Débattre sans des battes

« Comme vous le voyez, l’ennemi a des oreilles. Il n’est pas contagieux, mais il est héréditaire. Il est sot : il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui. » C’est à la mode de citer Desproges.

Débattre sans des battes

 

« Comme vous le voyez, l’ennemi a des oreilles. Il n’est pas contagieux, mais il est héréditaire. Il est sot : il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui. »

 

C’est à la mode de citer Desproges.

 

Les ennemis, les enculés d’en face ! Traversant inlassablement le temps et pourtant toujours autant instantanément menaçants, ils reviennent encore et en corps à la charge, avec leurs têtes vides et leurs causes injustes, leurs mœurs insensées face à nos morales encensées. En armes, sans âmes.

 

On en est encore là ? À déshumaniser l’adversaire ? Ne serait-il pas au contraire plus que jamais légitime d’attribuer à nos contemporains la qualité d’accorder de plus en plus d’attention à la pensée de l’autre ?

 

INA – 1220

Passant A : « La Terre est plate. »

Passant B : « La Terre est sphérique. »

Passant A : « Hérétique ! Fumier ! Burn the witch ! »

Passant B : « Mais j’ai des arguments ! »

Passant A : « Bûcheeeeeeeeer ! »

 

Reconstitution – 2020

Passant A : « La Terre est plate. »

Passant B : « Holà, malheureux ! Ton propos va à l’encontre d’un écrasant consensus scientifique. Quels sont tes arguments ? »

Passant A : « C’est évident, il suffit de faire confiance à ses sens. Si la Terre était sphérique, tous les les Eskimos auraient les couilles qui pendent vers le Sud. »

Passant B : « Allons, allons, l’ami. Permets-moi, afin de t’expliquer l’orientation perpendiculaire des ressources reproductrices dudit individu issu de la minorité arctique, de… t’introduire à la notion… d’attraction des corps… Et tu comprendras alors que c’est au contraire dans un modèle platiste que les testicules de notre cher inuit seraient tendus vers le centre du disque. »

Passant A : « Tu sous-entends, mon frère humain, que des forces contre-intuitives tendraient à réduire la fiabilité de mes sens dans la tâche d’interpréter et comprendre le monde qui m’entoure ? J’espère que tu sauras te montrer convaincant, car c’est toute ma perception de la réalité que tu remets en question. »

 

Mmh…

 

Bon, en vérité, on n’en est pas encore souvent à ce degré de respect de l’autre. C’est l’objet de ce contenu. Apprendre à tendre l’oreille à l’autre pour tenter de tendre vers des discussions plus détendues, des argumentaires moins ténus, des débats teintés de tendres intentions sans tâter de nos épées et de se tondre mutuellement les tendons.

 

Une planète sphérique ne nous empêche pas de mettre à plat notre parti pris de départ. Que voulons-nous pour nos sociétés ? L’égalité en droits, la démocratie. C’est le point de départ des réflexions qui vont suivre. Je m’adresse peut-être à des monarchistes, à des capitalistes. Je m’adresse peut-être à des gens qui ne désignent pas l’égalité comme le ciment de leurs valeurs, et qui lui préféreront la prédation, la loi de la jungle. L’on peut assumer de penser que le fort commande et que le faible sert, que le monde est et doit rester constitué de dominants et de dominés, que c’est l’ordre des choses. Nous ne sommes pas là pour délégitimer une éthique ou une autre. Après tout, que tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, c’est un fondement moral arbitraire qui ne coule pas forcément de source. Mais ce sera, dans ce développement, notre fondement moral. C’est, encore une fois, un parti pris, un parti pris assumé et même glorifié. Si contestable soit-il, si dévoyé et déformé puisse-t-il être au quotidien, c’est notre fondation, notre paradigme. Nous voulons la démocratie.

 

La démocratie, c’est le pouvoir entre les mains du peuple, entre les mains de tous, et le deuxième parti pris, qui découle du premier, sera énoncé ainsi : dans la société démocratique vers laquelle nous avons décidé de nous diriger, toute décision politique s’appuie sur la discussion, l’échange, la confrontation de morales et d’intérêts divergents. En bref, l’essence de notre pouvoir démocratique est la parole. Une idée, qui est la graine de toute décision politique, n’a de sens hors de la tête de son auteur que clairement structurée et exprimée.

