Liberté d’informer, liberté de manifester

L’Association des Journalistes de Toulouse et de sa région soutient « Mediapart » et sa rédaction. Défendons la liberté d'informer, le secret des sources et la liberté de manifester.

Le mouvement des Gilets jaunes a – entre autres – remis au premier plan la détestation des médias et l’exercice concret de la liberté d’informer. Les insultes et les violences physiques de certains Gilets jaunes contre les journalistes n’ont fait que prendre la suite des agressions verbales des politiques contre la presse, mais avec des motifs bien différents. Les journalistes ont été assimilés aux élites, aux groupes qui contrôlent les médias et en conséquence, ils ne pouvaient que mentir. Pourtant, les confrères et consoeurs sur le terrain sont souvent des précaires essayant de faire leur métier dans des conditions difficiles, souvent pris entre deux feux. En effet, les forces de l’ordre n’ont pas hésité à les bousculer, à briser leur matériel, à les mettre en joue – tout comme envers des « street-medics » et des observateurs indépendants.

A contrario, des Gilets jaunes n’ont pas hésité à apporter leur soutien à « Mediapart » lors d’un rassemblement le 5 février devant les locaux du journal après la tentative de perquisition autour de « l’affaire Benalla ». Cet apparent paradoxe devrait nous inciter à examiner de manière critique notre traitement de ce mouvement inédit.

Une autre conséquence des récentes mobilisations est la remise en cause du droit de manifester. En 2015, la loi sur l’Etat d’urgence – entrée dans le droit commun en 2017 – ouvrait la voie aux mesures administratives envers les personnes (assignations à résidence, mesures de surveillance…) sans le contrôle du juge judiciaire. La loi « anticasseurs » renforce ces dispositions, tout en contrevenant de surcroît à un principe fondateur du droit français : la nécessité du commencement d’exécution, ce qui permettrait aux préfets de prendre des interdictions individuelles préalables de manifester, sans qu’aucune infraction n’ait été commise. Ce texte suscite de grandes inquiétudes concernant son utilisation, car, au-delà des « casseurs », ce sont les mouvements citoyens et les libertés individuelles qui sont potentiellement visés, y compris la liberté de la presse.

Sylviane Baudois, vice-présidente de l’Association des Journalistes de Toulouse et de sa région

 

Soutenons Médiapart et exigeons le respect du secret des sources

L’Association des Journalistes de Toulouse et de sa région soutient « Mediapart » et sa rédaction. La tentative de perquisition des locaux du journal le 4 février met en cause à la fois le secret des sources des journalistes et l’indépendance de la justice. Il est maintenant confirmé que la perquisition organisée par le parquet de Paris a été commanditée par les services de Matignon, sur des motifs créés de toutes pièces (atteinte à la vie privée, alors qu’aucune plainte n’avait été déposée). L’objectif était de discréditer « Mediapart » et d’empêcher la poursuite de l’enquête en cours, tout en accédant aux sources des journalistes. Cette procédure a été quasi-unanimement dénoncée, y compris au sein de la majorité. Les explications données par la Garde des Sceaux devant l’Assemblée nationale n’ont fait que mettre en évidence les contradictions de l’exécutif, dans une manœuvre qui s’est révélée désastreuse sous tous ses aspects. En effet, si « Mediapart » a refusé à juste titre l’accès à ses locaux afin de protéger le secret de ses sources dans « l’affaire Benalla » ainsi que dans d’autres dossiers, le journal a transmis à la justice les six écoutes déjà publiées, en y ajoutant une septième écoute encore plus accablante que les précédents éléments.

La loi de 2010 sur le secret des sources n’apporte pas toutes les garanties nécessaires car elle prévoit des exceptions ; il est urgent de sanctuariser cet élément fondamental de notre profession. En effet, alors que la loi sur le « secret des affaires » et celle sur les « fake news » affaiblissent déjà la loi de 1881 sur la liberté de la presse, Emmanuel Macron vient d’évoquer la mise en place par l’Etat de structures de contrôle, afin de « vérifier l’information ».

Sy. B

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