Le journaliste toulousain Pascal Pallas mis en examen après une plainte du Front National

Le journaliste toulousain Pascal Pallas a été mis en examen le 17 mars par le juge Guichard du tribunal de grande instance de Toulouse pour « complicité de diffamation », suite à une plainte du Front National.

Le journaliste toulousain Pascal Pallas a été mis en examen le 17 mars par le juge Guichard du tribunal de grande instance de Toulouse pour « complicité de diffamation », suite à une plainte du Front National.

Dans un article paru le 4 novembre 2013 dans l'hebdomadaire toulousain "La Voix du Midi", Pascal Pallas cite les propos de Nadia Portheault, ancienne tête de liste Front National pour les élections municipales à Saint-Alban (Haute-Garonne) et de son mari. Mme Portheault, d'origine algérienne, y explique pourquoi elle a renoncé à cette candidature et quitté le Front National, ainsi que son mari, après avoir découvert - selon elle - le racisme des militants locaux de ce parti. Mme Portheault fait également état dans cet article, des menaces reçues. L'article de "La Voix du Midi" a ensuite été largement repris dans la presse nationale.

http://www.voixdumidi.fr/municipales-une-candidate-fn-se-retire-denoncant-l-ambiguite-de-son-parti-61293.html

Le Front National a également porté plainte contre M. et Mme Portheault au TGI de Toulouse pour diffamation sur ces mêmes propos.

Cet épisode judiciaire n'est pas isolé. Les plaintes du Front National pour complicité de diffamation ou pour injures contre des journalistes deviennent systématiques.

Un exemple récent : suite aux déclarations de Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de Gauche sur le plateau de I>Télé où il avait associé le mot de fasciste au Front National et à Marine Le Pen, celle ci a porté plainte. M. Mélenchon a été mis en examen pour "injures", ainsi que Pierre Fraidenraich, directeur de la publication de la chaîne au moment des faits. L'affaire a été examinée le 6 mars au tribunal correctionnel de Paris, qui a mis son jugement en délibéré au 10 avril, la procureure ayant estimé à l'audience que M. Mélenchon n'avait "pas excédé les limites de la liberté d'expression".

Ces plaintes, d'où qu'elles proviennent, constituent une grave atteinte à la liberté de l'information et à la liberté d'expression, une tentative de censure. Cela signifie qu'un journaliste ne pourrait retranscrire ou diffuser les propos tenus par des citoyens ou des politiques sans courir le risque de faire l'objet d'une plainte, d'être mis en examen et d'être jugé. Si de telles pratiques venaient à se généraliser, cela signifierait une volonté d'empêcher les journalistes d'exercer leur métier.

Rappelons que la liberté de la presse est garantie par la loi du 29 juillet 1881 et que la profession de journaliste est encadrée par divers codes de déontologie français et européens.

Sans vouloir commenter des actes ou décisions de justice, on ne peut que regretter que de telles plaintes - à la limite de la procédure abusive - soient suivies d'une mise en examen. Et on ne peut qu'espérer que les tribunaux fassent montre de la même interprétation de la liberté d'expression que la procureure du tribunal correctionnel de Paris (voir ci-dessus).

L'Association des Journalistes de Toulouse et de Midi-Pyrénées a publié le 16 mars un communiqué de soutien à Pascal Pallas :

" Pascal Pallas, journaliste à « La Voix du Midi », est convoqué le 17 mars prochain au tribunal de Grande Instance de Toulouse pour une première comparution devant un juge d’instruction, suite à une plainte déposée par le Front National pour complicité de diffamation avec M. Thierry Portheault et Mme Nadia Portheault.

Cette plainte concerne un article de Pascal Pallas, paru dans la « La Voix du Midi » du 4 novembre 2013 annonçant le retrait de Mme Portheault comme tête de liste du Front National pour les élections municipales à Saint-Alban (Haute-Garonne), suite à des désaccords avec certaines méthodes et idées de ce parti. L’article cite des propos de M. et Mme Portheault qui s’expriment sur le Front National et font état des menaces reçues de la part de membres de ce parti qu’ils ont quitté. Il donne également la parole à Serge Laroze, candidat du Front National à la mairie de Toulouse qio réagit à ces déclarations.

Le cas de Pascal Pallas n’est pas isolé et il s’avère que le Front National, lorsqu’il porte plainte pour diffamation pour des propos parus dans les médias, porte également plainte pour complicité de diffamation contre les journalistes ayant relayé ces propos.

Il s’agit d’une atteinte à la liberté d’informer et d’une tentative de censure visant des journalistes qui font leur travail en recueillant et diffusant les propos concernant le Front National ou d’autres partis politiques, tout comme ils recueillent et diffusent les propos de ces mêmes partis.

L’Association des Journalistes de Toulouse et de Midi-Pyrénées appelle l’ensemble des journalistes à soutenir notre confrère Pascal Pallas et son journal « La Voix du Midi » et à se montrer très vigilants sur l’évolution de cette affaire.

L’Association des Journalistes de Toulouse et de Midi-Pyrénées

La présidente, Sylviane Baudois"

 



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