 

Et discuter, c’est pas si évident. Produire des sons avec sa bouche, tout le monde sait faire. Mais écouter, vraiment écouter, les sons qui sortent des bouches des autres, les traiter, les analyser, et leur opposer des réponses adaptées et pertinentes, là… c’est la merde. Dépasser le dialogue de sourds, partir du principe que l’autre n’est peut-être pas si con, c’est pourtant fondamental.

 

N’oublions pas que nous sommes l’ennemi de notre ennemi. L’adversaire de notre adversaire. L’antagoniste de notre antagoniste. Enfin, le con de quelqu’un, quoi. Des acrobaties sémantiques, des biais cognitifs, des malhonnêtetés intellectuelles, n’en produit-on pas souvent nous-mêmes ? Qui d’entre nous un soir à table ne s’est pas rendu coupable, consciemment ou inconsciemment, d’un de ces odieux sophismes : homme de paille, faux dilemme, appel au ridicule, inversion de la charge de la preuve… j’en passe et des pires..? Allez allez, vous avez tous un jour défendu l’indéfendable. Et au mieux, si ça ne vous semblait pas indéfendable à cette époque, vous avez depuis changé d’avis.

 

Le fait que j’aie déjà changé d’avis un jour prouve que même moi, qui suis pourtant ma référence ultime en matière d’avoir quand même vachement plus raison que les autres, même moi, intelligent et éclairé, même moi je me suis un jour trouvé confronté à une opinion qui n’était pas la mienne au départ et pour finir par y succomber. Je me suis laissé… convaincre. Ça peut être un tournant brusque dans nos croyances, comme arrêter l’homéopathie. Ça peut être un éveil suite à une longue ignorance, comme se mettre petit à petit à exclure certains additifs de notre alimentation. Ça peut encore être, par l’expérience personnelle, la perte d’une certaine naïveté sur un sujet dont on n’avait toujours que superficiellement frôlé la surface et dont on mesure aujourd’hui la complexité, comme le football par exemple qu’on pourrait trouver stupide à première vue avant de progressivement lui reconnaître sa profondeur tactique. Bref, on a tous fait l’expérience d’avoir eu tort un jour sur un sujet, au mieux d’avoir pris conscience de sa propre naïveté. On a tous conscience de s’être un jour retrouvé en situation de chercher à démonter à tort le discours de quelqu’un à qui on donnerait aujourd’hui raison.

 

On peut avoir tort. On peut être naïf. On peut se remettre en question. On peut évoluer. Nous sommes tous passés par là. Parfois même on fait des allers-retours entre deux positions opposées, parfois même on n’a pas de position du tout. Ce n’est pas un tabou, ce n’est pas une gêne, il n’y a pas de pudeur à avoir quand il s’agit de poser une question ou de dire « je ne sais pas ». En partant de ce postulat, osons l’énoncé suivant : mon interlocuteur n’est pas un débile fini. Il peut être mal habillé, il peut mal maîtriser ma langue, mais il est certain qu’il existe des sujets sur lesquels il est au moins un peu plus aiguisé que moi. Sa boîte crânienne contient forcément un système logique… plus ou moins cohérent, plus ou moins biaisé, mais en état de marche.

 

L’enjeu d’une discussion est de saisir la logique de son interlocuteur. Je reviens au sophisme de l’homme de paille, qui est l’une des plus courantes et des plus fallacieuses manifestations de la mauvaise foi dans un échange. Le principe est simple et vous est peut-être déjà connu. Il s’agit, dans un débat, de peindre un tableau caricatural des arguments de son interlocuteur et de diriger sa contre-argumentation vers cet épouvantail.

