En France, l'industrie du tabac se casse les dents sur la cigarette électronique. L'État arrive à la rescousse !

Depuis quelques semaines les publicités pour la cigarette électronique fleurissent dans les mass médias français. TV, radio, presse, affichage, impossible d'y échapper. Deux marques, VYPE et LOGIC battent le pavé. Il y a quelques mois, c'était JAI…

Mais qui se cache derrière ces marques inconnues des vapoteurs, dont on ne trouve aucun produit dans les boutiques spécialisées, et qui semblent pourtant disposer de millions d'euros pour leur communication ? Réponse : Imperial Tobacco, Japan Tobacco et British American Tobacco.

Alors que plus d'un million de français ont réussi à se sortir du tabac grâce à des produits "libres et indépendants", les multinationales de la mort à petit feu sortent les griffes pour tenter, sinon de récupérer leurs ouailles, au moins d'éviter que les fumeurs ne continuent de leur échapper.

Mais en France, ça ne marche pas !

Le consommateur semble bouder les produits de l'industrie du tabac. Pourquoi ? Plusieurs raisons.

Premièrement, les fabricants s'appuient naturellement sur leur réseau historique de distribution, les buralistes. Malheureusement les préposés, non seulement ne comprennent rien au produit,  mais ils n'ont surtout aucune envie de le vendre. La cigarette est tellement plus simple, plus rapide, plus rémunératrice. Pour les vieux fumeurs, mais surtout pour les jeunes que la cigarette électronique n'interesse pas (trop cher, trop contraignant).

Deuxièment, le réseau de boutiques spécialisées dans la vape s'est bien développé en France, et les consommateurs ont plutôt le réflexe d'y aller pour obtenir des bons conseils. Peut-être aussi une manière symbolique de quitter le tabac en évitant de remettre les pieds chez le buraliste…

Troisièmement, enfin, parce qu'en quelques clics sur Internet, il est très facile de trouver des forums, des blogs ou encore des groupes Facebook de vapoteurs. Là, le néophyte se fera très rapidement expliquer que les produits de l'industrie du tabac sont trop chers, de mauvaise qualité, et qu'il vaut mieux, justement, aller en boutique spécialisée pour trouver du matériel innovant et performant, des liquides de qualité supérieure et au prix juste. S'en suivent des échanges pour bien utiliser le matériel, maîtriser les techniques, du partage d'expérience. Pour aider au sevrage tabagique, vraiment.

L'industrie du tabac se casse donc les dents sur le marché français. Les millions d'investissement en publicité ne semblent rien y changer…

L'État à la rescousse : pourquoi et comment ?

C'est assez surréaliste, mais l'État français ne semble pas apprécier le développement de la vape, et encore moins que cela se fasse en dehors du "système tabac" avec des acteurs économiques "indépendants".

Les mauvaises langues expliqueront que les fumeurs sont nécessaires à l'équilibre du budget. 14 milliards par an…

Les perfides rappelleront que le business du cancer fait vivre grassement l'industrie pharmaceutique et quelques centres de recherches. Moins de fumeurs, moins de cancer…

Les philosophes philosopheront sur la frustration des élites de ne pas être à l'origine de la prescription d'une solution enfin efficace, ou pire, sur l'inacceptation que le plaisir puisse se substituer à la souffrance, prix à payer (normalement) pour arrêter de fumer. Un chemin de croix bien ancré dans l'opinion publique, entretenu par certaines associations anti-tabac, adeptes du sadisme, de la cohercition et de la haine du fumeur, et dont le tabagisme est finalement le fond de commerce…

Toujours est-il, qu'elles qu'en soient les raisons, il a été décidé, tout là-haut, de freiner rapidement l'essor de la cigarette électronique, et puisqu'il est désormais trop tard pour l'interdire, d'en confier le commerce résiduel à l'industrie du tabac. On espère ainsi, à moyens termes, recanaliser le marché, probablement pour mieux le contrôler et le taxer. Pour certains cerveaux fumeux, la vape pourrait être une forme de compensation pour l'industrie et les buralistes, au cas où les ventes de tabac venaient à baisser… un jour.

La manœuvre est assez simple à comprendre.

