La France est accablée de chaleur. Le virus a tué plus de 30 000 malades. Le chômage explose, les entreprises licencient à tour de bras, la récession met l’économie à genoux. Qu’est-ce qui passionne les Français ? La finale de la Ligue des champions entre le PSG et Bayern München. 90 minutes de foot dans un stade vide, à Lisbonne.
Depuis deux jours, impossible d’y échapper dans les médias. Les radios, la TV nous saoulent d’informations, des commentaires, de témoignages d’anciens joueurs et de prévisions. Mes excellents confrères sportifs sont pâmés d’enthousiasme pour les millionnaires du PSG, « face à leur destin », « à 90 minutes du bonheur », « en quête de son étoile ». Les stars du commentaires rivalisent de science du foot. Même le grand Zidane et l’énorme Teddy Riner y vont de leur pronostic : « On va décrocher cette étoile ». Emmanuel Macron n’ira pas à Lisbonne. Il regardera la finale à la TV. Mais son premier ministre sera « à fond derrière le PSG ». Bref, la France en transe, attend le jour de gloire !
Et les paris sportifs explosent aussi. Tout ce que la France compte de fans de foot se rue sur les paris en ligne. Les bookmakers ne croient pas vraiment à une victoire du PSG, qui ne cote que 3.30 contre 2.20 pour le Bayern. Sur Winamax : « Misez 50 € sur le PSG pour tenter de gagner 325€ ». Dimanche après midi, les pronostics de victoire étaient : Bayern : 47%, PSG : 36,5%. Match nul ; 32,5%. Les Français, privés de vacances à l’étranger, condamnés à porter un masque dans la rue, forcés d’économiser, lâchent leur pognon sur les paris. Neuf sur dix sont des hommes et la plupart misent moins de 30€. Mais les paris pour le foot ont représenté un magot de 2,75 milliards €, l’an dernier. Ils ont rapporté 90 millions aux joueurs et 469 millions à l’Etat. Le foot, c’est l’opium du peuple. Ça rapporte presque autant. Un chiffre d’affaires de 7,5 milliards, autant que le cinéma. 35 000 emplois, joueurs, entraîneurs, employés des clubs, fabricants de ballons, de maillots, publicitaires. Le PSG est l’emblème et la caricature du foot français. Un budget de 640 millions, 300 millions de plus que l’Olympique lyonnais. Son propriétaires, l’émir du Qatar Tanim ben Hamad Al Thani, est un milliardaire pétrolier, qui a pu claquer 222 millions pour s’offrir la star du foot brésilien Neymar et 145 millions pour le jeune prodige Mbappé. Un caprice de super-riche ? Pas du tout, un placement juteux. Mbappé vaudrait 265 millions. Même les milliardaires du Real Madrid hésitent à faire une offre !
Les salaires des stars du PSG dépassent l’entendement. Neymar gagne 3 millions, Mbappé 1,73 millions nets par mois. Grâce à l’aimable complicité du ministre des Finances, le PSG bénéficie d’une « garantie fiscale ». En gros, le contrat des stars du ballon prévoit un salaire net : 30 millions par an pour Neymar, 11,8 millions pour Mbappé. Le PSG calcule l’impôt et les cotisations sociales et il verse le supplément au joueur sous forme d’augmentation de salaire. En cas de redressement fiscal, c’est le club qui raque ! Autre astuce juteuse : Neymar bénéfice d’une niche fiscale, une exonération de 30% de l’impôt sur son revenu…parce qu’il n’a pas vécu en France pendant les cinq dernières années !
Que toutes ces sordides histoires de très gros sous ne vous empêchent pas de gueuler devant votre TV l’hymne de guerre du PSG : « Tous ensemble on chantera / cet amour qu’on a pour toi / qui ne cessera jamais ! / après tant d’années de galères et de combats / Oh, pour toi, Paris PSG / on va se casser la voix ». Le préfet de police de Paris a beau limiter l’accès des Champs-Elysées, fermer 17 stations de métro, mobiliser 3000 flics, imposer le port du masque et en distribuer 20 000, personne ne se fait d’illusion. Que le PSG renverse l’ogre de Munich ou qu’il prenne une veste, les dingues du foot vont se lâcher. On va revoir ces scènes délirantes de supporters déchaînés, le masque sous le menton, la casquette du PSG sur le crâne, la canette à la main : le virus, on s’en fout ! Demain, on perdra son boulot, on pourra plus payer ses traites ? Ce soir, c’est la fête du foot, on s’éclate ! Je partage l’avis du dessinateur Joann Sfar : « Ce qui m’agace, c’est le présupposé selon lequel ceux qui préfèrent le foot sont forcément pauvres. Mais pour le prix d’un T-shirt du PSG, on peut s’acheter 15 livres de poche ! »