La finance, symbole despotique de notre modernité ou, De l’utilité de la séparation des pouvoirs.

DESPOTISME n. m. XVIIe siècle. Dérivé de despote. […] ; forme de gouvernement où tous les pouvoirs sont réunis dans une seule main.  Par anal. Toute autorité oppressive et tyrannique. Subir le despotisme du vainqueur. Le despotisme d'un directeur, d'un chef de service.

DESPOTISME n. m. XVIIe siècle. Dérivé de despote. […] ; forme de gouvernement où tous les pouvoirs sont réunis dans une seule main.  Par anal. Toute autorité oppressive et tyrannique. Subir le despotisme du vainqueur. Le despotisme d'un directeur, d'un chef de service.

 

« … De la finance ! » aurait-on pu conclure. Car, que dirait Montesquieu si, aujourd’hui, il était l’un de nos contemporains ? Que dirait-il, si aujourd’hui, comme nous, il devait être témoin de notre actualité brulante concernant la devenir des peuples face au sacro-saint monde de la finance ? Ce contemporain des lumières, siècle où l’obscurantisme religieux fut renvoyé aux abords d’une société en souffrance, trouverait aujourd’hui des similitudes surprenantes. Qu’en est-il aujourd'hui de l’analogie entre obscurantisme religieux et monde de la finance ?

Nous faisons face aujourd’hui à l’avènement d’une crise économique sans précédent, qui dure depuis plus de quarante ans, renversant les principes moraux et sociétaux fondamentaux de nos démocraties. La Grèce, victime expiatoire d’un régime sans foi ni loi, doit aujourd’hui affronter quasiment seule et sans moyens, le combat qui devrait animer plus d’un citoyen éclairé: Celui de la liberté. 

La liberté oui, mais laquelle ? Où est donc cette liberté dans ce monde qui nous vend la liberté économique, ultra-libéraliste, comme valeur essentielle de nos démocraties ? La finance, à travers le système bancaire, au fur et à mesure des années, a réussi à mettre à terre le plus solide des colosses, tel l’encre qui attaque les plus robustes chênes de nos forêts, décimant un à un, un ensemble préalablement cohérent.

La liberté oui, mais à quel prix ? Les grecs, mais pas seulement, les espagnols aussi via le mouvement podemos, ont compris que pour s’en sortir il fallait que ce soit le peuple qui puisse décider de son propre avenir. Oui mais voilà, aujourd’hui cette liberté se paye, parce que ne pas suivre la doctrine paternaliste du despote financia c’est risquer de devoir faire face à une sanction plus sévère. En d’autres termes, les sociétés modernes sont devenues les esclaves d’un concept qui écrase. 

La finance s’est imposée aux peuples comme la parole d’un seul homme sur des milliers de vie, usant de la faiblesse de nos âmes, celle de la cupidité et de la luxure. Petit à petit, elle est devenue celle par qui tout se décidait et où tout devait transiter. Pire, elle s’est imposée à nos dirigeants qui, ancrés dans les dédales politico-financiers n’arrivent plus à voir, du haut de leur tour d’ivoire, ce qu’il faudrait faire ou non, sous couvert d’intérêts, ceux de la nation ou d’une communauté singulière (loin de moi l’idée de confronter deux classes sociales, idée que je ne partage nullement). Le politique est aujourd’hui empêtré dans la finance tel un mécanisme d’Ancythère, le condamnant à ne plus savoir où poser le prochain pied, probable possibilité d’un empêtrement sans fin.

Ce n’est pourtant pas le fait d’Alexis Tsipras qui tente (oserons-nous dire vainement ?) de défendre le demos, véritable pouvoir légitime, contre le despos, forme de pouvoir sans fondement démocratique qui impose au plus grand nombre des lois que nul ne partage. Cette forme autocratique imposant à chaque citoyen, de porter le poids d’un processus non partagé et qui contraint à devoir brider sa propre liberté pour défendre un intérêt présenté comme plus grand que soi. Une finance despotique et obscurantiste qui place la connaissance tellement loin et tellement intelligible de sa « science » hors des sentiers praticables qu’il est presque impossible de s’y opposer. Le despote impose ici sa propre loi, usant de son pouvoir abusif et tenant à la gorge des peuples déjà exsangues et à bout de force avec, toujours en image de fond, l’idée de défendre nos intérêt individuels. Les peuples devront-ils attendre de mourir de faim pour oser affronter l’adversaire ? Devrons-nous attendre, comme en 1789, une inextricable situation pour qu’un soulèvement populaire se fasse ?

Aujourd’hui, il convient de se saisir de ce despotisme de la finance et d’y résister, mais la solution n’est pas aussi simple que cela, car on ne se libère pas du joug de l’oppresseur comme d’un pull qui nous tiraille. Montesquieu, dans son ouvrage sur l’esprit des lois, préconisait déjà une séparation des formes de pouvoirs dans l’exercice de gouvernance. Historiquement, nous en connaissons trois: le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. Notre modernité nous apprend qu’un quatrième acteur existe: le financier. Comme celui-ci s’est détaché des trois bases fondamentales gouvernementales, il convient de lui donner l’importance qu’il se donne pour pouvoir le traiter comme ses confrères. Ainsi, il revient à la responsabilité démocratique le pouvoir d’en faire ce que qu’il veut, de lui donner l’essence qu’il convient au regard des intérêts collectifs. La finance ne doit plus penser pour nous, au contraire. Nous devons penser la finance pour qu’elle soit au service du peuple et non l’inverse. 

La séparation des pouvoirs eut été la plus belle invention de Locke et Montesquieu. Donnons à ces auteurs précurseurs de leur époque, la noblesse de leurs écrits et rendons nous service en éclairant nos fronts d’une connaissance que l’on a tendance à perdre de vue. En 2015, il fait état d’un monde sous le joug du despotisme financier mais rappelons que le despote fait sa loi et non LA loi: Ce postulat induit une confusion du politique et de la société, confusion du légitime et de l'arbitraire: le despotisme, c'est la mort de la chose publique, c’est la fin de république.

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