Lʼaffaire qui pue comme un camembert

Si vous arrivez à suivre les péripéties de lʼaffaire Sarzozy-Bettencourt-Woerth, cʼest quevous êtes vraiment plus fort que les motards qui suivent le Tour de France. A chaqueétape, que dis-je, à chaque virage, une nouvelle révélation : témoignage exclusif, démenti,plainte pour diffamation, insulte, interview, mise au point. Ca tombe comme à Gravelotte !Heureusement, il y a le Mondial en Afrique du Sud et le Tour de France pour nouspermettre de souffler un peu.Vous y comprenez quelque chose, vous ? Ou bien, comme mon charcutier, vous hochezla tête dʼun air entendu : je vous lʼavais bien dit, tous pourris ! Il y en a quand même quine sont pas prêts à lâcher la chasse au trésor : qui donc ? Mais les avocats, voyons ! Uneaffaire comme ça, cʼest pain béni pour les ténors du barreau, dont les notes dʼhonorairesdoivent faire plutôt faire mal.Pendant que la presse, les partis, les ministres et leurs porte-parole pataugent dans lemarigot politico-financier, la presse étrangère assiste médusée à ce vaudeville bienfrançais. Evidemment, lʼimage de la France nʼen sort pas grandie. Déjà, le feuilleton delʼéquipe de France avait fait ricaner le monde entier. Mais, bon, il ne sʼagissait que desmillionnaires mal élevés du ballon rond, de leur sélectionneur incompétent et dʼuneministre des Sports chargée par le président de faire pleurer les Bleus.Lʼaffaire Bettencourt-Woerth, cʼest tout autre chose : cʼest une tragédie de Shakespearerevue par Offenbach, avec son roi dont le trône vacille, ses grands ducs offensés, sestraîtres, ses coups fourrés, ses portes claquées. On se moque, mais il nʼy a pas de quoirire. Le célèbre magazine américain Vanity Fair nʼy va pas par quatre chemins. Enpremière page, son titre fait mal : "Sarkozy peut-il survivre au scandale Bettencourt ?"Vous me direz : on ne va quand même pas prendre au sérieux un canard qui sʼintitule "lafoire aux vanités" ? Et on a tort : ce monument de la presse américaine se proclame sansmodestie "un catalyseur culturel qui conduit globalement le dialogue populaire, desaffaires mondiales au divertissement, du business à la mode, du crime à la société".Vanity Fair a été créé en 1913. Cʼest une référence pour les personnalités qui fontlʼactualité, dans la politique, la mode et la culture. Il diffuse des photos souventcontroversées de people, mais il a aussi publié de grands écrivains américains et sesinterviews de célébrités en ont fait un passage obligé pour les personnalités. Lʼéditorialistede Vanity Fair nʼy va pas avec le dos de la cuillère. Après avoir rappelé pour ses lecteuraméricains le feuilleton qui nourrit les médias français depuis des semaines, il oseaffirmer : "Tout lʼaffaire peut puer comme un camembert, mais jusquʼà hier, Woerth nʼa étéaccusé dʼaucun crime par la presse". Mais sa conclusion va rappeler au public américainune vieille affaire qui a traumatisé lʼAmérique et qui a poussé Nixon à démissionner en1972 : "Comme Nixon pendant le Watergate, Sarkozy risque de mourir à petit feu et iltente de minimiser les dégâts. Et comme ils l'ont fait pendant le Watergate, les hommespolitiques les plus puissants, ceux qui étaient au coeur du scandale, sont restés à leurposte alors que leurs collaborateurs ont été jetés par-dessus bord comme du ballast. Etcomme lors du Watergate, je présume que les révélations vont se poursuivre." Etlʼimpudent ose même affirmer que les Français ne sʼintéressent pas à la vie sexuelle deleurs hommes publics. Et que cʼest pourquoi les scandales politiques français sont pluscomplexes que les américains. De quoi je me mêle ?Si vous allez passer vos vacances aux Etats-Unis, cet été, ne vous étonnez pas que lepolicier esquisse un sourire quand vous lui présenterez votre passeport français.

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