Macron, l'émissaire bourgeois

Macron, l’émissaire bourgeois

 

 

Les bourgeois classiques, sous l’ère Macron, recyclent l’antique matériel capitaliste : ne rien changer dans la distribution du capital et du travail, voler les ouvriers grâce au salariat, élever la cupidité capitaliste au plus haut, honorer les riches, abaisser les pauvres.

On tient là les fondements inertes et discrets de la République bourgeoise universelle dont l’Etat est le bras et la police l’accessoire de domination. Les députés servent à soustraire au peuple l’examen de la loi. Le gouvernement sert les privilégiés. Ensemble ils servent les élections, qui servent le pouvoir, qui décide de tout, de la paix ou de la guerre, des querelles sanguinaires des nations ou de celles qui divisent leur propre peuple. Ainsi, une vaste clique corrompue et corruptrice, jamais destituée et si peu menacée, engendre le monde tel qu’il existe.

Quelques années après les révoltes puissantes et marquantes de 68, le courant contre révolutionnaire l’emporta. L’Etat et les partis, sous un Giscard plein d’allant puis un Mitterrand faussement réticent, à l’unisson, établirent un ordre anti populaire conçu pour asseoir définitivement le capitalisme, sous le nom coquet de « libéralisme ». Il y eut ensuite de longues années pendant lesquelles la lutte anticapitaliste n’était pas absente mais comme privée d’existence véritable. Les ouvriers, bien que luttant, étaient peu visibles. Les militants révolutionnaires issus de 68 le devinrent à leur tour.

 

Ne pas aimer l’inégalité de classe, aimer ceux qui la combattent 

 

Passé un demi-siècle, les gilets jaunes décident de s’attaquer au monde tel qu’il existe. Pour eux, il existe dans toute sa cruauté et sa férocité. Auparavant, ils se battaient seuls en silence, chez eux. Déjà longtemps que, prolongeant cette solitude, sans être représentés, ils faisaient face à la violence capitaliste ininterrompue et uniforme de chaque jour. Aujourd’hui, tout est différent. Certains se définissent ainsi : « des gens simples qui disent des choses justes ».

 

Des choses justes

 

 

Les gens doivent dire le droit.

 

Une nécessité populaire doit devenir un droit. Inscrire dans le droit la paie minimale pour vivre décemment.

 

Personne ne possède ou n’est propriétaire du pouvoir.

 

Ni procès, ni élection, Macron démission.

 

Être ensemble entre nous, une loi entre nous.

 

Ce qui arrive est nouveau et sérieux. C’est un point de vérité à partir duquel on peut tout réexaminer.

 

Il y a égalité entre les gilets jaunes et les autres sur ce qu’il y a faire ou inventer.

 

Bien des choses des effets du capitalisme et de la nocivité de la bourgeoisie sont connues.

 

Il n’y a rien à négocier avec ceux qui domestiquent le pays depuis tant d’années. Il n’y a pas d’égalité avec eux.

 

Face à l’universalité de la violence d’Etat qui tend à se substituer à toute autre, l’idée d’une complicité impossible avec l’Etat surgit.

 

La politique de force est la seule réponse perceptible de Macron.

 

Comment être ensemble ?

 

L’Etat et le peuple n’ont pas de volonté équivalente.

 

Le peuple n’est ni indépendant ni souverain dans notre pays.

 

Les partis sont l’expression d’une servitude volontaire et les élections d’une soumission.

 

La République est un petit empire qui rassemble les votants et l’Etat.

 

Les assemblées générales sont un lieu de protection et d’invention.

 

Le vrai débat, c’est nous qui l’organisons.

 

Un mode d’existence qui ne soit ni le parti ou le syndicat est possible.

 

Récupérer l’argent qu’on nous vole.

 

Avec nous, les gilets jaunes, c’est la lutte de classe, ils vont trembler.

 

Macron a paradoxalement permis de retrouver la fraternité.

 

Les gens sont là pour que l’état des choses change.”

 

 

 

Les privilèges incalculables des maîtres insolents de ce pays provoquent une colère invincible contre les tyrans capitalistes, rappelant la règle oubliée de leur possible destitution. Il n’empêche ! L’énoncé obstiné de Macron, petit émissaire bourgeois, ne varie pas. Un interminable grand débat abrite depuis des semaines le goût du président pour la jacasserie télévisuelle pendant que ses escadrons policiers font le travail. Le vrai, le seul qui compte et vaut discours en pareille circonstance : casser du gilet jaune. Mais les défenseurs du pouvoir protestent : « Au moins, en France on ne tue pas ! ». Alors, « on mutile, on déchiquette des faces et des membres, on arrache des mains et on crève des yeux ». Il faut ajouter, « on arrête comme jamais ». Les condamnations pleuvent, les tentatives variées pour casser le mouvement grâce à la violence d’Etat et sa propagande sont légion, la dernière en date est la loi anti-casseurs dénoncée avec force comme tendant à établir un ordre administratif et policier d’essence vichyste, spécialement punitif et liberticide 

Les instigateurs de cette politique de force multiplient les lois et dispositions antipopulaires de circonstance qui s’abattent sur tous et répandent la division partout : les nouvelles règles attendues sur les retraites, celles sur les contrats de travail, dans le privé comme le public, visant la sureté et la durée de l’emploi, l’offensive accentuée contre les migrants, l’utilisation massive des centres de rétention administratifs pour les familles, les enfants et les mineurs isolés, dans l’éducation nationale la mise en œuvre du tri social automatisé des élèves, le logement populaire voué à l’abandon ou à la spéculation, des villes et quartiers entiers privés de services publics, la poursuite sans fin des menées guerrières en Afrique et au Moyen-Orient…Un ensemble implacable qui désigne le gouvernement comme l’ennemi de son pays.    

 

Le mouvement des gilets jaunes ouvre à autre chose. Il n’enseigne pas la résignation au monde tel qu’il existe et invite à être cause d’un nouveau saisissement militant.

 

 

 

                      Sesaisirdel’égalité

                      sesaisirdelegalite@gmail.com

 

 

 

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