Covid : Irresponsables, pas coupables !

Quand les historiens de la fin du siècle écriront l'histoire du virus Covid-19, ils auront peut-être la réponse à la question que tout le monde se pose : comment les politiciens que nous avons élus, les fonctionnaires dont nous payons le salaire ont-ils pu créer la gigantesque pagaille des masques, des tests et des vaccins que nous connaissons depuis des mois ?

Présidents, ministres de la santé, hauts fonctionnaires, ils avaient tous promis, la main sur le cœur : faites-nous confiance, nous avons tout prévu, nous avons tout organisé. Les hôpitaux sont prêts, le personnel soignant est mobilisé, les masques, les tests et les vaccins sont commandés. Nous avons déclaré la guerre aux virus, et nous allons la gagner ! Et nous, en bons citoyens, nous avons tous cru à ces belles promesses. Qui n'engagent, comme chacun le sait, que ceux qui y croient.

Et ce qu'on a vu, c'est une invraisemblable pagaille dans tous les pays : pas assez de masques,  alors, on dit au bon  peuple qu'ils sont inutiles ; pas assez de tests, alors, ces "princes qui nous gouvernent" expliquent qu'on ne peut pas tester tout le monde ; pas assez de vaccins, mais le dirigeants nous assurent : nous en avons commandé des milliards, payés avec vos impôts. Résultats : des hôpitaux débordés, des soignants épuisés, des statistiques effrayantes de malades en réanimation, de morts dans les hôpitaux et les maisons de personnes âgées. Et nos dirigeants, toujours droit dans leurs bottes et certains de leur stratégie à géométrie variable, pataugeant dans les semi-vérités et les justifications foireuses, répètent : Faites-nous confiance, nous gérons. Pourtant, nous n'avons pas élu les plus mauvais et les plus incompétents. Pourtant, l'administration n'est pas peuplée de fonctionnaires inaptes. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?

Quand une catastrophe survient, il n'y a jamais d'explication simple. Il y a toujours une succession d'erreurs, de manquements, de mauvaises décisions. Mais quand un virus cause la mort de 3 millions de personnes, quand il fait exploser les systèmes de santé, quand il détruit l'économie et fait plonger des millions de gens dans la précarité et la misère, il serait trop facile de dire : c'est la faute à personne ! Mais ça ne sert à rien de porter plainte contre les responsables, de les accuser d'incompétence ou pire. Installer des potence ne fera pas revenir à la vie les morts, ça ne recréera pas les emplois perdus, ça ne soulagera pas les hôpitaux et le personnel soignant. 

Mais parmi les causes du désastre, il y en a une qui paraît certaine : tous les responsables politiques et leurs administrations ont été incapables de gérer la logistique. Ils ont peut-être cru, selon la formule prêtée au général de Gaulle que "l'intendance suivra". Le grand Charles avait tort. L'intendance ne suit pas, l'intendance est la mère des batailles. Les politiciens ont un mantra : nous avons décidé, l'administration a exécuté nos ordres, c'est comme si c'était fait. On a commandé des milliards de masques, de tests, de vaccins. On ne va pas s'embêter avec des problèmes de camions, de chaîne d'approvisionnement, de distribution dans les hôpitaux et les pharmacies. Et bien, on a vu le résultat !

En temps de guerre, comme en temps de pandémie, la logistique est la clé de la victoire. C'est un travail de spécialistes de transporter, de répartir, de distribuer. Malheureusement, au sein de tous les gouvernements, il n'y a pas d'experts de logistique. Demander à un ministre de la santé de gérer la cheminement des masques des tests et des vaccins, c'est aller au désastre. Comme de demander à un général à la retraite de gérer la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame ! Pondre des protocoles, toutes les administrations savent faire. Organiser la logistique, elles ne savent pas. Il y a dans tous les pays des entreprises dont c'est le quotidien : planifier, organiser la prise en charge, le transport et la distribution de marchandises. Ces entreprises privées gèrent des flottes d'avions, de bateaux, de trains et de camions. Chaque jour, par tous les temps, dans les pires conditions, elles livrent à leurs clients. Parmi elles, les géants de la distribution : Amazon, UPS, FedEx.

Quoi, vous allez demander à des entreprises privées, de plus américaines, de livrer les précieux masques et les indispensables vaccins ? N'y pensez même pas ! Pourtant, en temps de guerre, les gouvernements mobilisent toutes les ressources, publiques ou privées. Face au Covid, aucun politicien n'a envie d'agiter le chiffon rouge Amazon, au risque de faire hurler l'opposition et de faire descendre les gilets jaunes dans la rue. Alors, nous allons continuer de vivre dans cette cacophonie : les mairies ouvrent des centres de vaccination, on donne des rendez-vous pour les patients prioritaires, et on annule, parce que les vaccins n'ont pas été livrés. Et pendant ce temps, on discute à Bruxelles pour savoir s'il faut imposer un passeport vaccinal. A Paris comme à Berne, on ergote pour savoir s'il faut ouvrir les téléskis et s'il faut autoriser les commerces à ouvrir le dimanche et tôt le matin. Nous sommes tous irresponsables, mais personne n'est coupable.

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