Au moment où, pour la première fois, l’extrême droite parvient au second tour d’une élection présidentielle sous la Veme république, Lydie Salvaire publie un article dans le Monde nous invitant à nous retourner, à ne pas juger, à comprendre et ne pas perdre cette bataille qui nous sidère. Plus de vingt ans plus tard, nous voici, désemparés devant ce qui apparaît comme un horizon indépassable, la victoire des populistes, la renaissance des totalitarismes et de la guerre. Nous, peuple de gauche, avons abandonné le combat et nous nous sommes reniés, de petites lâchetés en compromissions voyantes et finalement en bêtise collective.
Les crises que nous traversons sont vertigineuses. Et ceux, nombreux, qui nous disent qu’ils sauront y apporter des réponses sont des opportunistes menteurs se contemplant, tel Narcisse, dans la mare nauséabonde de nos doutes. Ils ne savent pas. Parce qu’aucun homme ou femme providentiel.le ne viendra nous sauver, nous, du marasme dans lequel nous nous sommes vautrés. C’est seulement par notre conscience, la conscience de notre liberté que nous parviendrons peut-être à répondre aux bouleversement du monde sans disparaître.
Il faut commencer par cette affirmation. Un homme ou une femme seul n’est jamais responsable de la vie de millions ou de milliards d’êtres humains. Ceux qui sont au pouvoir peuvent le penser. Ils n’ont en fait aucune conscience de ce qu’ils représentent, une sorte de crispation de nos contradictions. Ils pensent agir sur le monde. Ils le subissent. Et cela les rend violents et effroyablement médiocres.
Alors, il faut sans doute débuter par cela : refonder nos organisations démocratiques et sociales de manière à créer les conditions d’une autonomie et d’une intelligence collective. La question essentielle n’est pas de savoir qui a le pouvoir mais comment nous décidons de notre vie collective, quelles sont les instruments de notre liberté.
La démocratie représentative, telle qu’est mise en place depuis le siècle des Lumières, doit être, à cette aune, au moins interrogée. Nous ne savons pas gérer en effet cette rumeur à grande échelle générée par des réseaux sociaux et bientôt des intelligences artificielles qui remplaceront les influenceurs patentés de leur égotisme. Nous sommes désemparés devant l’ineptie qui s’y exprime. Et c’est pourtant là que la parole, la pensée parfois, s’exprime. Il faut donc trouver un moyen de crever ces bulles de certitude. Retrouver des moyens de se parler, d’échanger, de trouver des compromis.
La structure hiérarchique familiale, politique, sociale, entrepreneuriale ne fonctionne plus ou mal. Les outils modernes peuvent donner de l’espoir si nous savons les utiliser. Ils permettent d’entrevoir un système dans lequel la démocratie participative n’est pas un vain mot.
Il s’agit de savoir où et comment se prend la décision ; de fixer les strates et les niveaux de compétences en clarifiant d’abord notre organisation territoriale.
Le bien nommé mille feuilles territorial ne permet pas de fixer les conditions d’une répartition homogène des compétences avec une logique de concurrence plus que de complémentarité. Il faut donc installer les conditions d’un développement avec des échelons pertinents en fixant une logique de territoire.
L’échelle pertinente n’est plus la commune ni le département : Les décisions relatives aux infrastructures et surtout au développement d’une zone se prennent désormais à l’échelle des Métropoles et des régions. Cette reconnaissance suppose de réfléchir et d’installer une gouvernance qui permette aux citoyens de participer à la vie démocratique et aux orientations qui relèvent de l’une ou l’autre strate en supprimant la commune, le département et les préfectures.
L’idée serait de donner la possibilité à la population de réinvestir le champ politique.
Chaque citoyen.ne d’un territoire appartiendrait ainsi à une commission thématique (Éducation, Infrastructures… ) en fonction de son intérêt ou de son choix relevé selon une durée à définir. Il serait amené à voter électroniquement et à débattre sur des options relevant du champ de compétence de cette instance. Une fois une majorité établie sur une décision impactant la vie de la communauté, cette commission désignerait un ou deux membres chargés de la représenter au sein d’un comité intermédiaire qui validerait ou non les orientations prises par les premières instances de manière à prendre en compte l’impact transversal ou relevant d’autres thématiques des décisions potentiellement prises.
Ce comité intermédiaire ne serait pas donc pas spécialisé : S’y rencontreraient les représentant.es désigné.es des commissions de premier niveau. Les orientations ainsi prises s’imposeraient au Président.e ou au Maire (le qualificatif de Maire pourrait être conservé pour désigner le représentant exécutif d’une unité territorial cohérente. Une distinction serait établie en fonction de la taille de la structure). Le Maire ou le.a Président.e n’aurait d’autre pouvoir que de définir les modalités d’application des décisions prises. Il pourrait intervenir dans le débat à ce titre en précisant les moyens et les conditions de réussite.
Le comité intermédiaire pourrait également entendre à titre d’expert les représentants du personnel avant de valider une décision.
Les élections ou leur désignation des Maires ou Président.e serait dès lors fixé sur un programme permettant de déterminer le cadrage initial des commissions et comité (budget notamment). Ils seraient élus ou désignés pour une durée courte (4 ou 6 ans).
De manière à éviter une prise de pouvoir au sein des instances et à maintenir la participation des citoyen.nes, la durée et le nombre des mandats seraient strictement limités (4 ou 6 ans et 1 fois pour le mandat de Maire ou de Président.e, pas plus de deux fois sur un même mandat pour représenter la commission au sein du comité intermédiaire).
La démocratie participative a toute une place à prendre aux cotés et avec la démocratie représentative. Elle en fera bouger les lignes, renouveler les codes et les vocations. Dans cette approche, chaque citoyen peut s’engager, s’impliquer pour agir sur son territoire. Dès 16 ans. Chaque citoyen a le devoir de le faire et le système scolaire valorisera cet engagement.
Agrandissement : Illustration 1