Le grand rond-point

Le grand rond-point

Ici juxtaposés, des propos de gens du mouvement gilets jaunes d’un grand rond-point et du blog “se saisir de l’égalité”

 

La justice

 

Il y a quelques années, on pouvait aller voir nos enfants et offrir des cadeaux aux petits enfants. On a l’impression qu’on nous a volé. C’est comme si on te prenait les tomates de ton jardin.

Les gens disent des choses justes.

 

L’égalité

 

L’égalité est l’idéal. Mais l’idée d’égalité est qu’au moins ce ne soit pas toujours les mêmes qui supportent, aujourd’hui et ici. Un journaliste du Monde a écrit que le pouvoir d’achat n’est pas un droit. Je lui ai écrit que si ce n’est pas un droit, c’est une nécessité. Mais à la réflexion une nécessité doit devenir un droit. Ce qui est appelé “pouvoir d’achat”, c’est-à-dire la possibilité de vivre dans les conditions économiques d’aujourd’hui, doit être inscrit dans le droit comme la paie minimale donnée par un patron, les allocations sociales versées par l’Etat ou la prise en charge des soins par l’assurance maladie. Il est indispensable que les gens disent le droit !

 

Macron

 

Il pense être propriétaire du pouvoir. Personne ne possède le pouvoir. Macron nous a parlé en différé. Il parle à son prompteur, pas à son peuple.

Il n’est propriétaire de rien. Ni procès, ni élection, Macron démission !

 

 

La politique

 

On n’est pas aussi politisé qu’on peut le penser. Ceux qui sont d’un parti ne peuvent l’afficher sur place, ils peuvent rester mais en tant qu’individu.

On est surtout des jeunes et des retraités. Il y a de tout. On est ensemble entre nous, une loi entre nous. Nous n’avons pas et ne voulons pas de représentants. D’ailleurs, si notre volonté était d’avoir des représentants, qui mettre, et selon quels principes ?

Il y a quelqu’un parmi nous qui spontanément discute. Discuter n’est pas représenter.

 

On est nombreux sur le rond-point, parfois très nombreux. Tout le monde ne reste pas. A ceux qui passent, comme par exemple ceux de Michelin, de la Poste on dit qu’il ne suffit pas de discuter, certains restent. C’est bien quand ils restent et qu’ensuite ils en parlent dans leur boîte.

Sur place, on prend des décisions qui sont appliquées dans l’instant. On tient des micro-réunions. Les gens racontent leur propre histoire et ensuite les autres commentent puis racontent la leur. C’est un apprentissage mutuel. On traite les points qui viennent, qui sont posés. C’est comme ça vient mais ça se fait. Tout le monde a ses points personnels. Avant c’était chacun ses affaires, on réfléchit ensemble, on découvre. Ça permet de rencontrer plein de gens. On vient pour parler et régler des problèmes. On règle tout entre nous pacifiquement, on danse même (mais pas après 22 h). On règle aussi les problèmes qu’on peut rencontrer entre nous. On a écrit une charte qui dit : « pas de discrimination, de racisme de propos homophobes… ». Ni alcool, ni argent. On reçoit de la nourriture de la part de plein de gens, des marchés de la ville aussi, du bois pour se chauffer. Un simple appel sur face book et une pleine cargaison arrive. On donne aussi. Un sdf a été hébergé sur place dans une chambre de la cabane. Une affiche dit :

« SVP, Si vous voyez ce soir un sdf, proposez-lui de venir se réchauffer un peu auprès du feu, de manger un truc, boire un café, une soupe. Ils ont prévu une nuit très froide. Ok, on n’est pas là pour ça. Mais nous, gilets jaunes, sommes solidaires. » 

On a de bons rapports avec tous. Si quelqu’un a à se plaindre de tel ou tel, il sera écouté. Un commerçant pas loin du rond-point en avait contre un gilet jaune qui répandait de fausses accusations sur face book. Le problème a été rapidement réglé, il nous a remercié et a contribué au soutien.

Nous sommes beaucoup plus nombreux que ne le disent les médias. Le 17 novembre, on était 800 au rond-point. On a affiché le proverbe mexicain : « Ils ont essayé de nous enterrer. Ils ne savaient pas que nous étions des graines ». On est en lien avec d’autres ronds-points d’autres villes proches. Chaque rond-point à sa particularité et dit quelque chose, des points différents. En fait, ça va de mieux en mieux, même si certains s’arrêtent pensant avoir obtenu ce qu’ils veulent.