 

Interlocuteur A : « Nous sommes trop dépendants d’une société de consommation fragile. Je milite pour plus d’autonomie, pour passer moins de temps dans les magasins et renouer par exemple avec les potagers. »

Interlocuteur B : « Oui, bien sûr, on va tous s’habiller en coton bio maison et jouer du didgeridoo entre deux séances de yoga. »

Interlocuteur A : « Mais non, ce n’est pas ce que je dis. Je parle de nous réconcilier avec l’agriculture, je parle de ré-apprendre à faire pousser nos légumes. »

Interlocuteur B : « Mon bon monsieur, votre idéal bobo où on vit dans les arbres a l’air bien beau, mais sachez que tout le monde n’a pas envie de se nourrir de racines et de graines au vingt-et-unième siècle. »

 

L’argument de l’homme de paille, c’est faire dire à son interlocuteur ce qu’il n’a pas dit et démonter une image tronquée de ses arguments. Ça peut être conscient comme ça peut être inconscient. C’est en toute bonne foi qu’on peut ne pas avoir compris le fond du propos de l’autre. Et c’est d’autant plus fallacieux que l’interlocuteur lui-même peut se laisser embarquer sans s’en apercevoir dans une défense d’arguments qui ne sont plus les siens depuis plusieurs minutes. Dans notre exemple, notre interlocuteur s’aperçoit de la facétie et rétorque rapidement « ce n’est pas ce que je dis ». On peut cependant, par manque d’expérience ou de connaissances en rhétorique, laisser la conversation glisser vers une insidieuse situation.

 

Interlocuteur A : « Le communisme, c’est l’abolition de la propriété privée. »

Interlocuteur B : « Donc vous voulez voler les maisons des gens ? »

Interlocuteur A : « Non, non, pas les maisons des gens… »

Interlocuteur B : « Vous venez de dire que vous voulez abolir la propriété privée. »

Interlocuteur A : « Oui mais c’est les entreprises… »

Interlocuteur B : « Quoi les entreprises ? Il faut savoir, vous parlez de la propriété privée ! »

Interlocuteur A : « C’est pas la propriété privée de tout le monde, c’est que les patrons ! »

Interlocuteur B : « Ah ! On y vient. Et vous vous dites égalitaire ? »

 

Ici, notre premier se laisse bouffer par un second plus agressif, plus réactif. Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement il n’est pas suffisamment équipé en arguments pour défendre son sujet, il faut le dire : en effet, il est face à une caricature du marxisme aussi vieille que le marxisme lui-même, et il devrait être capable d’amener de manière structurée les concepts de propriété d’usage et de propriété des moyens de production. Il sait à peu près ce qu’il veut dire, il connaît les grandes lignes, mais il ne maîtrise pas son sujet dans les détails, quoi. Deuxièmement, il se laisse imposer un rythme qui ne lui convient clairement pas. Puisqu’il ne maîtrise pas son sujet, il a besoin de plus de temps pour réfléchir, du temps qu’il devrait revendiquer et prendre sans avoir à rougir. Il n‘y aurait pas de mal à s’autoriser quelques secondes de calcul avant de formuler une réponse, la discussion n’en serait que plus riche, mais voilà, confronté à la hâte et l’agressivité il se sent obligé de suivre le rythme.

 

Au bout du compte, il maîtrise mal son sujet, maîtrise mal la rhétorique, ses idées de départ sont impunément caricaturées, et il se retrouve dans la panique à dire n’importe quoi et tenir des positions hasardeuses qui ne sont même plus les siennes. On lui fait jouer à la piñata avec son propre argument et il se casse la gueule tout seul. Ce soir il se couchera amèrement, il tournera des heures dans son lit avec un goût métallique dans la bouche, son cerveau le mitraillera de « Bordel, c’est ça que j’aurais dû dire ! » et autres « Je suis passé pour un con ! »

 

Il est extrêmement important de ne pas se laisser caricaturer. Il faut être à l’affût, réfléchir profondément à chaque intervention de son interlocuteur. Et c’est un travail réciproque. L’objectif de ces exemples est de nous mener à la réflexion suivante : il est infiniment prépondérant de se comprendre mutuellement et de répondre aux vrais arguments de l’autre, pas à une image qu’on veut en faire et s’en faire.

