Le sacrifice, sans mauvais jeu de mots, est l'acte de faire une croix sur un dû en vue d'un intérêt supérieur.
Dans l'absolu, se sacrifier, c'est donner sa vie, y renoncer pour faire vivre quelqu'un d'autre, jugé plus important. Cela implique un abandon calculé, un noble renoncement, anticiper pour obtenir mieux ensuite. Bénéfice du long terme, le sacrifice diffère un bien. Il le relègue. Renoncer à court terme au bien présent pour amener un meilleur avenir ; c'est une sorte d'investissement, de crédit. C'est aussi le bienfait de la construction, de la démarche du plaisir sur l'instantanéité de la jouissance. Alors, pour la génération de 1970-1985, quand les gouvernements successifs, puis l'opinion publique, nous ont expliqué que le "baby-boom" fera "papy-boom", et que nous, par conséquent, ferons "tampon", logiquement nous étions "La génération sacrifée". Pas de grande guerre en vue pour réguler tout ça physiquement. Donc, nous allions trimer davantage avec un bénéfice moindre. Mais ceux d'après, eux, n'auront pas de souci à se faire. Ça parait réglo, logique et utile. Hormis le fait que cela eut été imposé, le sacrifice parût réel et louable.
Finalement, bernique ! Les récentes grêves lycéennes, avec tout le mérite qu'elle avaient, entre autre proposaient la lecture de quelques pancartes. Notamment celles où l'on pouvait y voir : "Nous ne voulons pas être la génération sacrifiée". Beh non, alors ! C'est nous, la "génération sacrifiée". Soit, à sacrifice bidon, c'est un meurtre, soit c'est un suicide. Ici, c'est une arnaque. Une arnaque néo-libérale supplémentaire, une pilule lp (libération prolongée) à effet retard que la société française a gobée en 70'. C'était pas un ecsta', plutôt un acide.
De générations sacrifiées, nous n'étions que la transitoire, avant les lendemains qui déchantent longtemps. Depuis les 70', la société française va de mal en pis, nous en étions l'amorce.