Pessimisme mon amour

Pourquoi être optimiste quand être pessimiste marche bien aussi (...ou pas ?)

Pessimisme : bras baissés, vraiment ?

Beaucoup aiment me reprocher mon éternel et insatiable pessimisme. Quant à moi, je me plains du matin au soir sur ma vie de merde, parce que j’estime que j’en ai une. C’est bâteau non ?

Alors on me dit que j’ai baissé les bras, qu’être négative tient de l’autodestruction et que ca n’est pas d’être en colère en permanence qui m’aidera à sortir la tête de l’eau. On me dit que quand même, j’ai de quoi être heureuse avec mon toit sur la tête, deux chouettes enfants, le frigo toujours rempli et le placard plein de fringues, et regarde la belle relation que tu as avec ton ex-mari, et puis partout où tu met ton grain de sel tu finir par te faire un petit nom, alors bon, positive attitude meuf, tout ne va pas si mal. Parfois on me dit aussi d’essayer de vivre dans le monde que j’aimerais voir. Mais je ne vois rien d’autre que le néant, l’autodestruction et le chaos… et c’est ok!

Pourquoi depuis que j’ai 17 ans j’ai des blogs militants si ça m'apporte tant de souffrances ? Pourquoi avoir carrément créé un e-zine, fut un temps qui me semble déjà lointain, non pas sur le tricot mais sur l’exploitation animale et ses alternatives cruelty-free ? M’enfin faut être un peu maso non ? Pourquoi après cette expérience aussi riche en humanité qu’en déception, rage, cyber harcèlements et toxicité, je m’inflige des heures incalculables à bûcher l’auto-défense intellectuelle, la zététique, et à en faire des vidéos sachant très bien toute la violence que je vais me prendre dans la gueule quand les milliers d’abonnés seront arrivés ? Pourquoi me forcer à être activiste ? Pourquoi m’infliger ça ? Pourquoi même me lever le matin si ma vie n’en vaut pas la peine ? C’est très simple : parce que je suis pessimiste.

Parce que je ne vois qu’un avenir sombre et obscur, et que cet avenir me fait chier.Je n’en veux pas. Ni pour mes enfants, ni pour toi, ni pour qui que ce soit. Alors chaque jour, puisque j’en ai les capacités et la possibilité, je bosse dur, j’encaisse, je tombe, je me relève. Il parait que je vais mieux, que les périodes de down sont moins récurrentes et plus courtes. Moi je dis que je finis simplement par être habituée, ça fait quand même 34 piges que je morfle. Je ne me sens pas mieux, je sens juste que j’accepte que ma vie, c’est ça. Avant d’avoir 18 ans, j’ai passé 18 ans à être violentée, j’ai subi l’homophobie, ai été violée deux fois, vu 3 ami.e.s mourir. La suite ne peut être résumée en quelques phrases, mais c’est encore bien d’autres coups de poignards, encore, et encore, et encore, mais je suis immortelle, ou maudite, parce que ça ne s'arrête jamais malgré tous mes efforts.

À une époque, j’ai cru en l’entité Terre, en Gaia, j’ai cru que ma mission était d’encaisser pour les autres afin d’aider à changer le monde, que tout ce que j’ai pris de violence et de haine dans la gueule était un terrain d'entraînement pour devenir une activiste forte. Que mon passé douloureux avait une raison et un sens. Puis un jour, ça s'est arrêté, la croyance s’est brisée. Mais je suis toujours là, à tenter autant que possible de fabriquer quelques pierres à ajouter à l'édifice. Et parce qu’importe tout ce qu’on mange, nous activistes, nous extrémistes, nous antagonistes : ça vaut le coup pour quelqu’un, quelque part.

Pourquoi je me lève tous les matins, pourquoi suis-je activiste ? Parce que je suis pessimiste. Si j’étais optimiste, avec tout ce que j’ai bouffé de violences, je ne me donnerais pas toute cette peine. J’ai fait de mes fantômes non pas une armée qui me hante, mais de vieux amis avec qui on va changer le monde avec nos claviers, nos caméras, nos pancartes et nos grèves de la faim. Et même si elle me trompe encore souvent, ma colère n’est pas aveuglante, elle me nourrit. Vous avez l’espoir et l’optimisme, j’ai la rage. Vous vivez dans le monde que vous voulez voir ? Je le construis. Vous aussi vous le construisez, mais pas avec les mêmes outils, parce qu’au cours de nos balades dans les différents niveaux du jeu, nous n’avons pas trouvé les mêmes coffres avec les mêmes armes.

Mon pessimisme me fait me lever le matin. Mon pessimisme me fait me battre pour un monde meilleur.

Parfois j’ai quelques moments d’espoir et d’optimisme. Il parait que je vais mieux, que les périodes de down sont moins récurrentes et plus courtes… ;)

Soyez sceptiques, prenez soin de vous, on se retrouve très bientôt.

Noita.

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