Elle s'articule autour des mesures sur la cigarette électronique dans la nouvelle loi de modernisation de notre système de santé. Basée sur un postulat, considérer la vape comme un produit du tabac. A partir de cette incroyable contre-vérité, tout est permis…

Interdiction de publicité et interdiction de "propagande" (forum, blog, réseaux sociaux) ou comment étouffer les acteurs indépendants, le discernement et l'expérience des utilisateurs. L'interdiction de vapoter au bureau et dans les espaces publics permettra non seulement de bien cacher la vape pour les fumeurs, accessoirement, quelques ex-fumeurs reviendront à la cigarette.

Le gouvernement va également acter le transposition de la directive tabac européenne, un texte écrit sous la dictée de l'industrie du tabac et qui règlemente les produits en limitant les performances, les contenances et les modes de distribution. Des dispositions qui correspondent exactement et oppotunément aux types de produits obsolètes et inefficaces que tentent désespérément de vendre les géants du tabac avec leurs publicités (voir plus haut).

Résumons : freiner l'essor de la cigarette électronique + donner le marché à l'industrie du tabac.

Mais les vapoteurs ont tout vu ! Et ils manifestent leur désaccord. Pour eux-mêmes, car il sera beaucoup plus difficile de vaper dans de bonnes conditions et à bon prix. Mais également pour les fumeurs, qu'ils ont tous été, et qui auront beaucoup moins de chance de découvrir la solution pour arrêter de fumer, en n'ayant plus accès qu'aux produits de l'industrie du tabac, conçus pour décevoir, et donc rester fumeur.

Au moment du vote de la loi, fin novembre / début décembre, plus de mille messages ont été postés sur le blog de Marisol Touraine. Il n'y a eu aucune réponse de la ministre.

Un mépris total de l'expérience humaine.

Alors les vapoteurs se sont cotisés. En quelques jours, une "cagnotte citoyenne" a atteind plus de 9 000 €, somme bien dérisoire face aux millions que l'industrie du tabac investit en publicité. Mais avec ça, ils sont en train d'imprimer un livre avec tous leurs témoignages. Premier tirage à 700 exemplaires au mois de janvier.

"Mille messages pour la vape", c'est le titre, sera envoyé à Marisol Touraine, François Hollande, Manuel Valls, Michel Sapin et ses sous-fifres aux finances, puisque c'est là que la politique du tabac se gère, depuis le plan Chirac qui avait été une catastrophe budgétaire dans les années 2002/2003, à cause de la baisse des ventes du tabac.

Le livre sera également adressé à tous les députés français. 577 livres, un chacun. Qu'en feront-ils ?

Les médias seront également destinataires. 65 éditorialistes, journalistes politiques et santé recevront ce livre. Qu'en feront-ils ?

Une démarche inédite…

L'horizon a changé. Les vapoteurs ne se battent plus pour que la quasi-innocuité de la e-cigarette soit reconnue. C'est aujourd'hui acté. Quand bien même des doutes puissent persister, comme pour tout dans la vie, la vigilance des consommateurs et des scientifiques spécialisés est extrèmement forte. Les professionnels sont sous pression constante, sous surveillance. Ils sont d'ailleurs volontaires. En France, une norme AFNOR a été mise au point.

Vigilance… C'est le mot.

Les vapoteurs se battent aujourd'hui pour que l'industrie du tabac ne mette pas la main sur le produit miracle. Et l'État devrait justement tout faire pour protéger sa population.

Éloigner à tout prix le remède de l'empoisonneur.

C'est un appel au secours. Désespéré. Désespérant.

Ecrire un livre pour protester. Alors que d'autres brûlent, dégradent, bloquent la vie des autres… Les ex-fumeurs n'utilisent que des mots. Démarche non-violente. Démarche citoyenne. Démarche auto-gérée, comme le marché de la vape aujourd'hui, et que le gouvernement veut anéantir.

Ils sont soutenus par des médecins, scientifiques, associations, journalistes et cinéates qui ont accepté de préfacer le livre.

Au-delà du fond qui nous occupe ici, ce livre sera un témoignage pour l'Histoire. Une illustration (de plus ?) du gouffre qui sépare les gouvernants de la vie du peuple.

Pour plus d'information sur le livre : Mille messages aux députés, gouvernement et journalistes…

couverture-1000-message couverture-1000-message

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.