Covid : la bataille perdue de la France

« La France a perdu une bataille, elle n’a pas perdu la guerre », proclamait fièrement le général de Gaulle en 1940. Pour le «général» Macron, qui avait sonné la mobilisation générale contre le virus, en mars, la bataille du Covid-19 est peut-être perdue. Selon Deep Knowledge Group, un groupe d’études basé à Londres et à Hong Kong, la France pointe au 54e rang des pays qui ont le mieux géré la pandémie. Loin derrière l’Allemagne, juste devant le Etats-Unis. 

Deep Knowledge Group n’est pas une association médicale. Ses partenaires sont des spécialistes de la gestion, de l’industrie informatique et du marché des capitaux. Ils ont développé des systèmes d’analyses de données pour des domaines complexes comme la longévité, l’intelligence artificielle pour les découvertes en matière de drogues. Ces experts ont sélectionné 200 pays et régions et ils ont défini 130 variables. Leurs ordinateurs ont compilé des milliers de sources publiques, de médias et de rapports d’experts. Leur modèle d’analyse comprend six catégories : efficacité de la quarantaine, efficacité du gouvernement, surveillance et détection, état de préparation du système de santé, résilience régionale et préparation aux situations d’urgence. Savoir si le professeur Raoult a raison, si le masque chirurgical protège mieux que celui en tissu, s’il faut fermer les bars à minuit - ce n’est pas leur problème. Ce qu’ils mesurent, c’est l‘efficacité des mesures prises par les gouvernements pour endiguer le virus. 

Pour la France, la conclusion de ces experts est cruelle : 54e sur 200 pour la gestion de la crise du virus. Loin derrière l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud et la Suisse. Bien entendu, les critiques ont fusé : comment comparer les mesures prises, les systèmes de tests ? Que vaut cet index d’un consortium inconnu des milieux de la santé ? Quand on vous dit qu’on a la fièvre, on accuse toujours le thermomètre ! 

Mais le verdict rejoint celui des instances de santé en France : la France a perdu la maîtrise de la crise du virus, qui a contaminé 428 000 malades et envoyé 31 000 Français au cimetière. Le Covid-19 a révélé crûment tous les défauts de l’organisation française : c’est le président qui décide avec son Conseil de Défense ; son ministre de la Santé, pourtant médecin, multiplie les mises en garde confuses et les décrets contradictoires sur le port du masque et les tests; son ministre de l’Education patauge dans les protocoles pour les enseignants. Les porte-parole officiels ont communiqué comme des débutants, à coup de litanies des décès et de chiffres incompréhensibles sur le « R effectif ou nombre de reproduction ». Les tests pour tous ont provoqué des queues de plusieurs heures devant les laboratoires et des délais de plusieurs jours pour les résultats. L’administration s’est surpassée en pondant des protocoles sur les gestes barrière à l’école, les préfets en ont rajouté en imposant des interdictions contestées devant les tribunaux. Bref, c’est un désastre comparable… à la défaite de 1940. Le nombre de victimes en moins. 

Le Conseil scientifique nommé par Macron l’a dit en termes polis : la France n‘était pas prête à la crise sanitaire, elle n’a pas anticipé un retour du virus à l’automne, il n’y a pas de médicament efficace ni de vaccin, il faut améliorer la gouvernance et la communication. Un Français sur trois seulement fait confiance au gouvernement pour résoudre la crise. Mais un Français sur deux a une image positive du professeur Raoult qui continue son cirque médiatique. Alors, dans la France du Covid, chacun fait comme il veut avec son masque, avec ses apéros entre copains, avec ses fêtes de famille, avec ses demandes de dérogation.  Et l’épidémie flambe dans les bars, dans les facs et même au sein du gouvernement. Alors, le commandant en chef pousse un coup de gueule  et dénonce la cacophonie des ministres qu’il a lui-même choisis. Les grandes envolées lyriques sans mesures concrètes, ça ne résout jamais rien. La gestion de crise, c’est un métier. Ca ne s’apprend pas à l’ENA ni dans la fonction publique. Il faut savoir décider, convaincre et communiquer. Et relire l’expérience de Napoléon : « Sachez écouter et soyez sûr que le silence produit souvent le même effet que la science ». 

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