Hamon oui, Valls non

Aux primaires citoyennes, il y a celui pour lequel je voterai : Benoît Hamon, et il y a celui pour lequel je ne voterai jamais, que ça soit aux primaires ou aux présidentielles : Manuel Valls.

Moi socialiste ex du PS, je voterai aux Primaires Citoyennes (j’éviterai de parler de «Belle Alliance Populaire», ça fait trop rassemblement de franquistes après la mort du caudillo), et y voterai, au premier tour comme je l’espère au second, pour Benoît Hamon. Selon moi le plus rassembleur, le moins clivant, le plus constant aussi. Il allie le mieux la gauche qui n’a pas renié ses fondamentaux avec l’écologie responsable. Il ne fonde pas son projet sur un retour de la croissance comme d’autres utopistes qui se prétendent réalistes attendent le grand soir. Il s’intéresse au partage du temps de travail, thème qui m’est cher. Il reprend des idées innovantes comme le Revenu Universel d’Existence. Il prône une Europe sociale. Il propose de favoriser l’intégration des réfugiés plutôt que d’aller à Munich engueuler Merkel qui les accueille. Il souhaite que la France rattrape son retard en Europe en matière de droit de vote des étrangers aux élections locales. Bref, je voterai pour Benoît Hamon.

Et je ne voterai jamais pour Manuel Valls. Jamais, cela veut dire ni à un second tour des primaires, ni à un premier tour des présidentielles, ni même à un second pour peu qu’il passe et qu’on n’ait pas l’extrême-droite. Non pas que je préfère la droite. Mais au-delà du bilan calamiteux des gouvernements Valls successifs qui suffirait à l'envoyer aux oubliettes, la continuation, par un politicien qui se réclame de la gauche sociale-démocrate, d’une telle politique anti-sociale et anti-démocratique (loi du travail à coups de 49/3, loi sur le renseignement, état d’urgence - qui a permis d’assigner à résidence des écolos durant la COP21, déchéance de la nationalité, débat sur le burkini ou le voile à l’université...), c’est l’assurance de tuer toute alternative de gauche, c’est le triomphe du TINA (There Is No Alternative), et des gages donnés à l’extrême-droite et son UMPS. Hollande est déjà en pré-retraite, Valls n’a qu’à l’y rejoindre. Lui offrir tout leadership sur la gauche après les élections, qu’elles soient gagnées ou plus probablement perdues (et à cause d’eux deux notamment), serait suicidaire pour la gauche, et par suite pour les droits sociaux, la laïcité (la vraie, celle d’Aristide Briand, pas de Clémenceau), l’unité de notre peuple au-delà des croyances de chacun...  La musulmanophobie, autre thème qui m’est cher, est un cancer qui part certes de l’extrême droite mais répand ses métastases à droite et même maintenant à gauche. Le vallsisme est une de ces métastases. Valls ne mérite que de rejoindre les poubelles de l’histoire de la gauche, avec Guy Mollet, et François Hollande.

Ces lignes, bien énervées pour un grand modéré tel que moi, n’ont au fond qu’une seule cible : les personnes qui, même sans lui vouer une adoration sans bornes, pensent voter Valls parce qu’elles croient qu’il est le plus à même soit de battre Fillon et Le Pen, soit de régner sur l’opposition après la défaite. Et elles n’ont qu’un seul but : leur faire prendre conscience que des gens de gauche comme moi (ma déclaration ne représente que moi, mais je suis probablement loin d’être le seul à penser ainsi) ne voteront jamais pour lui, quand bien même la primaire l’aurait désigné candidat.

Qui donc, dès lors, est le plus à même soit de battre la droite et l’extrême droite, soit de rassembler et reconstruire une opposition véritablement de gauche ?

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