"La lettre aux Français" : la lire attentivement pour s'y opposer

« La lettre aux Français », de Macron : la lire attentivement et s’y opposer

Certains disent « c’est du bla, bla ». Est-ce si sûr ?

Déjà, il cible un auditoire ou des interlocuteurs :

Sur la première page, on ne peut manquer d’être saisi par la réitération appuyée du mot « français » : « Lettre aux Français (avec une majuscule), en dessous « Chères Françaises, chers Français, mes chers compatriotes (même remarque) », « Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ? » (avec un F majuscule). Avec la dernière remarque çà se corse. Si, pour ce qui me concerne, je suis fier d’être français, soyons clairs ce n’est pas à cause de la France. Je ne suis pas fier d’être français à cause d’Adolphe Thiers ou de Pétain.

De même, quand Macron n’hésite pas à blesser gravement son peuple révolté par l’injustice, en faisant tirer systématiquement par sa police au flash ball sur les manifestations en rendant des gens aveugles, défigurés, à jamais handicapés. Il est curieux de noter que lorsque Macron évoque, dans sa lettre, « n’accepter aucune forme de violence », il ne dit pas un mot de la police qui reçoit pourtant les ordres de son ministre.

Si je suis fier d’être français, c’est à cause de la Révolution française, des révolutions ultérieures 1830, 1848, la Commune de Paris, de Mai 68. Mais je ne suis pas fier de ceux qui, dans chaque situation, les combattirent. Donc la France n’est pas une, elle est divisée et toujours de la même façon : les puissants qui gouvernent et les pauvres qui triment.

Comme toujours, Macron ne tient aucun compte de ceux à qui il s’adresse. C’est un questionnaire labellisé Macron qui ne fait aucune allusion à ce qui se discute sur les ronds-points chez les Gilets Jaunes.

On note page 2 « qu’il n’y a pas de questions interdites ». On comprendra, cependant, à la page suivante, même si ce n’est pas dit en tant que tel, qu’il n’est pas question de revenir sur la suppression de l’ISF. Macron le martèle avec constance. Page 3 : « Mais l’impôt, lorsqu’il est trop élevé prive notre économie de ressources qui pourraient utilement s’investir dans les entreprises, créant ainsi de l’emploi et de la croissance. Et il prive les travailleurs du fruit de leurs efforts » On connait bien l’immense philanthropie des riches qui ont le souci permanent du bien-être des pauvres gens ordinaires. C’est pourquoi, ils n’hésitent pas, du jour au lendemain, à fermer une usine, déménager l’outillage, transférer la production dans un pays pauvre. Là où les gens sont encore plus mal payés qu’ici. Là encore deux France.

On est touché de la sollicitude de Macron sur les services publics, lui qui ferme des hôpitaux, des dessertes ferroviaires tous les jours. Et puis, il y a des questions qui n’intéressent que l’Etat : « Faut-il reconnaître le vote blanc, moins de députés ? »...

Mais le plus inquiétant est pour la fin (page 5). C’est une attaque frontale contre l’immigration.

C’est une obsession chez Macron (alors que ça ne figure pas, ou peu, dans les débats chez les Gilets Jaunes). Déjà, son discours du 10 Décembre s’achevait par : « Mettons la Nation d’accord avec elle-même sur ce qui est son identité profonde. Il faut que nous abordions la question de l’immigration ; il nous faut l’affronter ».

La manœuvre est grossière : avant tout que les gens rentrent chez eux en agitant le chiffon de l’Unité Nationale. Alors qu’on sait bien qu’elle n’existe pas, on l’a montré. La France, c’est-à-dire l’assemblage contradictoire des puissants et arrogants qui gouvernent et des pauvres qui triment n’existe pas. Macron brandit « la France », c’est-à-dire dans le même sac ceux qui nous gouvernent et leur brutale police et de l’autre côté, ceux qui triment, font des efforts et sont dans la ligne de mire des flashball de la police, réunis sous sa houlette. Les pauvres fermant de nouveau leur gueule, comme avant. En désignant l’ennemi : l’immigration. L’aventurisme agressif de Macron est patent. Il pousse vigoureusement l’extrême droite sur le devant de la scène, ne craignant pas de plonger le pays dans l’affrontement et le chaos.

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