Le Covid et la crise des rationalités. Honte aux journalistes aux ordres.

Cet article vise le mépris des journalistes contre les foules, ces journalistes incapables de penser que les chercheurs font de la science en discutant leurs désaccords. Incapables également de repérer que le pouvoir macronien a érigé un discours sanitaire comme discours unique, source de la crise des rationalités.

« L’Ivermectine, ce vermifuge pour chevaux »

Sur France-Culture, il y a deux jours (le 1/10/2021),  Baptiste Muckensturm tenait sur deux minutes un discours qui devait dézinguer les informations en provenance des « réseaux sociaux », (« LES ENJEUX DES RÉSEAUX SOCIAUX, Viralité et pandémie : les réseaux sociaux face à la désinformation ») : « plus ils se marginalisent plus ils se radicalisent » énonçait-il, et ce Baptiste se désolait que des médecins multimédias (Karine Lacombe et quelques autres) soient mis en cause sur lesdits réseaux sociaux et fassent l’objet de « propos haineux ». De bonnes plaisanteries aussi, j’en témoigne ! A vrai dire, on pourrait se demander pourquoi ces mandarins qui prétendent remplacer la démocratie de leur voix paternalistes ne seraient PAS mis en cause ?

Mais notre Baptiste n’a pas fini de m’étonner : voici qu’il met lui en cause l’Ivermectine comme médicament à tester pour entrer dans la banque de médicaments susceptibles d’aider les patients atteints du Covid : « Pour traiter le Covid, ils [ces gens des réseaux sociaux qui n’ont pas de nom dans sa bouche. Pourtant ce sont des médecins, des chercheurs chevronnés souvent, et ils sont des milliers !) « ils, donc, recommandent un traitement comme l’Ivermectine, ce vermifuge pour chevaux ». Eh bien, monsieur Baptiste Muckensturm, ce vermifuge pour chevaux a été testé par des chercheurs de l’Institut Pasteur lui-même !  Il va donc vous falloir ajouter l’Institut Pasteur lui-même au nombre des illuminés ! Je cite le communiqué de presse du 12.07.2021 : (https://www.pasteur.fr/fr/espace-presse/documents-presse/ivermectine-attenue-symptomes-covid-19-modele-animal) :

Guilherme Dias de Melo explique : « Notre étude apporte des données précliniques qui démontrent scientifiquement une action protectrice de l’ivermectine pendant l’infection par le SARS-CoV-2 dans un modèle animal. Ces données sont essentielles pour appuyer les essais cliniques chez l’homme. »

L'ivermectine pourrait alors être considérée comme un agent thérapeutique encourageant contre la Covid-19, sans impact sur la réplication du SARS-CoV-2 mais soulageant l'inflammation et les symptômes qui en découlent.

« Nos résultats fournissent une avancée significative et démontrent que l'ivermectine appartient à une nouvelle catégorie d'agent anti-Covid-19 dans un modèle animal. Ces travaux ouvrent la voie à des axes de développement pour de meilleurs traitements contre la Covid-19 chez l’Homme » conclut Hervé Bourhy, responsable de l’unité Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie et dernier auteur de l’étude.

Résultats publiés dans la revue EMBO Molecular Medicine, le 12 juillet 2021.

Le mépris des journalistes contre les foules. Ces journalistes incapables de penser que les chercheurs font de la science en discutant leurs désaccords

Voilà presque deux ans maintenant que de nombreux journalistes bon teint nous crachent leur mépris à la gueule avec une assurance considérable, eux qui savent tout du Covid et de la vérité à son égard. J’ai l’impression nette qu’ils mettent leurs pas dans la foulée de Gustave Lebon !

 Pour ma part, j’invite ceux qui ont encore une petite place pour la réflexion et la bonne foi à réfléchir toute cette période comme une crise des rationalités. Oui DES rationalités. Ceci ne fait pas problème à l’université, je suis chercheur, et j’en témoigne. Nos communautés scientifiques travaillent, non pas avec l’idée absurde qu’il y aurait LA vérité à découvrir et à faire triompher, mais à diriger sur tel objet des lumières différentes susceptibles de faire apparaître des facettes différentes de cet objet. Nous avons des arrière-plans différents, issus de l’histoire des sciences, et donc des regards différents, des méthodes différentes, des points de départ différents. Tous nos discours ont une logique mais une logique différente du collègue d’à coté et nous discutons les uns avec les autres, parfois dans le calme, parfois avec plus d’emportement, mais normalement nous ne cherchons pas à écraser les tenants d’une école de pensée différente de la nôtre sous la risée, la censure et l’anathème. Et en temps normal, c’est comme cela que fonctionnent les communautés scientifiques, dans l’édification non pas d’un discours unique mais d’un discours pluriel jusqu’à ce qu’un état de la science donné nous permette – pour un temps et pour un temps seulement – de refermer telle boite et d’en ouvrir telle autre à la discussion.

La crise des rationalités provient du caractère partisan donné par le pouvoir à ses choix scientifiques

S’il y a aujourd’hui crise des rationalités, c’est parce que le pouvoir politique a décidé de constituer les Karine Lacombe et les fabricants de modèles de l’Institut Pasteur comme les seuls scientifiques autorisés. S’il y a crise des rationalités, c’est parce qu’en usant d’arguments d’autorité sans permettre le débat, le pouvoir politique a voulu instituer la science des Karine Lacombe et consorts comme discours unique. Et ce discours unique a décidé pour toute la population le confinement à discrétion, le port des masques dans la rue, le couvre-feu, la suppression des libertés politiques, la suppression des droits, le passe sanitaire et donc la vaccination obligatoire, bref toutes les joyeusetés que nous avons subies.  

