Cuisine solaire et dépendances

Ensoleillement insuffisant. Temps de cuisson interminables. Complexité. En France, la cuisine solaire est victime d'un certain nombre de clichés. Elle reste une pratique marginale. Pourtant, ce mode de cuisson est en pleine boom en Chine et aux États-Unis.

Une parabole solaire produit de la chaleur en concentrant les rayons du soleil sur un récipient. Une parabole solaire produit de la chaleur en concentrant les rayons du soleil sur un récipient.

Depuis 10 ans, des fours solaires pliables, hybrides (1) et à haut rendement énergétique ont fait leur apparition. En 2012, André Azéma, un retraité castrais, a déposé le brevet d'un four solaire à mouvement autonome. Ce concentrateur suit automatiquement la course du soleil. Le système de suivi de cette cuisinière n'a rien à voir les trackers high-tech des panneaux photovoltaïques. Ici, pas de calculateur, ni d'électronique. Il s'agit d'un suiveur solaire entièrement mécanique. Il suffit de remonter un ressort à spirale pour que la parabole solaire tourne mécaniquement sur son axe, comme les aiguilles d'une horloge. Ainsi, l'appareil reste parfaitement orienté pendant plus trois heures, sans intervention humaine.

Les fours solaires paraboliques permettent de cuisiner sans combustibles. Ils produisent une chaleur intense en concentrant les rayons du soleil sous une marmite en métal qui monte en température, puis transmet sa chaleur aux aliments par conduction. Néanmoins, ils ont un inconvénient. La position du soleil variant dans le ciel, il est nécessaire de les réorienter régulièrement pour que le point de chauffe reste sous la casserole (voir notre photo ci-dessus). C'est une contrainte, particulièrement pour un usage intensif. Le développement de concentrateurs à mouvement autonome est donc un vrai progrès. Il pourrait grandement simplifier la pratique de la cuisson solaire, le gisement solaire étant suffisant pour cuisiner régulièrement avec le soleil dans de nombreuses régions de France (2).

Une source d'énergie propre et gratuite

Le système de suivi du Suncalor. Le système de suivi du Suncalor.

Quand le ciel est dégagé, le sol terrestre reçoit chaque seconde un rayonnement solaire équivalent à 1 000 W/m2 (3). Or, le réflecteur d'un concentrateur renvoie environ 80 % de la lumière qu'il reçoit. Donc, un four solaire parabolique d'une surface d'un mètre carré génère une puissance d'environ 800 W. C'est l'équivalent d'une petite plaque de cuisson électrique. De plus, vu qu'il produit pas de flamme, il ne dégage ni fumée, ni gaz à effet de serre. Cette particularité est loin d'être négligeable, alors que le scénario le plus pessimiste du dernier rapport du GIEC en 2014 prévoit une hausse globale des températures sur Terre de 4,8°C par rapport à l'ère pré-industrielle d'ici 2100.

Utilisés à grande échelle, les cuiseurs solaires pourraient donc contribuer à réduire notre dépendance aux énergies fossiles, comme le gaz naturel. Or, leurs performances bénéficient de peu de visibilité en France. Une journée de démonstration de cuisine solaire a bien lieu chaque année à Sorède, dans les Pyrénées-Orientales, mais c'est tout. Ce mode de cuisson alternatif reste pratiqué de façon sporadique. À ce jour, aucun industriel n'a souhaité acquérir le brevet du Suncalor. André Azéma a essuyé un refus poli de la chambre de commerce et d'industrie de sa région quand il a cherché des soutiens pour développer son appareil. Ce dernier est breveté, mais libre d'utilisation. Autrement dit, chacun peut s'inspirer des plans qu'il a publiés sur son site internet pour concevoir son propre dispositif low-tech (4).

 

SUNCALOR.com four solaire parabolique avec suiveur autonome © André Azéma

(1) Il s'agit d'un four solaire fonctionnant à l'énergie solaire et à l'électricité. Il permet de cuisiner même quand le ciel est couvert.

(2) Certaines régions du Sud de la France bénéficient de plus de 2 500 h de soleil par an.

(3) Selon les mesures satellitaires, la constante solaire est de 1 361 W/m2. Elle mesure la quantité d'énergie solaire reçue par la Terre à l'entrée de l'atmosphère. 35 % de ce rayonnement est réfléchi vers l'espace.

(4) La basse technologie désigne un ensemble de techniques simples, écologiques et accessibles à tous.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.