Dallas, ton hiver impitoyable

Vous connaissez le Texas ? Le pays de l’affreux J.R. Ewing,  la patrie des milliardaires du pétrole, des étés où il fait 40 degrés, des ranchs géants, des forts en gueule, le Stetson vissé sur le crâne, qui fixent des cornes de bœuf sur le capot de leur voiture. Et bien, cette année, vous avez bien fait de rester au chaud. En février, le Texas a subi l’hiver plus glacial depuis des dizaines d’années. Des dizaines de personnes sont mortes de froid ou d’empoisonnement au monoxyde de carbone. Quatre millions de Texans ont passé la semaine sans électricité et sans eau et 700 ont été hospitalisés pour intoxication et brûlures de charbon de bois. Des habitants sont morts de froid dans leur maison ou dans leur voiture.

Quand la température est descendue en dessous de - 18°, les éoliennes se sont bloquées, les centrales nucléaires sont tombées en panne, les conduites de gaz ont gelé. Tout le système de fourniture d’électricité s’est effondré. Et l’économie du Texas a été paralysée. Un désastre en cascades que personne n’avait prévu. C’est vrai qu’au Texas, d’habitude, les hivers sont doux. Mais, cette année, un froid polaire s’est abattu sur l’État et l’opérateur qui fournit l’électricité a dû déconnecter les générateurs pour éviter leur surchauffe. 

Au Texas, le gaz naturel fournit les deux tiers de l’électricité pour se chauffer, pour s’éclairer, pour faire tourner les usines. Les éoliennes et les panneaux solaires représentent 10 % de la capacité en hiver. Mais compter sur le vent et sur le soleil quand le Texas est couvert de neige et de glace, tout le monde a compris que ce n’est pas la solution. Les Texans ont été plongés dans un véritable cauchemar. : plus d’électricité, plus d’eau, plus d’essence, plus de supermarché. Alors, bien sûr, ils ont cherché les coupables. Pour le gouverneur républicain, un solide conservateur qui veut préserver les valeurs du Texas, le désastre a été provoqué par le recours aux éoliennes et aux énergies renouvelables, inspiré par l’exemple de la Californie. Pour ses adversaires politiques, c’est la faute au système : les fournisseurs d’énergie maintiennent les prix bas au détriment de la sécurité.

En réalité, s’il faut tirer les leçons du désastre de l’énergie au Texas, selon le New York Times, c’est que "le système de fourniture d’énergie américain, pas seulement au Texas mais partout, a besoin d’un radical changement, s’il veut supporter les chocs futurs et jouer le rôle que le président Biden lui a assigné dans la bataille contre le changement climatique". Il faut que le système énergétique soit assez robuste pour faire face à tous les changements climatiques. Les experts ne peuvent pas affirmer qu’il y a un lien entre le changement climatique et la vague de froid qui s’est abattue sur les États-Unis. Mais ils sont tous d’accord pour dire que le changement climatique accroît les dégâts causés par la canicule, la sécheresse, les inondations et les pluies abondantes. On peut ajouter à cette liste la vague de froid polaire.

À la différence de Donald Trump, Joe Biden a enfin décidé de s’attaquer sérieusement au réchauffement climatique, en promettant d’éliminer les émissions de gaz à effet de serre en 2035. Mais cela signifie un recours au tout électrique : des voitures rechargeables, des maisons chauffées par des pompes à chaleur et une multiplication de sources d’énergie propre, les éoliennes et les panneaux solaires. Personne ne s’est encore hasardé à calculer combien de milliards cela coûterait. Pour un pays comme les États-Unis, qui sont devenus les champions du pétrole et du gaz, c’est une véritable révolution énergétique, politique et financière. Sur le principe, beaucoup d’Américains sont d’accord. Mais quand ils verront leurs factures d’électricité augmenter, la colère va gronder contre les politiciens.

Vous pensez peut-être : bon, tout ça se passe loin de chez nous, au Texas. Et bien, vous vous trompez. Tous les pays sont concernés de la même manière par les conséquences dramatiques du réchauffement climatique. Les incendies de forêt, les inondations qui ravagent les vallées, les sécheresses qui anéantissent les récoltes, cela n’arrive pas qu’aux autres. Et la production d’électricité est la clé du succès climatique. Parce que la production électrique contribue pour 42 % aux émissions de CO2. Aujourd’hui, 40 % des Français se chauffent à l’électricité, qui est surtout produite par des centrales nucléaires. Le gouvernement subventionne les pompes à chaleur et l’isolation des bâtiments. Mais, malgré la concurrence entre fournisseurs, les consommateurs ont déjà vu leurs factures augmenter. De 50% entre 2007 et 2020, à cause d’une lourde fiscalité et d’un calcul complexe de contrats d’économie d’énergie. Quand vous payez votre facture d’électricité, un tiers est composé de taxes.

Et la facture électrique des ménages va grimper de 100 % d’ici 2023. Parce qu’il va falloir financer les énergies renouvelables, amortir l’énorme dette d’EDF et investir dans les réseaux électriques. Vous voyez que Dallas et son hiver impitoyable, cela nous concerne aussi. Davy Crockett, le célèbre chasseur et politicien le disait déjà au XIXe siècle : "Vous pouvez tous aller en enfer. Je vais au Texas".

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