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Billet de blog 29 janv. 2016

J'ai été élu étudiant

Je suis étudiant à l'Université Versailles Saint Quentin depuis 7 ans, en 4e année de médecine, j'ai 24 ans. Pendant 5 ans j'ai été élu étudiant à la fac, pendant 4 ans au conseil d'administration, 2 ans au CA du CROUS et 1 an à la commission de formation de vie universitaire.

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            À ce titre, j'ai examiné la maquette de ton diplôme, j'ai peut être participé à ta commission de discipline quand tu étais suspecté de fraude, j’ai fait face à la première crise budgétaire de notre fac, expliqué à tes profs ce qu'ils devraient faire pour que t'aies de meilleures notes,  j’ai travaillé avec leurs syndicats, mangé deux petits fours et bu une coupe de champagne au frais de tes droits d'inscription à la fin d'un conseil d'administration avec ton directeur d'UFR (c'était avant la crise budgétaire). J’ai été confronté au dilemme de devoir réviser mes examens de la semaine suivante ou réclamer une augmentation du budget dans ta formation pendant une réunion de 6h (j'ai tranché en faisant les deux en même temps), te négocier une année dérogatoire pour que tu restes plus longtemps dans ta chambre en cité U, insister sur le prix trop cher de ton steak-frites à la cafet' du CROUS ou bien transporter un carton de 200 demandes de bourses hors délai au service de la Vie Etudiante de ton CROUS.

            Je n'ai pas été indemnisé pour tout ça, je l'ai pas fait pour l'argent ou pour la gloire, mais juste car j'ai la conviction que quand on est étudiant on a des droits et qu'on doit les défendre. 

            L'objectif de mon article n'est pas de te convaincre de voter pour moi ou pour un syndicat étudiant particulier. Je ne citerai pas le nom du syndicat dont je faisais partie et de toute façon je me concentre dorénavant à mes études de médecine après 5 ans de service. L'objectif c'est de te dire combien il est important que tu t'y intéresses, que ça te concerne. Ça va du montant de ta bourse, au nombre insuffisant de papier toilette au RDC du bâtiment Vauban (ce qui a pour conséquence d'aller au 6e dans les toilettes propres des enseignants-chercheurs). Et surtout l'objectif c'est que tu t'engages, que tu ailles toi-même toquer à la porte des syndicats pour faire savoir que tu veux candidater.

On manque cruellement d'élus étudiants dans certains conseils de l'université. Personne sait ce que c'est et ne s'y intéresse vraiment. Je vois 3 raisons à ça :

1. Actuellement, les syndicats étudiants sont overbookés et repose sur une dizaine de personnes pour 20 000 étudiants. Transmettre les infos, éditer des tracts ou organiser des réunions demande un investissement considérable, qui est peu compatible avec les études et un job étudiant. Ils sont étudiants comme tout le monde, ils doivent pouvoir manger à chaque repas, pas être à découvert à la fin du mois et être à jour dans leurs cours. C'est pourquoi il est important qu'il y ait plus d'étudiants qui s'engagent pour repartir les efforts et être efficace.

2. Tu es salarié pendant tes études et en plus tu fais 3h de trajet par jour pour étudier. C'est aussi un des principaux problèmes auxquels on fait face quand on cherche à faire émerger ton engagement. Les étudiants qui ont le plus besoin d'être défendu, ceux qui n'ont pas les pistons pour avoir le bon stage, ceux qui sont en rupture familiale ou ceux qui viennent d'un bac pro et qui se mange une pédagogie inadaptée sont aussi les étudiants qui participent le moins à la vie étudiante ou à la représentation étudiante. Il faut se le dire, être un bon élu étudiant, c'est réservé à ceux qui n'ont pas de problème à la fin du mois, qui peuvent se permettre de ne pas valider toutes leurs UE une année et qui habitent dans le coin. Je ne dis pas que tous les élus étudiants sont des gros bourgeois loin de là, je faisais moi-même 4h30 de trajet par jour pendant une année de fac et certains de mes anciens collègues ont fait beaucoup de sacrifices qui ont gravement nuit à leurs études mais aussi à leur vie de famille. Je dis plutôt que je comprends quand quelqu'un explique qu'il n'a pas le temps et qu'il préfère déjà s'occuper de sa survie plutôt que de s'occuper de celle des autres

3. Certaines administrations de l'université cherchent sciemment le désengagement des étudiants. Et comment ne pas comprendre les étudiants qui m'ont déjà dit "mais vous venez presque jamais nous voir pourquoi on voterait pour vous ?" quand à côté, ce qu'ils ne savent pas c'est que certains sites de l'université empêchent les élus étudiants de militer et diffuser des infos tout le reste de l'année. Car si je me suis présenté à toi uniquement le jour des élections c'est uniquement parce que la loi contraint les universités à ne pas m'interdire de te distribuer un tract ce jour là, mais pas les autres jours de l'année. Et le comble de tout ça, c'est que quand on défend un point de vue lors d'un conseil, ces mêmes individus qui nous empêchent d'afficher ou de tracter librement délégitimisent notre argumentation en expliquant "mais avec 15% de participation aux élections, vous ne représentez pas les étudiants". Super connard. A la limite, on pourrait demander au moins qu'il y ait des comptes rendus publics des conseils pour que chacun puisse être courant, se faire un avis pour savoir si son élu étudiant fait bien son travail. Mais non, les réunions ont lieu à huis clos, alors que toutes les réunions de ton conseil municipal, départemental, régional et l'Assemblée Nationale sont publiques voire même filmés. Il n'y a que deux réunions de la République qui ont lieux à huis clos : le Conseil des Ministres et les réunions des facs et des CROUS. Alors on a bien demandé à ce qu'il y ait un compte rendu écrit. Pour ça c'est très simple, tu dois aller prendre le train jusqu'à Versailles Chantiers, faire 10 minutes de marche, et consulter les comptes rendu à l'accueil des services centraux. La technologie, c'est de te permettre de payer tes 400€ de droits d'inscriptions par internet mais pas de te tenir au courant de ce qu'il se passe dans ta fac depuis ton ENT. Ah si, un jour on a eu comme réponse : "mais c'est à vous d'être transparent, les étudiants ils peuvent venir dans votre local pour avoir les comptes rendus." Je ne suis pas contre accueillir les 20 000 étudiants de l'UVSQ mais je doute fortement que ce soit réaliste.

