Hollywood - les Globes de la corruption

Hollywood n’a jamais passé pour le paradis des bonnes mœurs et de l’honnêteté. Régulièrement, ses stars et ses producteurs sont accusés de magouilles financières et de délits sexuels. Et chaque année, la Babylone du cinéma décerne à coup de millions ses statuettes des Oscars et ses Globes d’or pour récompenser les meilleurs films de l’année. Et nous, comme des moutons, nous nous précipitons pour découvrir ces merveilles sur grand écran.

Bon, nous ne sommes pas complètement idiots. Nous suspectons que derrière ces paillettes et ce glamour, il doit bien y avoir quelques combines pas nettes.  L’enquête du Los Angeles Times va nous ouvrir complètement les yeux. Depuis 80 ans, l’association de la presse étrangère d’Hollywood (HFPA) décerne chaque année ses Golden Globe Awards. Cela donne à ses 90 membres une influence considérable. Ils ont le privilège d’avoir un accès exclusif aux grands pontes d’Hollywood, d’être invités dans les palaces cinq étoiles avec les stars du petit écran et de recevoir de magnifiques cadeaux. Les studios, les chaînes de télévision et les célébrités d’Hollywood courtisent ces journalistes et exploitent leurs Awards pour leur stratégie commerciale. La cérémonie de remise des Golden Globes est suivie par 20 millions de téléspectateurs abonnés à des réseaux câblés payants. Cela représente un tremplin marketing pour les Oscars, dont les lauréats financent les mégaproductions à plusieurs dizaines de millions de dollars. Il y a des années que des producteurs, des réalisateurs et des comédiens dénoncent la HFPA et sa corruption. L’an dernier, une journaliste norvégienne a porté plainte parce qu’on lui avait refusé d’être membre de l’association. Un juge fédéral a rejeté la plainte, en affirmant que l’exclusion de la journaliste ne lui avait pas causé de préjudice professionnel ou économique. Cette journaliste dénonçait une culture de la corruption, elle affirmait que l’organisation, qui ne paye pas d’impôts, était une sorte de cartel. Ses membres étaient plongés dans des conflits d’intérêts : ils recevaient des milliers de dollars des studios dont ils faisaient la promotion des films. En clair, les studios achètent les votes de l’association. En 1999, USA FIlms a offert 82 montres à 400 $ pour faire la promotion du film "The Muse" avec Sharon Stone. L’an dernier, l’association a reçu plus de 27 millions de dollars de dollars de la chaîne NBC qui diffuse la remise des Globes. Selon le Los Angeles Times, la HFPA dispose d’une solide fortune de 52 millions de dollars en liquide. Elle a versé près de 2 millions de dollars à ses membres pour leurs activités dans divers comités. Animer des débats professionnels rapporte 1200 € par mois. Écrire des articles sur le site de l’association, c’est 3000 $ qui tombent sur votre compte bancaire. Mais l’activité la plus juteuse, c’est de faire du lobbying auprès des studios et des producteurs de films et de voter pour ceux qui vous paient. Trois membres de l’association ont confié au journal qu’on leur avait offert jusqu’à 10 000 $ pour convaincre d’autres membres de voter pour un film. La direction de la HFPA a répondu que "ses membres travaillaient avec talent au festival et qu’ils ne s’occupaient pas de publicité". Elle affirme qu’elle a une politique très stricte concernant les dons, qui ne peuvent pas dépasser 125 $. Dans la vraie vie, ça se passe autrement. En 2019, plus de 30 membres de l’association ont été invités en France pour le lancement de la nouvelle série de Netflix "Emily in Paris". Paramount les a logés au Peninsula Paris dans des chambres à 1400 $ la nuit et les a invités à un déjeuner au Musée des Arts forains. Une source a confié au quotidien de Los Angeles : "si les studios voulaient tuer les Golden Globes, ils pourraient le faire immédiatement. Mais tout le monde aime recevoir une distinction. Avec l’argent et tout ce qui va avec un spectacle de cette dimension, c’est comme une avalanche qu’on ne peut pas arrêter". 

Comme tous mes confrères journalistes, on m’a quelquefois offert des cadeaux. Je n’étais pas dupe, c’était pour influencer mon opinion ou pour acheter mon silence. J’ai quelquefois accepté une bonne bouteille ou une invitation à déjeuner. Il est difficile de refuser. Mais j’ai toujours conservé ma liberté de dire ce que mes enquêtes avaient révélé. La Déclaration des droits et devoirs des journalistes est claire : "n’accepter aucun avantage ni aucune promesse qui pourrait limiter son indépendance professionnelle ou l’expression de sa propre opinion.. Il n’est pas interdit d’accepter à titre individuel des invitations ou de menus présents, dont la valeur ne dépasse pas les usages courants, tant dans les rapports sociaux que dans les rapports professionnels". Chaque rédaction à ses propres règles pour accepter les cadeaux. Mon premier rédacteur en chef avait trouvé cette forme de bon sens : vous pouvez accepter un cadeau si vous pouvez en parler à vos collègues ! 

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