France - gouverner par la parole

La France est gouvernée par des politiciens qui proclament leurs intentions et une administration qui pond des règlements. Mais, pour contrôler l’exécution, c’est comme la chanson de Nino Ferrer : « le téléphon de Gaston, y a person qui y répond « ! En France, le ministre décide, mais l’intendance ne suit pas du tout ! Et ne comptez pas sur la pédagogie officielle pour éclairer votre lanterne. Après le show calamiteux du directeur de la Santé, le Dr Salomon, voici les explications bafouillées du sémillant porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. 

La crise du Covid donne de magnifiques exemples de l’organisation à la française. Le 16 mars, le président Macron : « Nous sommes en guerre sanitaire ». Et hop, le second tour des municipales, à la trappe ! Agnès Buzyn, ministre de la Santé : « Le pays était prêt…il n’y avait pas d’épidémie en Europe…nous avons bien géré la crise ». Et l’épidémie flambe et les hôpitaux sont débordés. Olivier Véran, son successeur, avait promis un million de tests par jour : «ll y a des difficultés organisationnelles en matière de dépistage». Difficultés ! Des milliers de Français font la queue pendant des heures pour se faire dépister…et recevoir le résultat plusieurs jours après. Mais le champion hors-concours, c’est le ministre de l’Education nationale. Son administration avait déjà concocté un protocole de 54 pages pour la réouverture des classes. Résultat : en quelques semaines, 2000 classes fermées, des facs désertées, Science Po aussi. Les zélés fonctionnaires de Jean-Michel Blanquer viennent de publier une merveille de protocole sanitaire : un tableau à double entrée. A gauche : « Mon enfant a des symptômes « ; à droite : « Mon enfant est un contact à risque ». Suit une série de décisions oui / non. Si vous n’avez pas un bac+3 en maths, au secours !

Après le scandale des masques, voici l’épopée des tests. Le ministre avait proclamé : tout le monde peut se faire tester et la Sécu paiera. Des queues interminables partout en France, des labos débordés et une facture de 300 millions par mois pour la Sécu. Et l’épidémie continue à flamber : plusieurs  dizaines de milliers de nouveaux malades chaque jour, des Français paniqués qui se font tester plusieurs fois et une joyeuse pagaille dans l’organisation. Olivier Véran s’est fait remonter les bretelles par le président et il est reparti au combat : 20 centres de prélèvements en Ile-de-France pour « les publics prioritaires » et des tests antigéniques en octobre. Et les résultats des tests ? Le ministre n’en sait rien, demandez aux labos ! 

Vous n’avez encore rien vu. Santé Publique France a mis en place un tracing pour savoir avec qui une personne contaminée a été en contact. Sur le papier, ça roule : vous êtes testé positif, votre médecin vous demande avec qui vous avez été en contact et, seulement si vous êtes d’accord, transmet votre dossier à l’Agence régionale de santé. Si vous avez passé plus d’un quart d’heure dans le bus, dans un magasin ou dans une voiture, un enquêteur va vous demander avec qui vous avez été en contact. Dans la vraie vie, ça se passe comme ça, selon France Info : les téléconseillers, formés en deux jours,  se contentent de quelques questions et ne notent pas les noms. Les gens ne se souviennent plus ou refusent de donner des noms, puisque ce n’est pas obligatoire. Certains sont en vacances. D’autres répondent : « Foutez-moi la paix..j’ai déjà passé le test, je n’ai pas le Covid ». Résultat : le nombre de contacts identifiés par personne testée positive est de 2,3. Et personne ne va contrôler si vous respectez la période de confinement. Et voilà pourquoi l’épidémie ne peut pas être contrôlée. Et voilà pourquoi les préfets serrent la vis en fermant les bars, en interdisant les rassemblements et les fêtes de famille. 

Et pendant ce temps, les politiciens se déchirent sur le port du voile par une étudiante musulmane et sur l’avenir d’une fabrique de pneus que son propriétaire japonais veut fermer. Et les patrons et les syndicats engagent un bras de fer sur le télétravail. La meilleure citation sur le virus est celle de l’auteure Sandrine Fillassier : « L’anagramme de « Le Coronavirus » est l’oursin vorace ». 

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