Pourquoi je ne veux plus voter pour Hollande, même à un second tour

       Des personnalités, intellectuelles et politiques, réclament, dans une tribune des primaires des gauches et des écologistes. Elles ont entièrement raison, j'ai souscrit à leur pétition, et si de telles primaires ouvertes adviennent, j'y participerai. Il n'y a en effet rien d'évident, loin de là, à reconduire tacitement comme candidat naturel un président qui a renié sa campagne tant du point de vue économique (pacte de responsabilité et lois Macron contre discours du Bourget, révolution fiscale aux oubliettes) que de celui des valeurs (déchéance de nationalité contre engagement 50 d'ouvrir le droit de vote aux extra-communautaires, lutte contre le contrôle au faciès abandonnée, virage sécuritaire), et qui s'est mis à dos les autres partenaires de gauche, une part des député(e)s (frondeur(se)s), et une partie de ses camarades socialistes (y compris celles et ceux qui, comme moi, ont quitté le PS en cours de route). De tels reniements pourraient sauver son mandat si des résultats étaient au rendez-vous. Mais le chômage galope toujours, la voix de la France peine à se faire entendre au Conseil Européen, les claques électorales se succèdent, et l'extrême-droite en sort plus forte que jamais. Quant au PS, dont le dernier congrès a validé le légitimisme, on ne peut guère lui faire confiance pour proposer un(e) candidat(e) alternatif(ve) sans l'appui de l'extérieur.

 

      Lors de telles primaires, il va de soi que, pour ma part, je ne pourrai pas plébisciter le candidat Hollande. Mais j'irais plus loin : compte-tenu de ses reniements, je ne peux pas rester cohérent avec mes convictions et voter pour lui à un premier tour de présidentielle, quand bien même il sortirait vainqueur d'une primaire. Mieux : ma voix ne serait pas acquise même à un second tour, si jamais il y accède.

 

      En effet, pour peu que le/la candidat(e) en face soit respectable (ni extrême-droite, ni droite courant après l'extrême-droite comme Sarkozy), ce qui n'est pas gagné, nous aurions, face à face, la droite classique et la gauche qui imite la droite (et imite même parfois celle qui imite l'extrême-droite). Hollande adopte ainsi, depuis un certain temps, la même tactique : chasser sur les terres de la droite pour lui couper l'herbe sous les pieds. Stratégiquement, cela réussit au moins dans le sens où la droite reste mal en point, guère audible, embarrassée à devoir soutenir les propositions du gouvernement, et, n'en déplaise à Sarkozy, dépendante d'un front républicain pour gagner certaines régions. Mais cette tactique politicienne pose plusieurs questions : Hollande demeure-t-il si dépourvu de convictions (ou d'idées) pour aller chercher celles des autres ? De plus, si on affaiblit ainsi l'opposition de droite, qui récupère-t-on en face à la place ? Les dernières élections donnent un indice, même si le réflexe républicain reste encore (pour combien de temps ?) un garde-fou important. Mais surtout : avec cette méthode, au final, c'est bien une politique réclamée par la droite, voire pire, qui est mise en place, alors que le candidat fut élu principalement par l'électorat de gauche, sur des promesses de gauche. Dès lors, si le deuxième tour d'une présidentielle voit s'affronter la droite classique et la gauche qui fait la politique de la droite, un seul vote s'impose tout logiquement : le vote blanc.

 

     Que les partisan(e)s de son investiture gardent en tête cet avertissement, car je suis probablement loin d'être le seul socialiste déçu à vouloir agir ainsi.

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