GAFA- les quatre salopards

La Bible a les quatre cavaliers de l’Apocalypse. L’Amérique a ses quatre salopards, les patrons des GAFA - Google, Amazon, Facebook, Apple. Ils viennent de nous offrir un de leurs meilleurs shows : six heures de TV en direct pour répondre aux accusations de quinze parlementaires américains. A cause du Covid, la confrontation a eu lieu par visioconférence, grâce à la technologie de ces princes du high-tech, avec les méchants sur grand écran et leurs accusateurs, masqués ! Paradoxe :! 

Un show télévisé pour essayer de prouver que les GAFA, ces leaders de l’entreprise américaine du XXIe siècle, sont des barons du vol, qui se moquent des lois anti-trust et qui abusent de leur puissance pour éliminer leurs concurrents. Le comité de la Chambre des représentants avait préparé ses armes depuis un an. Il avait réuni les accusations des concurrents des GAFA, des courriers internes exposant la stratégie d’Amazon pour tuer un concurrent ou la tactique de Google pour « éliminer » un rival potentiel. On en a appris de belles sur les combines agressives de Mark Zuckerberg pour acheter l’application photo Instagram pour la « neutraliser ». Ou sur les pressions de Jeff Bezos sur son concurrent Quidsi pour faire baisser son prix avant de l’avaler. 

Mais les quatre salopards ne sont pas des perdreaux de l’année. Ils ont des armées d’avocats et des bataillons de communicants pour les préparer à répondre aux flèches des parlementaires. Bezos : « Ça remonte à 10 ou 11 ans, je ne me rappelle pas». Pichai : Google a développé ses services pour améliorer l’expérience de ses clients. Question suivante ! Mais, aux Etats-Unis, les commissions parlementaires sont composées d’élus républicains et démocrates. Et l’élection présidentielle a lieu dans quatre mois. L’occasion était trop belle pour montrer qu’on ne se met pas à genoux devant les GAFA. 

Les amis du président ont questionné les barons high-tech sur le risque de voir la Chine voler la propriété intellectuelle de leurs sociétés. Pas au courant, ont répondu d’une seule voix MM. Cook, Pichai et Bezos, qui sont pourtant les hommes les mieux informés de la planète ! Les démocrates ont contre-attaqué : pourquoi Facebook ne supprime-t-il pas les posts toxiques (sous-entendu, ceux de Trump) ? La confrontation a révélé une masse d’informations sur les vilains secrets des GAFA. Elle a confirmé les investigations du Département de la Justice et de la commission du commerce, qui enquêtent sur Facebook et Google. Après six heures de confrontation, le président de la commission a conclu : « Ces sociétés ont un pouvoir de monopole. Certaines doivent être brisées, toutes doivent être réglementées et tenues pour responsables ». 

Et maintenant, que va-t-il se passer? Rien du tout ou si peu, on parie ? En pleine campagne électorale, ni le président, ni son administration n’ont envie d’affronter les patrons des GAFA, dont le chiffre d’affaires cumulé dépasse les produit intérieurs bruts de l’Allemagne, de la France et du Royaume Uni. Google, c’est 90% des recherches sur Internet. Facebook, c’est 2,3 milliards d’utilisateurs actifs. Leurs services sont gratuits. C’est vous, le produit. Ils connaissent vos habitudes mieux que votre famille. Ils récoltent les données que vous leur offrez, ils les vendent aux entreprises qui vous proposent des produits et des services. Impossible de savoir où les GAFA font leurs profits, difficile de les taxer. Google, Facebook peuvent aussi vous suggérer des opinions politiques, en privilégiant certains sites. La plupart des consommateurs s’en contrefichent, pourvu que ça ne leur coûte rien.

Pour les Américains, ce n’est pas le moment de contrôler les GAFA, alors que les géants chinois Baidu, Alibaba, Tecent, viennent chasser sur leurs terres. Ils proposent déjà une messagerie, des jeux vidéos et des smartphones deux fois moins chers. Quand le Covid réduit le gâteau publicitaire numérique, qui oserait briser le monopole des quatre salopards ?  L’auteur français de polars Franck Thilliez nous a prévenus : « Je vous plains plus que je ne vous hais, pauvres chimpanzés, votre vie appartient désormais à Google et à Facebook… sans eux, vous avez l’impression de n’être rien ». 

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