Donald ne gazouille plus

Twitter a décidé de fermer temporairement le compte de Donald Trump pour incitation à la violence, après ses appels à l’émeute contre le Capitole. Et le monde politique et médiatique s’enflamme. Comment une entreprise privée ose-t-elle censurer le président des États-Unis ? Et la liberté de la presse, garantie par la Constitution ? Aujourd’hui, c’est Trump. Demain, ce sera vous et moi !

Twitter a décidé de fermer temporairement le compte de Donald Trump pour "violations sévères de notre politique d’intégrité civique". En clair, pour incitation à la violence, après ses appels à l’émeute contre le Capitole, qui ont fait 5 morts. Et le monde politique et médiatique s’enflamme. Comment une entreprise privée ose-t-elle censurer le président des États-Unis ? Et la liberté de la presse, garantie par le Premier Amendement de la Constitution ? Aujourd’hui, c’est Trump. Demain, ce sera vous et moi !

Twitter est une entreprise privée américaine, qui se définit comme "un service permettant de raconter ce qu’on fait au moment où on le fait, en envoyant gratuitement des tweets, de courts messages de 140 caractères". "Cela renforce votre dynamisme et votre notoriété... pour diffuser l’information qui peut être utile aux autres".

313 millions de gens l’utilisent comme plateforme sociale, grâce aux hashtags#, des mots-clés qui facilitent les recherches. Pendant quatre ans, Twitter a été l’outil de communication préférée de Donald Trump. Sur son compte privé @realDonaldTrump, le président américain parlait directement à ses 88 millions d’abonnés pour dénoncer les médias qu’il accusait de fake news. Pour la première fois dans l’histoire, Trump a construit avec Twitter un écosystème d’informations plus puissant que les médias traditionnels, avec son fameux slogan "Make America Great Again".

Donald Trump a littéralement gouverné par Twitter, en politique intérieure comme en politique internationale.

Les tweets présidentiels étaient un florilège d’annonces politiques, de coups de gueule, d’insultes contre ses adversaires, de vidéos montages.

Trump avait ridiculisé et insulté ses adversaires : Joe Biden , "Sleepy Joe" (Joe l’endormit) ; Nancy Pelosi, présidente de la chambre des représentants : "Crazy Nancy" (Nancy la folle). Dans un tweet, le président se qualifiait de "génie extrêmement stable." Depuis le vote du 3 novembre, Trump a utilisé massivement Twitter pour diffuser des messages vengeurs contestant la victoire de Joe Biden et appelant à la révolte. Ces tweets violaient manifestement les règles du réseau social. Pendant des années, Twitter a fait une exception pour Donald Trump, en estimant qu’il pouvait être dans l’intérêt public de connaître l’opinion du président des États-Unis.

Ces nouvelles règles s’appliquent aux représentants d’un gouvernement qui avaient plus de 100 000 abonnés sur leur compte vérifié. Les dirigeants de Twitter ont finalement considéré qu’avec Trump, c’en était trop !

Deux milliardaires californiens ont réussi ce que des légions de procureurs avaient essayé sans succès depuis des années : débrancher le président Trump !

Pour une raison évidente : les réseaux sociaux craignent que les pouvoirs publics décident de réguler eux-mêmes leurs activités. Évidemment, les partisans du président ont hurlé que la décision de Twitter était un exemple de la tyrannie des géants de la Silicon Valley pour contrôler la liberté d’expression, garantie par le premier amendement de la Constitution. Aux États-Unis il y a des années que le débat fait rage sur l’influence de Twitter sur la vie politique. Le réseau social a contribué à radicaliser les opinions.

Les électeurs agissent souvent selon les tweets des responsables politiques. En France, les défenseurs de la liberté d’expression crient au scandale. C’est de la censure politique ! De la gauche à la droite, les responsables politiques sont scandalisés qu’une entreprise privée décide seule de censurer des opinions politiques. Ce sont les GAFA qui s’arrogent le pouvoir de contrôler le débat public.

De nombreux internautes ont vu leur compte Twitter suspendu par les algorithmes du réseau qui censurent automatiquement toute violation des règles.

Le professeur Olivier Babeau, dans son dernier livre "Le nouveau désordre numérique", affirmait : "Hier, les politiques contrôlaient les médias. Aujourd’hui, les médias modèlent la politique à coups d’algorithmes."Le cas Trump pose des questions légitimes, selon le New York Times : "comment une poignée de dirigeants d’entreprises technologiques, qui n’ont des comptes à rendre qu’à leur conseil d’administration et à leurs actionnaires, ont pu acquérir un pouvoir aussi énorme. Est-ce que le modèle économique des réseaux sociaux est fondamentalement compatible avec la démocratie ? Est-ce qu’une génération de politiciens accros à Twitter peuvent apprendre la leçon que retwitter est un moyen plus sûr d’arriver au pouvoir que de gouverner de manière responsable ?"

La toute-puissance des GAFA pose des problèmes fondamentaux, dans un pays où la libre expression et la liberté d’entreprendre sont des valeurs cardinales. Il ne s’agit pas seulement de savoir si les réseaux sociaux sont responsables juridiquement des messages de leurs abonnés. Mais de savoir si la puissance de ces entreprises géantes qui font des milliards de dollars de profit ne menace pas la démocratie.

Après tout, dans les années 1890, les États-Unis ont démantelé Standard Oil devenu trop puissant, au nom des lois antitrust. 40 États américains ont déjà lancé des poursuites contre Facebook. Des armes plus puissantes que les menaces européennes de contrôles étatiques. GAFA Too big to fail ?

Trop puissants pour faire défaut ? Ne pariez pas votre chemise ! 

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