Monsieur Thiers est de retour

Monsieur Thiers est de retour

Voilà bientôt près de deux mois qu’a débuté le « mouvement des gilets jaunes », cette irruption inouïe des pauvres, des gueux, des sans-voix qui sont en train de trouver des formes nouvelles de se parler et d’exister collectivement. Donc de s’affirmer publiquement. Car il s’agit d’une école politique et dans ces circonstances les esprits et les mentalités changent et se transforment à grande vitesse.

Au début, on ne les prenait pas au sérieux. Les personnalités politiques de l’Etat et du Parlement, pensant qu’il s’agissait d’un feu de paille, continuaient à nous jouer la comédie triste et éculée de la gueguerre entre majorité et opposition parlementaire. « Moi je soutiens le mouvement », « Moi je ne soutiens pas ».

Même Macron, le dix Décembre, dans un discours d’une fausseté absolue nous faisait le simulacre d’un acte de contrition affligeant et proposait une série de mesures cousues de fil blanc au prétexte qu’il avait « bien compris » les revendications de la population.

Désormais, ils ont bien compris. C’est du sérieux. Et les Versaillais de serrer les rangs. C’est à qui va être le meilleur pour endosser les habits du minuscule Monsieur Thiers. Celui qui fut l’assassin en chef, responsable de dizaines de milliers de morts de Communards pendant la Semaine sanglante.

Dans cette compétition, Luc Ferry semble bien placé, lui qui déclare : « Que les policiers se servent de leurs armes. On a la quatrième armée du monde, on est capable de mettre fin à ces saloperies (sic) ».

Karl Olive, le maire LR de Poissy reste aussi dans la course : « Il faut une réponse sécuritaire, une réponse judiciaire et une réponse politique à ce que traverse le pays. Il faut une unité nationale pour condamner l’inadmissible. On est la cinquième puissance militaire au monde et on n’est pas capable de régler ce problème ? Ca suffit ! On va aller jusqu’où ? La semaine prochaine, on va incendier l’Elysée ? »

Sans oublier Fréderic Péchenard, élu LR de Paris et ancien directeur général de la Police Nationale : « La police arrête, les magistrats condamnent, et après il n’y a pas exécution de la peine », ni Alain Juppé : « les voleurs, les pillards, les vandales n’ont pas leur place dans l’espace public ni ailleurs. Donc le gouvernement doit faire respecter l’ordre républicain. »

La camarilla qui tient les rênes de l’Etat n’est naturellement pas en reste. Les Edouard Philippe, Christophe Castaner, Benjamin Griveaux, ceux-là nous préparent des lois qui criminalisent le fait de contester, comme c’est le cas actuellement, l’injuste ordre établi.

Quant aux fascistes qui ont le pouvoir de l’autre côté des Alpes, ils disent soutenir les « Gilets jaunes ». Forcément, ça ne leur coûte pas cher. Mais on sait parfaitement ce qu’ils feraient si ça se produisait chez eux

Qu’est-ce qu’il s’est donc passé ? Simplement (si je puis dire car ce n’est pas rien) les pauvres, ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois, ceux que les « puissants » méprisent, se sont soulevés. Ils ont compris que lorsqu’on reste seul dans son coin, on ne compte pour rien. Mais lorsqu’on se regroupe, qu’on se met à parler entre nous, alors on se met à exister. Collectivement.

Et le collectif des gens humiliés, voilà qui fait trembler les puissants, les riches, l’Etat et le gouvernement à leur service.

Voilà pourquoi la réaction serre les rangs, et par-delà les chamailleries parlementaires pense que le plus important c’est de constituer le Parti de l’Ordre contre le peuple qui se soulève.

Faites attention : « Puissants, mesurez bien que ce qui se passe actuellement est inouï. Le nouveau est en train de surgir. Nous sommes vigilants, nous vous surveillons, nous vous avons à l’œil »

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