Benoît, quitte le PS !

Benoît Hamon lance son mouvement le 1er juillet. Mais l’ancien candidat socialiste à l’élection présidentielle ne semble pas prêt à sortir du PS. Or, il doit le faire s'il veut participer au renouveau socialiste.

Benoît Hamon lance son mouvement le 1er juillet. J’en serai. Mais l’ancien candidat socialiste à l’élection présidentielle ne semble pas prêt à sortir du PS. L’ayant moi-même quitté en 2015 (avant même la loi sur le travail, l’état d’urgence permanent et la déchéance de la nationalité), je pense que le renouveau socialiste ne peut advenir qu’en dehors d’un PS moribond et porte-poisse. Exposé en quatre temps.

1er temps : Congrès de Poitiers (juin 2015)

Favorable à la fronde, j'ai quitté le PS en 2015, à l'issue du Congrès de Poitiers (je m'en suis expliqué ici et ici). Ce départ non isolé participait à une vague qui en suivait d'autres (2008 pour la création du Parti de Gauche, 2013 pour Nouvelle Donne…), et en précéderait d'autres encore. J'avais alors calculé que, pour les trois derniers congrès, si l'aile gauche (réunie ou divisée) gagnait 5 % par congrès (de 20 % à 30%), cette progression s'accompagnait d'une diminution drastique des nombres de militant.e.s participant au vote (de 130000 à 70000). Bref, si on continuait la tendance, le PS serait exsangue bien avant que l'aile gauche n'en prenne les rênes : le bloc légitimiste gardait le pouvoir au prix d'une hémorragie. En d'autres termes, contrairement à ce que j'avais jusqu'alors cru, on ne pouvait sauver le PS de l'intérieur, tout juste l'accompagner dans son naufrage.

2ème temps : Primaires Citoyennes (janvier 2017)

Bien que n'ayant pas participé à la campagne (par manque de temps), j'ai soutenu Hamon, avec l'idée dès le départ qu'il avait de réelles chances. Il y avait fort à parier, en effet, que la population des votant.e.s aux primaires différait de celle des militant.e.s : bien des déçu.e.s comme moi (et réticent.e.s vis à vis de Mélenchon) devaient la composer, tandis que le bloc légitimiste gardait, à l'intérieur, la barre du bateau PS qui prenait déjà l'eau. Le résultat, une victoire nette, me donna raison, et montrait de manière éclatante le hiatus entre d’un côté la direction et les militant.e.s restant.e.s  du PS et de l’autre son électorat, et l'illusion dans laquelle le bloc légitimiste s'était bercé en se croyant majoritaire et en considérant souvent comme « traîtres » les frondeurs et frondeuses pourtant plus en phase avec les sympathisant.e.s (et qui ne sont pas allées voir ailleurs).

3ème temps : Campagne des présidentielles

N'accablons pas Benoît Hamon de son très faible score. Il a sa part de responsabilité, certes, mais beaucoup d'électrices et d'électeurs votèrent  pour un Mélenchon porté par les sondages ou un Macron par vote utile, par la peur d'un duel Fillon – Le Pen au second tour. Ne jetons pas non plus cette campagne aux orties : après des années de synthèse molle et d'absence de débats autres que politiciens, elle ramenait les intellectuel.le.s dans le cercle, et participait au renouveau des idées. Il nous faudra garder cela.

Mais cette campagne a surtout montré deux choses : d’une part que la marque PS plombe, et d’autre part que la direction désavouée, Cambadélis en tête, n’a pas aidé le candidat que son électorat avait pourtant plébiscité, sans parler de celles et ceux qui, ne voulant pas d’un traître-frondeur, ont préféré aller voir ailleurs : même si l’aile gauche prend le bateau par l’extérieur, les éléphants qui tiennent la barre préfèrent le couler voire le torpiller que de le laisser entre ses mains.

4ème temps : Législatives

La vague macroniste a laminé les député.e.s sortant.e.s socialistes, qu’ils / elles se positionnent dans la majorité présidentielle ou dans son opposition. Les frondeuses et les frondeurs ont tout autant perdu que les autres, voire plus  : peu importe qu’on se soit opposé à la politique du quinquennat achevé, Hollande, Valls et Cambadélis ont tant souillé la marque PS qu’elle porte désormais la poisse à qui s’en revendique, et celle-ci risque de coller encore longtemps.

Etat des lieux

L’aile gauche n’a pas su changer le PS de l’intérieur ni l’aborder par l’extérieur, et a coulé comme le reste. Le groupe socialiste à l’assemblée ressemble à un radeau de la Méduse où cohabitent les « deux gauche irréconciliables » qui ne savent pas communément quelle direction prendre : soutenir ? s’opposer ? être «constructif» ?

Il faut sonner le glas du PS : la marque plombe, et je ne la vois pas plus renaître que le PASOK. La gauche a besoin d’une force nouvelle, opposée aux libéraux macronistes, mais pas non plus phagocytée par la France Insoumise, partenaire d’opposition, éventuel allié lors d’élections (comme d'autres : PCF, EELV, Nouvelle Donne...), mais avec lequel on garde des désaccords (Europe, verticalité...). Je ne dois pas être le / la seul.e déçu.e du PS qui ne trouve pas son bonheur dans les autres forces de gauche existant.e.s, mais rêve d'un socialisme qui se ressource dans ses fondamentaux et s'abreuve d'idées nouvelles. Mais ce n’est pas dans un vieux PS moribond qu’on lancera ce renouveau socialiste. Benoît, quitte le PS, et lance le mouvement en dehors !

Mise à jour (2 juillet) :

Je ne pense pas que Benoît Hamon fasse partie des deux pelée.e.s et trois tondu.e.s (en me comptant) qui lisent mes billets. Je ne peux donc guère m'enorgueillir d'avoir été écouté, mais mon vœu a été exaucé : Benoît Hamon, au lancement son mouvement du 1er juillet, a quitté le PS.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.