Et la solidarité, bordel !

 Le président Macron annonce qu’il faudra être vacciné ou avoir un test négatif pour aller au restaurant, au cinéma, au théâtre, au centre commercial, dès le mois prochain, et les Français hurlent qu’on attente à leurs libertés individuelles.  De l’extrême gauche à l’extrême droite, le cœur des pleureuses se déchaîne : recul grave des libertés individuelles, dictature sanitaire, Corona folie, brutalité du libéralisme autoritaire, terrible aveu d’échec.

 On vous parle d’une mesure sanitaire destinée à enrayer une pandémie qui a déjà tué plus de 120 000 malades, dans un pays où moins de quatre Français sur 10 sont vaccinés. Un pays où une nouvelle variante du virus menace d’engorger les services d’urgence et de provoquer un nouveau confinement. Un pays qui a déjà dépensé près de 500 milliards d’euros pour soutenir l’économie et éviter les ravages du chômage.  Un pays où la vaccination et les tests PCR sont gratuits, ce qui coûte près de 5 milliards d’euros aux contribuables.

Bien sûr, le président avait promis que la vaccination ne serait pas obligatoire et qu’il n’y aurait jamais de passe sanitaire. Mais devant l’urgence d’une quatrième vague, il a changé d’avis.  Toutes les autorités médicales lui demandaient depuis des semaines de prendre des mesures radicales pour freiner l’épidémie.  Les médecins savent bien que les Français ont relâché leur vigilance, qu’ils appliquent de moins en moins les gestes barrière et que les grandes vacances sonnent l’heure de la liberté et du rebond de l’épidémie. Tout le monde a vu les images des raves parties, des foules en délire lors de l’Eurofoot et du tour de France.  Finie les masques, la distanciation sociale. Vive la fête en famille, les embrassades et les apéros entre copains !

 Et voilà que ce rabat-joie de président veut nous imposer d’être vaccinés.  Quoi, les soignants qui s’occupent de malades, de personnes âgées seront obligées d’être vaccinées, alors que près de 45 % d’entre eux ne le sont pas ? Écoutez leurs explications : on ne sait pas si le vaccin protège vraiment du virus, ces vaccins ont été développés trop vite, je suis seul responsable de ma santé, tout ça c’est pour engraisser les Big Pharmas.   Ces irresponsables ont fait mourir des vieux dans les maisons de retraite et dans les hôpitaux, parce qu’ils n’étaient pas vaccinés, mais ils s’en foutent : ma liberté individuelle passe  avant ma responsabilité.

Même ceux qui soutiennent le président y vont de leur petite musique.   Il ne faut pas contraindre à la vaccination, il faut user de pédagogie.  On a vu ce qu’elle a fait, la pédagogie : 36% de la population vaccinée en France, 38% en Italie, 43% en Allemagne, 52% au Royaume Uni. Dans ce beau pays de France, moins de 1% des ados, 25% des 18-29 ans seulement sont protégés par le vaccin. Pourquoi ?   Parce qu’au pays des Lumières, la liberté individuelle passe avant la solidarité.  Les Français veulent bien aider la Croix-Rouge, Emmaüs, les Sauveteurs en mer et les sinistrés des inondations, grâce à de généreuses déductions fiscales.  Mais qu’on ne vienne pas les emmerder avec un pass sanitaire au moment où ils partent en vacances !

 Et puis on entend une autre rengaine, dans les syndicats de soignants. Puisque Macro est sourd à nos revendications d’augmentation de salaire et de nouveaux engagements, la seule façon de le faire plier, c’est de refuser d’être vacciné. De toute façon l’Etat a besoin de nous, il ne peut pas nous mettre à la porte.  Depuis hier, le ton a changé. Les soignants qui refuseront de se faire vacciner d’ici septembre ne pourront plus travailler et ne seront plus payés.  Du coup, les Français se ruent sur les sites de réservation pour se faire vacciner : 1,5 million en quelques heures ! Pas par solidarité, mais pour pouvoir partir en vacances et aller au spectacle.  C’est mieux que rien, mais 30 millions de Français n’ont toujours pas reçu la moindre injection.

 Pourtant, tous les médecins répètent que le vaccin, c’est le seul moyen pour freiner l’épidémie et éviter un nouveau confinement. Si vous êtes vaccinés, vous vous protégez et vous protégez votre famille, vos amis et vos collègues de travail. C’est ça la solidarité.  Le vaccin : un petit pas pour ma liberté, un grand pas pour la solidarité !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.