Big Business chez WhatsApp

On peut être le pape des réseaux sociaux, comme Mark Zuckerberg, le milliardaire propriétaire de Facebook et de WhatsApp, et se planter complètement dans sa communication. En menaçant ses clients de WhatsApp de fermer leur compte s’ils refusaient que leurs données soient transférées sur Facebook dès le 8 février, le méchant Mark a déclenché un incendie médiatique. Il a dû, en quatrième vitesse, leur accorder un délai jusqu’au 15 mai.

Si vous n’êtes pas un accro des réseaux sociaux, cette affaire vous aura laissé de marbre. Mais des milliers de clients de WhatsApp ont hurlé : le méchant Mark leur mettait le couteau sous la gorge. Quoi, mon nom, l’adresse IP de mon ordinateur, mon adresse e-mail, mon numéro de téléphone seront pompés sur Facebook si je refuse cette modification des conditions générales ? Je ne pourrai plus m’amuser avec la messagerie en ligne WhatsApp : échanger avec mes amis des selfies, de petites vidéos rigolos, des informations sur les endroits où je vais en vacances ? Vite fait, je quitte WhatsApp pour une messagerie plus sécurisée, comme Signal ou Telegram. Et les spécialistes des réseaux sociaux dans les médias ont répercuté cette colère populaire et ont fait la promo de ces messageries alternatives. Ces petits nains des réseaux sociaux réunissent une centaine de millions d’utilisateurs. Mais 99 % des clients de WhatsApp lui sont restés fidèles.

Le méchant Mark s’est fendu d’un long communiqué expliquant qu’on avait mal compris ses intentions. Un chef-d’œuvre de fausse contrition. "Il nous faut plus de temps pour notre récente mise à jour. Grâce à de nombreuses personnes, nous comprenons la confusion qui règne autour de la récente mise à jour. Beaucoup d’informations erronées ont circulé, ce qui a créé de l’inquiétude. Nous souhaitons aider chacun à comprendre nos principes et les faits. L’application WhatsApp a été conçue sur une idée simple : ce que vous partagez avec vos amis et votre famille reste entre vous et eux. Cela signifie que nous protégerons toujours vos conversations personnelles grâce au chiffrement de bout en bout, pour que ni WhatsApp ni Facebook ne puissent voir vos messages privés". Et enfin, la vérité : "cette mise à jour comprend de nouvelles options pour les personnes souhaitant envoyer un message à une entreprise sur WhatsApp, et elle fournit également plus de transparence sur la manière dont nous recueillons et utilisons les données".

Vous n’avez pas compris ? Je vous explique : pour Mister Zuckerberg, WhatsApp n’est pas une aimable distraction, comme pour vous et moi. C’est un réseau social qu’il a payé 22 milliards de dollars. Ses 2 milliards d’utilisateurs représentent une formidable vitrine publicitaire pour les entreprises. Vous donnez gratuitement à WhatsApp de précieuses informations sur vos goûts, sur vos habitudes de consommation, sur les lieux que vous fréquentez et sur le réseau de vos amis. Malheureusement, WhatsApp ne réalise qu’un misérable chiffre d’affaires de 23 millions de dollars. Mark Zuckerberg n’aime pas perdre de l’argent. En modifiant ses conditions générales, Mark veut basculer vos précieuses informations sur sa pépite, le réseau social Facebook et ses 2,7 milliards d’utilisateurs. Facebook, c’est le mammouth des réseaux sociaux, avec ses applications Messenger, Instagram et WhatsApp. 410 millions d’Européens, 300 millions d’Indiens, 200 millions d’Américains, 130 millions de Brésiliens y sont accros. Mais surtout 160 millions d’entreprises sont présentes sur Facebook, qui est massivement utilisé par les annonceurs. Grâce à vous, le chiffre d’affaires atteint 70 milliards de dollars, dont 98 % générés par la publicité. Et cela rapporte à notre cher Mark plus de 19 milliards de dollars. 

Vous avez compris maintenant pourquoi WhatsApp veut modifier ses obscures conditions générales : pour "envoyer un message à une entreprise sur WhatsApp". La pub sur WhatsApp et sur Facebook, ça coûte beaucoup moins cher et ça touche 2,7 milliards de clients potentiels. Marc Zuckerberg nous prend vraiment pour des abrutis ? Ce qu’il cherche en réalité, c’est que nous consultions le site des millions d’entreprises qui ont choisi de faire leur pub sur WhatsApp et que nous leur passions commande pour leurs produits ou leurs services. Le méchant Mark a des pudeurs de vierge lorsqu’il parle de gros sous, il n’ose pas nous livrer le fond de sa pensée. Au moins cette pub des années 70 pour une grande banque française était claire : "Franchement, votre argent m’intéresse". 

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