L'Amérique antidémocratique et corrompue

Le système politique américain est non seulement le plus antidémocratique, mais aussi le plus corrompu qu’on puisse imaginer. Selon la Constitution, les Américains ne votent pas pour élire le président, mais pour 538 grands électeurs qui choisiront le président. Résultat : à cinq reprises, ce n’est pas le candidat qui a obtenu le plus de suffrages qui été élu, mais celui qui a obtenu le plus grand nombre de grands électeurs. Les États-Unis sont le seul pays démocratique au monde où le perdant des élections peut devenir président. 

Ce système électoral, qui date du début du XIXe siècle, est antidémocratique, parce qu’il favorise toutes sortes de discriminations qui faussent l’élection. En Floride, environ 10 000 électeurs sont privés du droit de vote parce qu’ils ont été condamnés par la justice et qu’il ne peuvent pas  rembourser leurs frais de justice et leurs amendes. Dans plusieurs États, des stratégies ont été mises en œuvre par les républicains pour dissuader les Noirs et les Latinos de voter. Près de 20% des bureaux de vote ont été supprimés dans des zones qui votent démocrate. Il n’existe aucun contrôle sérieux de la sécurité des listes électorales. Des pirates informatiques ont pu se procurer la liste des électeurs et leur envoyer des messages dissuasifs. En Californie, les républicains ont installé dans la rue de fausses boîtes postales pour récupérer le vote par correspondance. 

L’Amérique est le pays de la corruption électorale. Ce n’est pas le meilleur candidat qui est élu, mais celui qui a pu réunir le plus d’argent. Cette année, les Américains ont le choix entre Donald Trump, 74 ans, et Joe Biden, 77 ans. Tous les jeunes candidats démocrates ont été éliminés lorsque leurs sponsors ont cessé de financer leur campagne. Il y a 10 ans, la Cour suprême a ouvert la voie à des dépenses illimitées. Il existe bien un plafond de 103 millions de dollars pour les dépenses électorales, mais seulement si un candidat accepte de recevoir de l’argent public. Trump et Biden ont préféré faire appel à la générosité de sponsors qui financent leur campagne. Ils ont créé des Super PAC (Political Action Commitee), chargés de récolter les dons pour les candidats. 

La campagne électorale 2020 aux États-Unis coûtera près de 11 milliards de dollars, 50 % de plus qu’en 2016. Le parti républicain aurait dépensé plus d’un milliard de dollars pour assurer la réélection de Donald Trump. Les dépenses pour que la réélection des représentants et des sénateurs ont aussi explosé. À cause du virus, la campagne électorale s’est déroulée essentiellement dans les médias, à coups de spots publicitaires à la télévision. Lors de la finale du Super Bowl, le championnat de football américain, CBS a vendu ses spots de 30 secondes à plus de 5 millions de dollars. La popularité des candidats déclenche des torrents de dons pour leur réélection. À New York, la représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, pourtant assurée d’être réélue,  a reçu plus de 17 millions de dollars, pour la plupart de modestes contributions. Avec l’aide de ses conseillers en stratégie politique et de son réseau de soutien, la candidate a massivement investi dans les réseaux sociaux, notamment Facebook. Pourquoi les Américains financent-ils les campagnes électorales de  leurs candidats ? Évidemment pas pour leurs beaux yeux ! Ils en espèrent un retour sur investissement. Que leur président ou leur représentant les inondent de subventions. Les plus gros sponsors espèrent un poste ministériel, une ambassade ou une loi favorable à leurs intérêts. On est loin du tableau idyllique "De la Démocratie en Amérique" décrit en 1835 par le candide Alexis de Tocqueville.

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