dernières parties ne sont pas plus folichonnes. Et c'est la fin. Diantre ! Entre-temps, on a été prêter un œil aux critiques pour se rassurer sur notre ressenti, mais elles sont toutes élogieuses, et plusieurs d'entre-elles crient même au chef d'oeuvre. Bon. Ben, d'accord. Le coup du robot narrateur c'est pas mal. Et puis le portrait de la jeune adolescente est assez réussi. Et puis il y a l'amitié....
Mais pourquoi écrit-on des platitudes pareilles ? S'il avait été publié dans une collection 'jeunesse', à la rigueur... Mais non : « Du Monde Entier » chez Gallimard. On en vient à regretter de n'avoir pas relu, à la place, « Jonathan Livingstone le Goëland ». Mais Richard Bach n'a pas eu le prix Nobel. Alors quoi ? Tout le mode a droit de se tromper. Même moi. Mais, franchement, Bob Dylan c'est tout de même d'un tout autre niveau.
Santangelo