E-cigarette : « C’est le Far-West »

Quand le New York Times s’attaque à la cigarette électronique, il sort l’artillerie lourde et titre : « Vendre du poison en fût: la nicotine liquide pour les cigarettes électroniques ». L’auteur de cette violente charge s’appelle Matthew Richtel et il est spécialisé dans les problèmes technologiques. Il écrit pour le respectable quotidien new-yorkais depuis 13 ans des articles documentés sur Internet, l’espionnage industriel, les jeux vidéo, notamment. Il a reçu le prix Pulitzer en 2010, la plus haute distinction américaine pour un  journaliste. Bref, tout sauf un rigolo !

Et ce qu’il révèle sur les dangers de la cigarette électronique va vous faire froid dans le dos. Comme chacun devrait le savoir, la cigarette électronique contient de la nicotine liquide et un cocktail de colorants et de produits chimiques. Selon un professeur de pharmacie à l’Université de Californie, « ces liquides sont bien plus dangereux que le tabac, parce que le liquide est absorbé plus rapidement, même dilué. » Les toxicologues américains estiment que « les composants liquides de la cigarette électronique représentent un risque important, surtout pour les enfants qui peuvent être attirés par leurs couleurs brillantes et leurs saveurs semblables à la cerise, au chocolat ou au chewing-gum. ».

Oh, Matt, faut pas pousser : depuis quand les enfants américains fument des e-cigarettes ? Vous avez tout faux : dans le Minnesota, un tiers des cas d’empoisonnement à la nicotine concernaient des enfants de moins de 2 ans. Dans l’Oklahoma, 23 cas concernaient des enfants de moins de 4 ans. Ils ne fumaient pas, mais ils ont voulu goûter le beau liquide des cigarettes électroniques de Daddy ou Mummy. Le problème, c’est qu’il n’y a aucune réglementation pour la nicotine vaporisée, comme c’est le cas pour les gommes et les patchs qui vous font arrêter de fumer. Et les bouteilles de liquide ne comprennent pas de mise en garde. Vous ne laisseriez pas ouverte une bouteille d’Ajax, mais la nicotine liquide, c’est un produit récréatif, n’est-ce pas ?

L’administration américaine de la santé (FDA) promet de s’en occuper. En attendant, « c’est le Far-West », déclare le patron d’une entreprise qui dirige treize filiales en Oklahoma. Il se vendrait aux USA entre un et deux millions de litres de liquide pour remplir les e-cigarettes. Une partie vient de Chine, sans indication de la concentration de nicotine. Or, la concentration varie entre 1.8 et 2.4%, ce qui peut rendre malade un enfant. Sur Internet, vous pouvez acheter des produits avec des concentrations de 7 et même 10%. Une cuillère à soupe de cette mixture peut tuer un adulte. J’entends d’ici les protestation indignées des thuriféraires de la cigarette électronique. De quoi se mêle cet Amerloque ? Il n’a pas lu les 114 études scientifiques qui affirment que « l'ecig est infiniment moins dangereuse que le tabac fumé et représente une occasion historique pour lutter contre le tabagisme dans nos sociétés. »? Il ne croit pas les conclusions de Riccardo Polosa, directeur de l’Institut de médecine interne de l’Université de Catane, en Italie ? Bon, évidemment, ce savant italien est le héraut de sites pro-ecig, comme e-clope.fr, qui lance une pétition pour la défense de la cigarette électronique. Comme le professeur Jacques Le Houezec, qui estime que lorsque l’OMS demande l’interdiction de la cigarette électronique, « c’est une position, moraliste, jusqu’au-boutiste des personnes en charge du contrôle du tabac. Leur rêve c’est d’éradiquer le tabagisme, pas de sauver des vies. Ce n’est pas l’OMS qu’il faut accuser, mais les soi-disant experts qui la conseillent. » Tous ces scientifiques affirment agir pour le bien des vapoteurs, environ un million en France. Ils l'oublient de préciser que, comme la société e-brumair, leurs recherches sont financées par la ventes de cigarettes électroniques. Le marché de la e-cigarette, c’est la poule aux oeufs d’or : 100 millions d’euros, selon l’Office français de prévention du tabagisme. Les boutiques poussent comme les primevères et chacune rapporte environ 150 000 euros par an.

En attendant des études sérieuses et indépendantes des fabricants, sur l’efficacité dans le sevrage tabagique et sur l’innocuité des composants, les pro-ecig proclament : « Mieux vaut vapoter que fumer » ! Et ils soulignent que la consommation de tabac a baissé de 7%. Quant à la Haute autorité de santé, elle refuse de trancher : « La cigarette électronique n'est pas recommandée à ce jour mais son utilisation n'est pas découragée ». Comme le dit la sagesse populaire en Suisse : « Ni pour ni contre, bien au contraire ».

 

 

 

 

 

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