 S’il y a crise des rationalités c’est parce que tous les grands médias ont, comme un seul homme, décidé qu’il y avait, en matière de science, un discours unique, celui du pouvoir macronien-Arnaud Fontanet-Karine Lacombe. On comprend que ces tenants du discours unique ne soient pas très contents : Internet (les ressources d’Internet, le fait qu’on puisse avoir un site web, des canaux d’expression alternatifs et non les réseaux sociaux, car Zuckerberg et YouTube ne se sont pas privé de participer à la police de la pensée scientifique en censurant hardiment tous ceux de Reinfocovid notamment et bien d’autres qui n’étaient pas dans le moule), Internet donc, a été le seul champ où des esprits inquiets [nous sommes des millions], ont cherché une pensée articulée qui puisse étayer leurs propres questionnements.

 Deux grandes logiques s’affrontent

Pour ma part, et puisque je suis spécialiste des argumentations, je crois voir que deux grandes logiques s’affrontent. Voici le point de départ de la première :

il y a une catastrophe sanitaire en cours.

C’est cet état de catastrophe qui justifie (qui cherche à rendre JUSTE) dans le raisonnement qui suit, le chemin qui a été pris : restrictions drastique des droits, réunion dans les mains  du pouvoir exécutif du pouvoir législatif et judiciaire. Mise en place d’une politique autoritaire à l’égard de la population et bâillonnement des alternatives médicamenteuses que le pouvoir ne tiendrait pas en main.

 Mais si l’analyse qu’on fait de la situation ne rejoint pas l’idée d’une catastrophe sanitaire, on voit que ce qui est mis en cause c’est toute la gestion de la crise Covid : les confinements et couvre-feu étaient-ils justifiés si on s’aperçoit qu’il n’y avait pas de catastrophe ? Les atteintes incroyables (jamais vues) aux libertés étaient-elles justifiées s’il n’y a pas de catastrophe ? La solution unique : la vaccination de fait obligatoire de toute la population, est-ce justifié s’il n’y a pas de catastrophe ?

 Catastrophe sanitaire ou non ?

Les arguments de la thèse catastrophiste sont les suivants

  • Le Covid a fait un très grand nombre de morts.
  • Les réanimations risquaient dêtre saturées et le fonctionnement normal du reste de l’hôpital a risqué de n’être plus assuré.
  • Des atteintes importantes (les « Covid longs ») menacent une partie importante de la population.
  • Considérant les traitements médicamenteux, aucun n’a fait la preuve de son efficacité, donc le vaccin est seul susceptible d’arrêter la pandémie.

 Cher monsieur Baptiste Muckensturm, cette thèse n’est donc attaquable d’aucun point de vue ? Il y a pourtant des scientifiques dont le travail consiste à compter les naissances et les morts, on les appelle des démographes. Avez-vous lu leurs travaux ? D’après ces gens-là, et après trois pics épidémiques, oui, trois ! le nombre de morts toutes causes confondues en 2020 se situe dans la limite haute des années de forte mortalité pour cause de grippe et d’affections saisonnières. Il n’y a pas eu de catastrophe sanitaire. Ni en nombre de morts, ni en saturation des réanimations ni en mise en cause des moyens hospitaliers.

Ce qui est scandaleux, c’est de diffuser sur les télévisions de masse des scènes catastrophistes dans les hôpitaux de la Réunion ou de la Martinique en omettant d’indiquer que dans ces territoires le nombre de places dans les services de réanimation et dans les services hospitaliers est ridiculement bas et honteusement en dessous de ce qui conviendrait.

 S’il n’y a pas eu de catastrophe sanitaire c’est parce que le pouvoir a su prendre des décisions difficiles, les confinements, les masques, les couvre-feux ? Allons donc ! Il y a des voix particulièrement autorisées qui indiquent que les masques dans la rue n’ont aucun effet, sinon de propager l’inquiétude et l’obéissance, que les confinements de toute la population n’ayant pu être complet, les travailleurs ont plutôt contaminé leur famille et propagé avec plus de force le virus, qu’isoler les malades et seulement les malades auraient eu plus de rationalité.

 Reste le vaccin obligatoire pour tous. Il y a une pose en ce moment dans le développement de la pandémie. Tant mieux. On nous dit qu’elle est due aux vaccins. Voyons cela sur un temps plus long. Car si l’épidémie repart malgré le taux de vaccinés, le pouvoir va se trouver à poil du coté de son argumentation et la population risque de demander des comptes, cette fois !

 Et cherchons dans la bonne foi et la discussion libre des scientifiques des médicaments et des traitements susceptibles d’aider les malades, les Covid longs ou les personnes atteintes de co-morbidités, en évitant de mêler l’argent par milliards aux pieuses pensées des médecins qui propagent la thèse catastrophiste, sans vergogne. Car on aimerait que ces médecins catastrophistes n’aient pas d’intérêts financiers dans les grands laboratoires. Leur thèse apparaîtrait plus plausible. En évitant aussi de déglinguer encore l’hôpital en harcelant les soignants et en supprimant des capacités d’accueil.

Et rendez-nous nos libertés. Stop à ce passe de la honte, à ce passe discriminant, qui établit des douaniers sanitaires contre les populations. Est-ce gouverner que de gouverner contre sa population ?

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