Les marchands de sable.

Il existe encore à Marseille des hôtels sans charmes qui ne sont là que pour les gens de passage. L'hôtelier n'est pas difficile, mais le confort est précaire.
En 2013, la capitale de la culture marseillaise a salué quelques projets ayant poussé en marge, dans le OFF, pour finir dans l'escarcelle de la communication officielle. Ce fut le cas pour Yes We Camp, le camping marseillais à l'Estaque, qui anima pendant 6 mois le bord de mer.
Ce Yes We Camp fut créé dans le but d'accueillir dans un camping les nouveaux visiteurs attendus pour 2013 Capitale culturelle. La mise en en scène de celui-ci devait se faire dans l'arrière-cours des Docks des Suds, mais ce sont les terres du port autonome, à l'Estaque, que le camping a fini par occuper.
Deux ans après, le collectif Yes We Camp veut remettre le couvert, ceci sans tenir compte de toutes les leçons du passé. Après l'annonce de la mise en place de ce bac à sable pour grands enfants gâtés, à côté d'un musée national, un syndicat réagit :

La Confédération Nationale du Travail est un syndicat minoritaire anarchiste. © CNT 31 La Confédération Nationale du Travail est un syndicat minoritaire anarchiste. © CNT 31


"On aimerait en rire… Mais, en ce moment, on a un peu de difficultés…
 Car de qui se moque-t-on en réalité ?"


Ayant moi-même participé aux 6 mois de travaux, je me souviens que les bénévoles avaient fini par créer un syndicat pour défendre la prise en compte de leurs points de vues dans les prises de décision. Le tout ayant commencé par la fin de la gratuité des bières.
Ce syndicat s'était ainsi surnommé le Syndi-Canette ! Grâce à la solidarité des bénévoles la direction de l'association (président, directeurs en tous genres et autres trésoriers) finit par accepter l'idée d'un camping accessible à tous et à prix libre. De plus, le prix de certaines prestations furent divisées par deux et l'organisation prit enfin en compte le confort des bénévoles.

 

A lire sur le soutient européen à Occupy Wall street http://romethesecondtime.blogspot.fr/2011/10/indignant-ones-rome-joins-wall-street.html et le mouvement Yes We Camp ©  Dianne Bennett and William Graebner A lire sur le soutient européen à Occupy Wall street http://romethesecondtime.blogspot.fr/2011/10/indignant-ones-rome-joins-wall-street.html et le mouvement Yes We Camp © Dianne Bennett and William Graebner

 

YES WE CAMP, rien à voir avec Occupy Wall Street mais si vous pouviez continuez à le croire...


"Fais des "œuvres sociales" et tu es sur de pouvoir obtenir des subventions". C'est en partant de ce postulat que l'association essaie de s'inscrire dans un paysage que certains voient vierge. Des propositions d'hébergement, d'aménagement éphémère, tout ça pour une commune en mal de culture ou un quartier en mal de débrouille. Pour moi ça ne fonctionne pas comme ça : commence par flinguer quelques perceuses dans les murs en béton amiantés de ces cités, commence par habiter l'endroit que tu ne connais pas et alors à ce moment-là tu sauras quoi y faire.
Composé à partir d'une poignée de personnes d'origines peu diverses, leur fond de trésorerie réside dans le détournement. Comme l'ambiguïté entretenant le charme du travesti, ce collectif risque d'essayer de vous charmer. Ils sont jeunes, ils sont beaux. Entrez, entrez, messieurs-dames, venez voir la femme à barbe, l'homme sans tête.


Bandits la tête haute, accompagné de ses meilleurs lieutenants.


Quelle idée, cet inutile copié-collé de Paris-Plage, qui lui au moins se fait livrer en péniche. Le tapis du Mucem, du sable offert par LAFARGE (sponsor officiel), multinationale qui étalera son ennui aux portes du musée, avec l'aide de semis-remorques au pied de la Méditerranée. Un sable corrosif pour les œuvres du Mucem, un sable rare qui abîmera également l'environnement : http://blogs.mediapart.fr/blog/blandine-margoux/270513/main-basse-sur-le-sable
Les bénévoles seront ainsi tenus d'animer le naufrage de la sardine avec des "goodies" (objets promotionnels), offerts par le bienfaiteur du plein air DECATHLON (sponsor officiel). Déluges de gadgets qui finiront poussés au large par le mistral, au milieu des nuages de sable calcaire des lieux, parés à étouffer le dernier dauphin ou la dernière tortue.
La gâteau s'élève à 350 000 euros (public) 350 000 euros (privé), offrant ainsi une dizaine de contrats en CDD à l'équipe de joyeux futiles qui feront en sorte d'assurer le bon déroulement des évènements. Tous aux services de leurs rêves qu'ils finissent par réaliser : s'installer à Marseille. Malheureusement j'ai l'impression qu'ils n'avaient pas trouvé la plage suffisamment proche de "l'hyper-centre" (tu enlèves le R à Hyper), celle des Catalans, de la Verrerie, de Corbières ou du Bain des Dames.


Bénévole prend garde à toi


J'ai fini par quitter ce collectif, entendu qu'il est toujours intéressant de voir comment une cabale peut être organisée pour que vous preniez seul la porte à la fin de l'automne 2013. Aujourd'hui je travaille encore avec des personnes que j'ai rencontré à l'Estaque en 2013, je ne sais plus ce que veut dire Yes We Camp, il semblerait qu'un mouvement espagnol d'occupation se serve de cet anglicisme.
Je fais de la bière depuis un an pour faire vivre un esprit particulier qui ne pouvait voir le soleil que proche des collines de l'Estaque, l'esprit du Syndi-Canette, chez les Trois Petits Cochons de Marseille, une association collégiale offrant espace et matériel aux associations qui pratiquent la fermentation et la fabrication de boissons.
Toi bénévole, si tu réponds à l'appel de Mucem-Plage, il n'y aura pas que le sable qui va gratter, cela devrait piquer aussi un peu... Le confort risque d'y être précaire, mais pourquoi pas se laisser endormir, sous le soleil, par le marchand de sable en maillot de bain Quechua.

Correction : https://twitter.com/NicoRousson?lang=fr

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.