 

Mon adversaire dit X ? Ce serait pourtant plus simple s’il disait Y. Ce n’est pas si éloigné au fond, c’est plus séduisant pour moi, plus facile à démonter. Allez, on va dire qu’il a dit ça. C’est ce que je veux avoir entendu, on va dire que c’est ce que j’ai entendu.

 

C’est déjà plus difficile d’admettre que la pensée de son interlocuteur n’est pas si simpliste, que ce n’est pas un débile. Ça demande plus d’efforts d’entrer dans sa tête, d’essayer de comprendre sa logique, d’en saisir les nuances en toute honnêteté. C’est pourtant évidemment nécessaire. Si on veut qu’une discussion ne soit pas juste un acte théâtral, si on cherche vraiment à s’adresser à l’autre, à le convaincre personnellement et pas simplement à prêcher les convertis de notre auditoire, il faut aller le chercher sur son terrain réel, il ne suffit pas de se contenter de tirer à côté. Sans cette condition, sans cette volonté de se comprendre, le débat n’est pas un échange, c’est un acte d’hypocrisie auquel on pourrait tout aussi bien substituer des successions de monologues sans liens les uns avec les autres, des tracts, des essais littéraires.

 

Une méthodologie que l’on pourrait proposer serait d’identifier le fond du propos de son interlocuteur, le saisir, puis tenter de le formuler soi-même clairement et sincèrement afin de lui en demander la validation avant de poursuivre notre contre-argumentation. Renseignez-vous par exemple sur la cible de Graham. Si vous ne connaissez pas, notez, « cible de Graham », c’est un concept enrichissant que nous n’allons pas détailler ici. Bref, identifions la thèse centrale de notre interlocuteur, demandons-lui sa validation, ajustons notre interprétation si besoin, et poursuivons seulement une fois que nous sommes tous les deux sûrs d’être sur la même longueur d’onde. Après tout, si chacun répond à côté, ce n’est pas une discussion, c’est une polyphonie.

 

Interlocuteur A : « Le communisme, c’est l’abolition de la propriété privée. »

Interlocuteur B : « C’est-à-dire ? Notre maison ne nous appartient plus. »

Interlocuteur A : « Attends, non, c’est pas ça. Nous possédons ce que nous utilisons, c’est la propriété d’usage. »

Interlocuteur B : « Donc ta maison est toujours à toi ? »

Interlocuteur A : « Pour autant que tu y vives, oui, c’est chez toi, aucun démon bolchevik ne va venir t’expulser. »

Interlocuteur B : « Mais qu’est-ce que ça change, alors, le communisme ? »

Interlocuteur A : « Eh bien par exemple, dans une entreprise, au lieu d’avoir un grand propriétaire qui dispose seul de tous les bénéfices générés par les travailleurs, ceux-ci sont tous également propriétaires des moyens de production qu’ils utilisent et des richesses qu’ils en dégagent. »

Interlocuteur B : « Et donc ils partagent équitablement le butin. »

Interlocuteur A : « C’est un peu simplifié mais en gros c’est ça, oui. »

Interlocuteur B : « Mais le patron mérite sa place, non ? Les idées partent souvent d’une seule personne. Je trouve injuste de se concentrer uniquement sur la force de travail sans chercher à récompenser l’individu qui a rendu toute la chaîne possible. »

Interlocuteur A : « C’est ton point de vue. Pour moi, tout le monde est égal. »

 

Ici, les deux interlocuteurs font preuve de bienveillance l’un envers l’autre. Ils ont pourtant des principes moraux fondamentaux différents, et au bout du compte ils ne tombent pas vraiment d’accord. Mais ils ne se foutent pas dessus, à aucun moment ce désaccord fondamental ne les empêche pas de se comprendre et de se reconnaître mutuellement comme des êtres cohérents et intelligents. L’objectif est de saisir les enchaînements logiques de chacun afin d’abord de s’en enrichir, et pourquoi pas de se faire mutuellement changer d’avis. Bref, de réellement interagir dans un débat, de faire évoluer une idée, une loi, et pas simplement de se balancer des tirades inertes à la figure.