          Ce que je veux dire, c'est qu'un élu étudiant c'est rien d'autre qu'un faire-valoir démocratique de l'administration quand les étudiants se désintéressent massivement de ces questions, d'autant plus que les élus étudiants sont minoritaires dans les conseils. Autant vous dire que quand on fait une intervention dans une réunion à huis clos et sans compte-rendu c'est comme pisser dans un violon. Ça sert à rien.

          Mais un élu c'est aussi un puissant outil des étudiants pour se défendre, et cela m'est arrivé deux fois pendant mes cinq années de mandat.

          Lors de ma première année de mandat, l'administration d'un UFR voulait introduire une note éliminatoire dans une licence. En gros si t'avais moins de 8/20 en première session à une UE, tu ne pouvais pas repasser les rattrapages. Coup de gueule pour expliquer que le taux de redoublement va considérablement augmenter et on crie à l'injustice pour expliquer que pas mal d'étudiants, notamment les étudiants salariés, compte sur leur 2e session pour étaler leur charge de travail. Mais le directeur d'UFR n'a que faire de la rationalité, il était là pour faire de l'idéologie élitiste qu'importe les conséquences et il arrivait à assurer que selon ses statistiques sorties de nulle part, cela allait avoir des effets négatifs seulement sur 0,5% des étudiants, que c'était moderne et que nous les élus étudiants, nous étions des conservateurs. Il fait passer sa "réforme" en force avec vote à l'unanimité du conseil moins 2 contre (moi et ma collègue étudiante) en expliquant qu'il veut expérimenter ce système pendant un an. L'année d'après, vient l'évaluation de sa "réforme" et le vote sur le maintien. Entre temps le taux d'échec a évidemment explosé, et nous avons fait circuler une pétition qui a rassemblé plus de 300 signatures dans cet UFR. Nous menaçons de faire une manifestation si la réforme n'est pas retirée immédiatement avec cette fois l'appui des étudiants qui soutiennent. Le directeur fait face à son échec, nous assistons même à sa réprimande publique (à huis clos) par la présidente de l'université de l'époque, théâtralement (mais peu habilement) je lis le contenu de la pétition et pose le paquet de 300 signatures devant la présidente. La "réforme" est annulée à l'unanimité moins 2 contre (le directeur d'UFR et sa procuration). Pendant cette même réunion, fort de notre rapport de force, on a même négocié la diminution du tarif de réédition des cartes étudiantes en cas de perte et vol à 10€ au lieu de 15€. (Le coût de réédition est de 5€ environ mais vous comprenez il faut un tarif contraignant pour que les étudiants ne s'amusent pas à perdre leur carte étudiante. Oui les étudiants s'amusent à perdre leur carte qui nous file des réductions au domac et au ciné).

             La deuxième fois c'était lors de la crise budgétaire de l'université il y a 2 ans. Alors que ça faisait un bon moment qu'on dénonçait le manque de budget dans les facs, l'UVSQ s'est trouvée dans une spirale déficitaire. En cause, le sous financement de l'Etat, mais aussi certains contrats de maintenance passés par la fac. Histoire très compliqué (il y a des articles sur Médiapart qui explique tout ça), mais grosso-modo un des contrats était surfacturé par rapport à son coût réel. Mais voilà, un élu étudiant face à une affaire de suspicion de favoritisme et de mauvaise gestion des fonds publics, ça pèse rien. C'est pourquoi on a demandé aux étudiants de venir à plusieurs AG et rassemblements, peut être y étais tu et d'ailleurs vous y étiez nombreux. Grâce à ça le contrat a été renégocié et c'est plusieurs millions d'euros qui ont été économisé ! Mais malheureusement ce n'était pas suffisant car une filière entière a été supprimée ainsi que des options. Des poly surfacturé dans certains UFR, des semaines de cours supprimés.

             Voilà tout ça pour dire qu'un élu étudiant, c'est rien sans toi, et pas juste le jour des élections. Si il a des comptes à rendre, un devoir de transparence et c'est normal en démocratie, il a aussi besoin que tu lui parles de tes problèmes avec un de tes cours, de ton emploi du temps mal foutu, de la qualité pourrie du wifi de ta résidence que t'es pourtant obligé de payer, etc. Et surtout il a besoin que toi aussi tu sautes le pas, avec beaucoup d'autres, parce que tout seul on est rien et c'est l'union qui fait la force.

 Thibault Leblanc

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