Ma tronche pour payer

Quand j’allume mon iPhone, pas besoin de lui donner mon code, il reconnaît mon visage. Demain, pour acheter mon pain, je n’aurai même plus besoin de mon iPhone, il me suffira de regarder un petit écran chez mon boulanger et de faire un geste pour accepter le paiement. C’est la prochaine étape de la reconnaissance faciale, selon une enquête de la BBC. Mon visage remplacera ma carte bancaire.

Vous croyez que c’est de la science-fiction ? Pas du tout, des millions de Chinois font ça chaque jour pour leurs courses. A Guandzhou, les étudiants utilisent cette technologie de reconnaissance faciale, parce que c’est le seul moyen d’acheter de la nourriture au distributeur automatique.  Les Américains l’emploient déjà, les Danois et les Nigérians pensent utiliser ce système dans quelques années. Aux États-Unis, c’est une start-up appelée PopID qui a lancé ce système. Vous vous inscrivez sur son site, vous téléchargez une photo de votre visage, vous reliez votre compte à votre carte bancaire, et le tour est joué ! Aux États-Unis, où le consommateur ajoute souvent un pourboire, vous pouvez utiliser des gestes de la main pour ajouter ce pourboire à votre achat : pouce levé pour 10%, signe de la paix pour 15%.  70 restaurants et cafés utilisent le système PopID, surtout sur la côte ouest des États-Unis.

Pour les convaincre, son directeur, John Miller affirme : « c’est juste un autre moyen de vous identifier. La photo numérique prise chez le commerçant est immédiatement détruite après l’achat et vos données ne sont partagées avec personne ». Selon la BBC, la technologie de paiement par reconnaissance faciale est un tsunami qui déferle sur la Chine. 98% des paiements mobiles se font avec deux applications : Alipay et WeChatPay, qui vont prochainement installer une application de reconnaissance faciale. Une des conséquences de la pandémie, c’est que les Chinois recourent de plus en plus à la reconnaissance faciale.  760 millions de Chinois l’utiliseront pour leurs paiements, l’année prochaine.  C’est vrai qu’au pays du camarade Xi, la reconnaissance faciale est une surveillance permanente dans les rues, dans les entreprises et les administrations. 200 millions de caméras surveillent tout, lorsqu’on traverse la rue, lorsqu’on entre dans des campus universitaires, dans les centres commerciaux, dans les fast-foods ou dans les boulangeries.

Évidemment, quand vous payez avec ce système, vos données sont conservées par les opérateurs qui ont l’obligation de les fournir aux autorités en cas de menaces contre la sécurité nationale. Numérisés et fliqués ! Mais, sur les réseaux sociaux, les Chinois commencent à en avoir marre. Ils demandent qu’on interdise la collecte des données biométriques. Un professeur de droit de Pékin pense que « La promotion arbitraire de cette technologie va ouvrir la boîte de Pandore. Le prix à payer ne sera pas seulement notre vie privée, mais aussi la sécurité pour laquelle nous avons œuvré ».  

En Europe, heureusement, la reconnaissance faciale en temps réel sur la voie publique n’est pas autorisée. Pour vous ficher, il faut que vous soyez d’accord ou qu’il y ait un intérêt de sécurité publique. Mais des essais ont été faits, notamment à Cannes, pour vérifier si les passants portaient un masque, ou à Metz, pour interdire à des supporters violents l’entrée au stade. Mais la reconnaissance faciale est un gros marché évalué à 7 milliards d’euros en France. Cela fait évidemment saliver les sociétés technologiques qui espèrent bien rafler les marchés publics pour les Jeux olympiques de 2024, pour contrôler les milliers de spectateurs à l’entrée des stades.

L’administration vous impose déjà d’utiliser votre ordinateur pour déclarer vos impôts et les payer, pour communiquer avec la sécurité sociale. Personne ne vous a demandé votre avis. Demain, elle vous demandera peut-être d’utiliser votre visage pour prendre le train ou l’avion.  Votre banque utilisera votre tronche comme mot de passe pour ouvrir un compte, pour payer vos achats ou pour abonder votre livret A. En France, vos données sont protégées par un règlement. Pour être filmé, vous devez donner votre consentement « libre et éclairé ». Mais personne ne vous dit quels algorithmes sont utilisés, comment vos données sont exploitées, lors des tests. Benjamin Constant disait : » la reconnaissance a la mémoire courte ». Aujourd’hui, il dirait peut-être que la reconnaissance faciale a la mémoire longue !

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