Valls et le burkini : la bêtise et la musulmanophobie d'en-haut gagnent du terrain

Valls soutient les interdictions, par des maires, du burkini sur les plages. Sous couvert de lutte pour l'égalité entre les sexes ou contre l'islamisme, le premier ministre ne fait que valider des mesures musulmanophobes.

    Des maires très droitiers veulent interdire le burkini sur leurs plages, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, sans qu'on sache vraiment comment cette interdiction préviendrait des attentats. On notera d'ailleurs que les arrêtés n'interviennent pas au début de la saison estivale ni juste après le massacre de Nice, mais étrangement fin août, peu avant la rentrée... politique.

     Leur emboîtant le pas, le premier ministre, Manuel Valls, soutient ces maires de la droite de la droite, car le burkini représente selon lui "l'asservissement de la femme". Donc, après avoir, par féminisme, supprimé les burkas de la rue et ainsi cloîtré ces femmes chez elles, on veut empêcher des dames entièrement couvertes (sauf au visage) de se baigner ou profiter de la plage, alors qu'elles ne gênent que celles et ceux qui n'aiment pas les voir. Comme, auparavant, pour mieux favoriser l'émancipation féminine, le clan vallsien (à travers sa très fantômatique secrétaire d'Etat aux droits des femmes Pascale Boistard), voulait empêcher les femmes voilées d'étudier à l'université.

     On nage ici en plein délire. Mais, et c'est ce qui m'inquiète, en plein délire musulmanophobe. Car, sous le prétexte d'une lutte contre le terrorisme ou de valeurs universelles (l'égalité des sexes), c'est toujours la même population qui est visée. J'ai croisé l'autre jour, à la gare TGV de Besançon - Franche-Comté, un jeune mec en grande soutane noire que des jeunes adolescents appelaient "Monsieur l'abbé". Il me semble que cet abbé ne devait pas appartenir à la frange la plus progressiste de l'Eglise catholique. On était plutôt du côté "manif pour tous", voire pire. Donc, probablement du fondamentalisme d'un autre bord. Interdirait-on pour autant à cet homme d'accompagner ses ados sur une plage ?

    Il ne s'agit pas ici, à proprement parler (pour le burkini) de musulmanophobie d'état, mais bien d'une musulmanophobie nourrie par les hautes sphères de l'état, en la personne ici du premier ministre.

    Pour en finir avec Valls (si seulement...), celui-ci se réclame souvent de Clémenceau. Or, Clémenceau fut l'un des héros du dreyfusisme, l'un de ceux qui avaient compris dès le début que cette affaire dépassait le simple cas de trahison présumée d'un soldat, mais relevait du politique, et témoignait de l'antisémitisme ambiant de l'époque contre lequel il fallait lutter. Dommage que Valls aille dans la direction strictement opposée à celle de son modèle. N'est pas Clémenceau qui veut.

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