 

                                                        Hypothèse du nouveau et vérités

 

L’hypothèse du nouveau fait partie du mouvement des gilets jaunes. Du nouveau s’ouvre pour eux. Les gens du mouvement souhaitent du neuf, sans le connaître. Nous ne le connaissons pas plus. L’hypothèse du nouveau est sérieuse, elle réexaminera toutes les propositions faciles et électorales comme le référendum d’initiative citoyenne ou les élections à la proportionnelle. Elle est le point de vérité et non de connaissance de ce mouvement. L’idée est, pour tous, d’éprouver la nouveauté dans son surgissement propre. 

 

C’est insu. Il n’y a pas de connaissances à dévoiler. Connaître ne fonctionne pas comme habituellement. Il y a égalité entre quiconque et les GJ sur ce qu’il y aurait à connaître.

En fait, les éléments de connaissance sont tous intégralement disponibles : l’Etat, les partis, les élections, le capitalisme, la corruption, l’injustice, les pauvres… Le moment des GJ fixe une vérité ou un élément de vérité dont ils sont à la fois la condition et l’expression. Une vérité qui divise toute connaissance et oblige à penser une exigence populaire plus qu’à connaître.

Quelques éléments de vérité : 

 

Il n’y a rien à négocier !

 

Le refus d’une quelconque négociation. En effet, il n’y a au fond rien à négocier. Le gouvernement le sait parfaitement. Sans qu’aucune négociation n’ait eu lieu, il sait quoi et combien lâcher. Les grands patrons contemporains, au front pour les classes arrogantes et repues qui domestiquent aujourd’hui le pays, ont bien compris le message, et, sans négociation, sans les syndicats, desserrent l’étranglement des salaires.

Négocier c’est trahir !

Une brutale vérité de classe se libère et débarrasse le terrain de toute négociation. Une négociation suppose une égalité entre interlocuteurs. Ce qui n’est pas le cas. A cet égard, rien qui puisse ressembler à 68. Face au gouvernement Pompidou, les syndicats avaient alors motif à négocier au plus haut quelques contreparties substantielles (financement, heures syndicales, comité d’établissement…) en échange de leur collaboration à l’écrasement d’un mouvement, auquel, il faut le rappeler, ils étaient opposés. Les 35 % d’augmentation du smig n’étaient pas très cher payé pour une bourgeoisie qui avait assurément plus à perdre.

Aujourd’hui, le refus de négocier n’est pas seulement le refus de céder ou une volonté d’affronter l’Etat, c’est penser une autre fin que l’obtention de « miettes », un but digne pour soi et pour tous. Un but visible d’un rond-point. Là où ne pas être isolé.

 

 

Macron démission !

 

Un point de clameur populaire, une force qui affirme que le pouvoir n’est pas une possession ordinaire. Personne ne peut faire du pouvoir sa propriété, et ainsi installer une inégalité suprême avec le peuple qu’il sert si mal. Chasser ce président-propriétaire du pouvoir à la tête d’une armée de propriétaires subalternes qui habitent cette république et son exécutif est bien l’affaire de tous. En ce sens, “Macron démission” sonne tout autant pour tous les partis et les candidats à sa succession, accentuant ainsi l’effet de clarté du mot d’ordre.

 

 

 

La répression, pire figure de l’hostilité d’Etat en général,

A l’égard du mouvement en particulier

 

Elle s’adapte et se mue rapidement en une force d’écrasement (quatre fois plus d’arrestations et de gardes à vue que pendant les journées de mai 68, des mains arrachées, des gens défigurés et gravement blessés, compte auquel il convient de ne pas soustraire les morts, notamment celle d’une vieille dame dans son appartement à Marseille). Car l’Etat applique depuis si longtemps une politique anti populaire impitoyable, qu’il est impensable à ses yeux de la réduire à néant. Aussi doit-il, dans l’instant, absolument vider les rues des villes et les ronds-points, là où s’exprime tout autre chose. C’est ce point de vérité qui surgit. L’invention par le mouvement des GJ d’un retournement inattendu ouvre à la possibilité de combattre la domestication de tous ceux qui ne sont plus comptés : les gens des ronds-points dans toute leur diversité, tous les autres aussi, ceux des banlieues, des foyers, les étrangers, les migrants…Eux que les menées policières n’épargnent jamais. La nouvelle violence d’Etat, étendue, systématique, indistincte et encouragée par des organes de propagande hostiles devient universelle. Une universalité que le gouvernement actuel destine à se substituer à toutes les autres. Une guerre sur place contre tous ceux qu’il considère comme inutiles. Non un démon caché mais une tentative pour faire accepter l’écrasement policier et rendre complice tout un pays.

 

 

 

Agir et penser ensemble tous ces points

 

Se saisir de l’égalité

sesaisirdelegalite@gmail.com

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.