Les obsédés de l'islamisme

Alors que le monde entier lutte pour maîtriser une pandémie qui a déjà tué 2 millions de malades, mon pays, la Suisse,  se pose une grave question : faut-il inscrire dans sa Constitution l’interdiction de porter un masque ? Non, je ne vous parle pas du masque qui protège contre le virus.  Je vous parle d’une initiative lancée par un comité d’extrême droite : «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage". 

Ce comité d’Egerkingen, une petite commune du canton de Soleure, est composé de politiciens de la droite dure. Il affirme que : "la dissimulation du visage dans l’espace public est contraire à l’esprit libéral de vivre ensemble.". Il prétend que son initiative a pour seul but d’empêcher des criminels, des hooligans et des délinquants violents de masquer leur visage. En réalité, ce sont ces politiciens qui avancent masqués. En Suisse, personne n’est dupe. Leur initiative vise en réalité les musulmanes voilées. "Le voile intégral est étroitement lié à l’idéologie islamiste radicale et est contraire à notre mode de vie...Cette idéologie antidémocratique véhicule aussi l’idée absurde selon laquelle tous les non-musulmans sont des infidèles et l’ordre juridique islamique totalitaire, la charia, est au-dessus de notre Constitution." Le gouvernement fédéral et le Parlement ont rejeté cette initiative sur l’interdiction de se dissimuler le visage. Et ils ont lancé un contre-projet. Il y a en Suisse environ 30 femmes qui portent le voile islamique, sans compter les touristes du Golfe qui visitent Genève ou Interlaken en été. L’islamisme radical ne s’est pas implanté en Suisse. Contrairement à ce que proclame le blog de la journaliste Mireille Vallette "Boulevard de l’islamisme", qui a créé l’Association "Vigilance Islam", et le site de droite "Les Observateurs". Bien sûr, la police a dû fermer quelques mosquées infiltrées par les salafistes et la grande mosquée de Genève, financée par l’Arabie saoudite, a fait le ménage en virant quelques imams intégristes. Des activistes sont soupçonnés de djihadisme. De jeunes Suisses ont été condamnés pour avoir rejoint l’État islamiste et pour avoir participé au meurtre de touristes au Maroc. Et un émir a été jugé coupable d’appel au meurtre. Selon la police fédérale," la menace terroriste reste élevée". Mais les musulmans ne représentent que 5 % de la population suisse. La plupart d’entre eux viennent des Balkans. Ils fréquentent peu les 200 mosquées suisses.

Vous pensez, comme moi que modifier la Constitution fédérale pour 30 femmes voilées, c’est tirer au canon contre une souris ! Et bien, vous avez tout faux. L’initiative sur le voile islamique provoque un débat passionné sur l’islam radical, sur la liberté de la femme et sur l’identité helvétique. Sept personnalités de gauche et de droite ont décidé de soutenir l’interdiction de se dissimuler le visage. Le fer de lance de ce comité est un étonnant Suisse, Mohamed Hamdaoui, que je connaissais quand il travaillait à la télévision romande. Un Touareg du Hoggar, venu en Suisse à l’âge de 3 ans pour soigner sa polio, élevé par une mère célibataire, ouvrière dans l’horlogerie. Il est devenu journaliste, membre du parti socialiste, élu au Parlement bernois. Ce musulman laïc combat l’islam radical et milite pour que les musulmans de Suisse soient reconnus. Il a condamné Tariq Ramadan, "un usurpateur, un tartuffe". Hamdaoui a claqué la porte du PS qui : "au nom du multiculturalisme et de la lutte contre le racisme, sous-estime la montée du salafisme en Suisse. Or, nous ne pouvons pas éviter ce débat». Les socialistes sont divisés entre ceux qui jugent qu’il faut rejeter l’initiative et ceux qui la soutiennent au nom de la liberté des femmes. Comme l’explique le journaliste Antoine Menuisier dans Marianne : "La gauche se déchire sur ce sujet de portée identitaire. Une partie d’entre elle, minoritaire, engagée dans le combat laïc, soutient ce texte par solidarité internationale avec les femmes soumises à des doctrines jugées archaïques et sexistes.» Le petit parti évangélique juge l’initiative "acceptable" parce que "le voile intégral entre en conflit avec une valeur fondamentale de notre société, notamment l’égalité des sexes."

Ce qui fiche la trouille au monde politique suisse, c’est le "syndrome des minarets". C’est ce comité d’Egerkingen qui avait lancé une initiative interdisant la construction de minarets. Il y a 11 ans, tous les partis, à l’exception de l’UDC, avaient jugé absurde cette initiative. Tout le monde avait sous-estimé la capacité de ce comité d’extrémistes de convaincre le peuple suisse. Raté ! En 2009, 58 % des Suisses avaient dit oui. Or, en 2021, selon un sondage récent, 63 % des électeurs suisses voteraient pour l’interdiction de se voiler le visage. 66 % dans la Suisse francophone et 71 % au Tessin, qui a déjà voté une loi cantonale anti-burqa. Tout le monde se mobilise pour ou contre l’initiative, au nom de la lutte contre l’islam radical et la liberté des femmes. Le plus étonnant, c’est que ce débat a lieu dans un  pays où la plupart des électeurs portent un masque pour se protéger du virus ! 

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