 

Nous n’inventons rien, c’est au fond une approche socratique. Si un clochard pieds nus dans les rues d’Athènes avait compris il y a deux mille quatre cents ans l’importance de ne pas pervertir le propos de l’autre mais au contraire de le creuser ensemble, on peut peut-être faire un effort en 2020, non ? Si notre interlocuteur a du mal à exprimer son propos, c’est peut-être qu’il n’a pas assez répété devant son miroir, qu’il est fatigué, qu’il n’a pas l’habitude de s’exprimer en public. Dans tous les cas il faut l’aider à cracher sa pilule, pas la lui enfoncer au fond de la gorge. Ce n’est pas un combat de rue où le but serait de s’engouffrer dans les failles de l’adversaire et de ressortir vainqueur. On est là pour s’enrichir entre citoyens égaux et, je rappelle le point de départ, prendre des décisions politiques. On ne peut pas décemment fonder une société parlementaire sur la joute verbale. Si ?

 

Si on estime qu’une personne dit une connerie, qu’elle a vraiment tort, la parodier ne mènera à rien d’autre que la braquer et peut-être même la conforter dans son idée ; vous n’aurez simplement pas compris, ou n’aurai pas voulu comprendre, ce qu’elle était en train de vous dire. Vous serez restés à la surface, dans une vaine logique de confrontation. Identifier clairement la thèse de son interlocuteur, la mâcher, essayer de la digérer au mieux dans toute sa complexité et ses nuances, dans une réelle bonne foi et en considérant l’autre comme son égal, puis exprimer cette thèse dans une forme pure et cristalline, se mettre tous les deux d’accord sur ce dont on est en train de parler, peut parfois suffire à ébranler une conviction fragile. Le fameux « Ah ouais, j’avais pas vu ça comme ça. T’as pas tort. » Et si, même à la lumière de l’expression la plus sincère et bienveillante des postulats de chacun, si alors le désaccord demeure profond, au moins on sait pourquoi on ne s’entend pas, et la discussion laissera dans tous les cas un goût beaucoup moins amer sur l’arrière du palais. Après s’être vraiment compris, même sur un désaccord, croyez-le : on se quitte en se serrant la main, peut-être même en se reconnaissant comme égaux et intelligents. Surtout, on se quitte sans fermer la porte à de futures discussions où, au contraire, sur un sujet différent, un accord sera peut-être alors possible.

 

On devrait peut-être enseigner la rhétorique à l’école dans une société qui cherche à pencher vers la démocratie. Ce n’est pas un gros mot, la rhétorique. Ça ne se définit pas forcément par l’art de manipuler l’autre, ça n’a pas à être péjoratif ou tabou. C’est avant tout réfléchir à ce qu’on dit, le dire bien, structurer sa pensée en amont et l’exprimer avec clarté en aval. Pour se défendre des raccourcis intellectuels, de ceux des autres comme des nôtres, il est essentiel de savoir identifier les sophismes et de développer son esprit critique. Et si savoir parler d’un côté est essentiel, savoir écouter l’est tout autant sinon plus. Il ne s’agit pas juste de laisser passivement entrer des ondes sonores dans ses oreilles, il s’agit de les analyser activement, d’avoir la machine cérébrale qui tourne à fond quand on vous parle. Lisez ou écoutez sur le sujet, chassez les logiques fallacieuses de votre propre discours et repérez-les dans le discours des autres.

 

Éclairez-vous sur l’esprit critique, sur la zététique, sur les sophismes, sur les biais cognitifs. Même la méthodologie scientifique, souvent, a beaucoup à nous apprendre. Comprenez-vous les uns les autres, bordel de merde ! Apprenez à maîtriser un sujet avant de vous exprimer dessus, apprenez à être solides sur vos appuis et savoir de quoi vous parlez. Apprenez à ne pas laisser le judoka d’en face utiliser votre propre force contre vous. Dans un monde où le pouvoir passe par la parole, un peuple qui sait s’exprimer et écouter ne peut que se rapprocher un peu plus de la démocratie qu’il convoite.

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