Feindre les inégalités aujourd’hui, c’est s’exposer au repli identitaire, demain.

L’interview donné par Emmanuel Macron dimanche soir sur BfmTV et Médiapart aura sans doute convaincu les derniers sceptiques, que le Président de tous les français, ne sera en réalité que le Président d’une catégorie qui se porte bien

« Il y a des inégalités en France. [...] Est-ce que mon rôle est de dire ici ce soir je vais les empêcher ? Je vais les bloquer ? Non. » Emmanuel MACRON, 15 avril 2018

L’interview donné par Emmanuel Macron dimanche soir sur BfmTV et Médiapart aura sans doute convaincu les derniers sceptiques, que le Président de tous les français, ne sera en réalité que le Président d’une catégorie qui se porte bien. C’est un discours adoubant un état de fait, celui de la concurrence normalisée, de deux mondes qui s’opposent, discours devenu presque routinier, où l’égalité des chances n’est devenu qu’une notion symbolique que l’on retrouve en bas de page d’un livre d’histoire, sur les grandes avancées sociales d’un siècle passé. 

Le discours porté devant près de 66 millions de téléspectateurs potentiels, face à deux journalistes portants haut les questionnements citoyens, rapportant ici et là les bouillonnements d’un peuple déjà trop exsangue d’un an de libéralisme, nous aura convaincu, que chaque citoyen n’aura pas la même valeur aux yeux d’un exécutif qui a définitivement perdu pied avec les françaises et les français. Si tant est que devions encore nous rassurer sur les orientations inégalitaires déjà entreprises, il faudra désormais ne plus espérer dans ce quinquennat que chaque personne précaire, chaque association de lutte contre la pauvreté, chaque enfant issu des classes populaires puissent voir son avenir éclairé par des politiques de solidarités nationales dignes de la 5ème puissance mondiale. Car dans un pays qui s’est voulu sans privilèges, il y en a encore qui ont le privilège d’être pauvre.

"Nier les réalités ne les feront pas disparaitre"

Comment entendre un président nier les conditions précaires dans lesquelles se trouvent près de 9 millions de français ? Comment feindre au soir du 22 mars les revendications des français, et répéter inlassablement à la veille d’un lancement de campagne européenne, que ces mêmes français sont en colères ? Aurions-nous face à nous un chef d’Etat aux discours ambivalents, jouant des mots pour gagner sur le terrain des populismes ? Il n’y a pas une France en bonne santé et une France malade, mais une France indivisible, solidaire et forte de ses acquis sociaux. Les français sont fondamentalement solidaires et le discours ambiant consistant à opposer ceux qui réussissent et ceux qui ont des fins de mois durant 30 jours ne doivent pas s’ignorer ou se confronter. Le combat de demain consiste à rassembler un pays autour d’un projet politique cohérent et incluant. Il y a derrière ce jeu dangereux, celui qui consiste à diviser selon les statuts, à opposer selon les classes ou les intérêts, à dresser les citoyens et citoyennes françaises, à graduer les inégalités - auxquelles un nombre croissant d’entre nous sommes confrontés - un risque fondamentalement imprudent pour nos démocraties. Car ne pas considérer ces inégalités, c’est rejeter massivement les préoccupations concrètes d’une part de la population française. Mais ne nous leurrons pas, nier les réalités ne les feront pas disparaitre !

Que dire de l’espoir de ce même exécutif sur sa vision européaniste volontairement tournée vers la jeunesse quand on sait que les jeunes françaises et français sont les premier.es à souffrir de la précarité normalisée et de la pauvreté ? La réalité des chiffres montre que la moitié des pauvres en France ont moins de trente ans, et parmi eux, 1,8 million sont des enfants et des adolescents: Ils représentent aujourd’hui un tiers de l’ensemble des cinq millions de personnes pauvres. Comment construire, rassembler et donner de l’espoir à une masse en souffrance ? Comment donner confiance à ceux qui depuis des années, restent sur le bord de la route attendant que les trains des réformes veuillent bien s’arrêter dans leur hameau de solitude quand, à une heure de grande écoute, le chef de l’Etat enterre, dans une déclaration sonnant comme un couperet, le restant de dignité de ces « riens » que sont les personnes en situation de fragilité sociale.

"Des générations sacrifiées, se détourneront des bureaux de votes."

Il y a dans ce risque majeur à ne pas considérer ceux qui souffrent, un danger pour nos démocraties. Si les décideurs politiques actuellement en responsabilité n’incluent pas les préoccupations des personnes En Marge! dans leur politiques d’inclusions et de cohésion sociale, alors il sera trop tard demain quand ces mêmes populations, ces générations sacrifiées, se détourneront des bureaux de votes: Les dernières élections en France et en Europe sont pourtant des alertes tangibles que nous feignons de ne pas voir. A l’heure de la  montées des populismes, de la Hongrie de Viktor Orban, il est urgent de se saisir des inquiétudes sociales si nous ne voulons pas être des spectateurs impuissants d’une masse considérable de citoyen.ne.s qui se tourneront vers les extrêmes en juin prochain.

M. Emmanuel Macron, la lutte contre la précarité doit être ambitieuse. Elle doit permettre à chacun et chacune d’entre nous de vivre dans la dignité et de ne plus dépendre de mesures politiques de vitrine. Il existe des solutions à notre portée: Le guichet unique, le Revenu Universel d’Existence, une juste répartition de la richesse, une taxation à la hauteur des revenus de chacun et bien d’autres encore ! L’ambition que vous portez ne doit pas se limiter à votre hauteur mais à celle d’un pays tout entier où se côtoient citoyens fragiles et individus aisés; Oui, il y a des inégalités dans ce pays, et votre rôle en tant que chef de l’Etat, est de les empêcher, de protéger chaque français de l’exclusion sociale.

Si vous êtes coutumier de foncer tête baissée en entrant dans nos institutions, pressé d’améliorer les choses, vous ne pourrez ignorer nos valeurs républicaines inscrites dans le marbre des frontons de nos mairies. Ne nier pas les valeurs qui ont fait de la France ce qu’elle est: Un Etat solidaire, fraternel et libre de toute oppression, économique et financière.

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