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En ces temps de bilans de fin d'année, mais surtout de rentrée littéraire, il convient de parler haut et clair. Comme les journalistes. La littérature, c'est du sérieux. Et le sérieux, on ne le lit pas, on le compte. On ne le déchiffre pas, on le chiffre. Comme chaque année, début septembre et début janvier, les chroniqueurs de la fin de la littérature, dans leurs journaux et sur leurs sites dédiés, enfoncent encore un peu plus le couteau dans la gorge du roman contemporain, déjà bien moribond. Cette année, en sus du décompte du nombre de livres français et étrangers et de celui des primo-romanciers, je suis tombé sur un article qui recensait le nombre de pages des livres les plus attendus et qui rappelaient, en souvenir de la lointaine rentrée de septembre, le chiffre d'affaires réalisé par les best-sellers.
Alors que je peine à faire mon trou dans le monde de la littérature française – et ce depuis trente ans – j'ai décidé de m'inspirer des articles de ceux qui savent et de me convertir aux chiffres.
J'ai commencé ce blog qui ne ressemble à aucun autre il y a 977 jours. C'est dire si je suis bien ancré dans l'époque. Lorsque j'écris, et même quand je n'écris pas, je marche toute la journée à travers mon appartement. Ainsi, à Noël, j'ai demandé une montre connectée avec podomètre afin de relater mon temps d'activité. Depuis le 6 mars 2019, j'ai écrit 278 billets et chroniqué une cinquantaine d'ouvrages. J'ai écrit, composé et mis en ligne 251 chansons. Si l'on retient que je fume en moyenne un paquet de 30 grammes de tabac chaque jour, j'en suis à des dizaines de milliers de cigarettes.
Et, puisque c'est la rentrée, et que quand c'est la rentrée on parle de romans, j'ai écrit 7 petits romans, que j'ai appelés « romans-expresso », publiés sur ce blog en intégralité.
« Le monde est une chambre où veille un écrivain » fait seulement 27 pages. Mais le dernier, « Le strict superflu » fait 108 pages. « Fermé pour la saison » contient 59 pages, « les voies providentielles » 85 pages et « une promenade bienheureuse » s'étend sur 63 pages. Mon préféré, « l'air du matin, le rayon du soir », quant à lui, se repose sur 82 pages. Si l'on considère que chaque feuillet enferme environ 1500 signes, on en arrive à 636 000 signes de bonne littérature. En kilogrammes, on dépassé les 3 kilos de manuscrits et autant de tapuscrits.
Pourtant, toujours pas la moindre mention de ce blog dans la presse et aucune réponse à mes mails et mes courriers aux maisons d'édition. Pis ! Comble de malchance, le site sur lequel je publie ne permet pas d'accéder aux statistiques.
Ces chiffres donnent le tournis. Ceux que l'on lit dans la presse, la nausée. À tel point que je me demande s'il ne vaudrait pas mieux solder tout ça.
Alors ? Combien pour le tout ?
(Il y quelques mois, un de mes vieux amis m'a raconté qu'il avait décidé de placer son argent dans l'art contemporain et m'a montré la photo d'une toile colorée représentant, a priori, une bibliothèque. Et si, de tout ce travail, je ne retenais que cette photo ? Combien, dans ce cas-là ? C'est quand la rentrée dans l'art contemporain ?)
Santrangelo