Haro sur le passeport Covid

Le Covid, c’est aussi le déclencheur de débats passionnés. Après les masques, les tests et les vaccins, voici la grande question : faut-il créer un passeport pour ceux qui se feront vacciner ?

Le Covid n’est pas seulement l’épidémie du siècle, qui a déjà tué près de 2 millions de malades dans le monde. C’est aussi le déclencheur de débats passionnés. Après les masques, les tests et les vaccins, voici la grande question : faut-il créer un passeport pour ceux qui se feront vacciner ?

Le gouvernement français a proposé un projet de loi sur la gestion des crises sanitaires. Il prévoit que le Premier ministre peut limiter les déplacements en fonction des résultats d’un test de dépistage ou de l’administration d’un vaccin. En bref, un certificat de vaccination comme il en existe pour la fièvre jaune.

Aussitôt, les voix indignées du Rassemblement national ont protesté : "c’est profondément délétère et liberticide". On veut introduire la vaccination obligatoire, alors que le gouvernement a promis que chacun était libre de se faire vacciner ou non. Et nos libertés et nos données personnelles, que deviennent-elles ? La défense de nos libertés, ça fait évidemment partie du fonds de commerce de Marine Le Pen. À défaut de vision claire sur les moyens d’enrayer la pandémie. Le patron de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan : "c’est une remise en cause totale et scandaleuse de la liberté vaccinale"."Effarante régression démocratique", s’indigne le Figaro.

Comme d’habitude, le ministre de la Santé a rétropédalé vite fait.

Ce n’est pas le moment de braquer les Français au moment où la vaccination contre le Covid -19 vient de commencer, dans la plus grande pagaille. Le projet de loi sera votée en avril... ou aux calendes grecques ! 

Mais il n’y a pas que la France qui envisage un passeport Covid. L’Association internationale du transport aérien (IATA) y a pensé aussi. C’est vrai que le transport aérien a été ravagé par le virus. Elle a perdu près de 120 milliards de dollars l’an dernier, le nombre de passagers a dégringolé de 60 %.

Selon le journal suisse Le Temps, elle croit avoir trouvé une bouée de sauvetage : AOK Pass, développé par une start-up basée à Singapour. Une sorte de passeport sanitaire numérique, qui ouvrira les portes des aéroports et des avions. "Son détenteur devra auparavant passer un test pour le Covid-19, dont le résultat devrait être négatif". Il faudra que les Etats reconnaissent ce passeport privé. Mais, d’après le journal suisse, 170 aéroports sont prêts à le reconnaître. Après tout, il y a près de 40 ans que nous avons pris l'habitude d'être contrôlé et fouillé avant de prendre l'avion. Nous avons accepté cette limitation de nos libertés pour éviter qu'un terroriste ne fasse exploser notre avion.

Le vieux carnet jaune de vaccination a fait son temps. Place aux applications numériques.

Apple y a déjà pensé : les 10 millions d’habitants de Los Angeles obtiennent la preuve numérique qu’ils ont été vaccinés, sur le service Wallet de leur iPhone. S’ils ont un téléphone avec Android, c’est Google qui leur offre ce service via Pay Pass. Cela permettrait à des organisateurs de concerts, à des entreprises ou à des universités de refuser l’accès à ceux qui n’ont pas été vaccinés.

Le hic, c’est que ces certificats de vaccination ne sont pas officiels.

Ils sont émis par des sociétés privées et ils ne sont pas reconnus par l’Organisation mondiale de la santé. Évidemment, les autorités sont réservées : on va donner des informations médicales aux géants de la technologie. Attention à la protection des données et à l’identification personnelle ! Comme toujours, Apple et Google ont un temps d’avance sur les gouvernements, car leurs applications leur fournissent une précieuse source d’information sur les utilisateurs. 

La France, toujours à l’arrière-garde, avance avec une prudence de Sioux.

Après le bide de l’application Anti-Covid, après le scandale des masques, après la cacophonie des tests, après le raté de la vaccination, mieux vaut éviter un nouveau pataquès sur le passeport Covid.

Plutôt que de réfléchir à une solution acceptable, qui combine sécurité et protection des libertés, Emmanuel Macron lance un nouveau gadget : le "collectif des citoyens" chargé de suivre la campagne de vaccination. 35 Français tirés au sort à qui on demandera s’ils ont l’intention de se faire vacciner dans l’année. "Grotesque, foutage de gueule", a hurlé l’opposition.

Comme pour la Convention pour le climat, Macron pense que la démocratie participative sera plus efficace que l’avis des experts et la sanction du Parlement. Comme chacun le sait, quand on veut noyer le poisson, on nomme une commission, ce que le général de Gaulle appelait un comité Théodule.

Et pendant ce temps, le Covid a frappé 2,7 millions de Français et en a tué plus de 65 000.

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