Quand Copé veut réformer… les réformes

Il y a le discours. Et la réforme. Jean-François Copé, nouveau patron de l’UMP et maniaque du débat, veut allier les deux. Mardi 8 février, pour la première réunion de Génération France -son cercle de réflexion- depuis qu’il a pris ses nouvelles fonctions rue de la Boétie, « JFC » avait choisi de débattre sur la gouvernance. Et ce, afin d’aller au-delà du « rituel habituel : manifestations, grèves, discussions interminables puis finalement on vote la loi… » Le tout autour d’une question aussi large que simpliste : « Réformer, oui mais comment ? ». Un débat paradoxal après neuf ans de droite au pouvoir et trois années de présidence de Nicolas Sarkozy marquée notamment et dernièrement par la réforme des retraites, passée en force à l’automne.

Woerth : « Ma réforme fera consensus a posteriori »

Ca tombe bien, celui qui a mené cette réforme à son terme et réussi à faire descendre plusieurs millions de Français dans les rues, Eric Woerth, était la garantie et l’invité d’honneur du député-maire de Meaux dans un luxueux salon de l’hôtel parisien Concorde-Lafayette. Devant un parterre d’élus UMP et de sympathisants, l’ancien ministre du Travail a développé sa méthode entre deux micro-trottoirs vidéodiffusés sur deux écrans géants. « Il n’y a jamais de consensus a priori, affirme-t-il. Il arrive après. Je suis certain que ma réforme fera consensus a posteriori. » Comme les 35 heures aujourd’hui ? Et chaque invité d’y aller de son (bon) mot sur la manière de réformer un pays que l’ensemble des pontes de l’UMP présents (Marc-Philippe Daubresse, Hervé Novelli, Christian Jacob, Laure de la Raudière…) s’accordent à qualifier « d’ingouvernable ».

Pour le marseillais Renaud Muselier, pris à témoin sur le blocage du port de la cité phocéenne, « il faut crever l’abcès CGT une bonne fois sur le port et réduire son rôle. » Un sentiment partagé par Jean-Paul Delevoye, président du CESE et ancien ministre de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, pour qui la négociation avec les partenaires sociaux s’avère impossible et qui prône le « rapport de force ». En guise de faible contradiction, la voix de Carole Couvert, secrétaire générale du syndicat CFE-CGC.

Copé : « Hadopi ? On y est allé avec nos gros sabots »

Copé, de son côté, profite, jubile, assume ses positions (« Personne n’a dit qu’on devait travailler le même nombre d’heures dans toutes les branches » ; « Le gouvernement au boulot, aux clubs et think tanks d’alimenter le débat » ; « Hadopi ? On y est allé avec nos gros sabots »). Arrivé sous les acclamations, à peine dérangé par le trublion de Canal+ Cyrille Eldin, l’homme est à l’aise, serein. En terrain conquis. Comme Jean-Pierre Raffarin, très en forme lors de ses envolées lyriques sur l’amour, Luc Ferry ou le poids des cartables. Les vieilles dames sont charmées. « Le peuple est la cheville ouvrière de la réforme », scande l’ancien Premier ministre, fier de lui. Et de développer ce qui selon lui a changé avec le sarkozysme : « Sarkozy a apporté un nouvel élément important : la réforme permanente et simultanée. » Et Copé de conclure : « En fait, il y a plus de questions que de réponses. » On est bien avancé.

 

Le referendum remis au goût du jour ?

En homme-pressé, « JFC » aime à le répéter : « il faut que ça aille vite. » Pour illustrer cela, le nouveau patron de l’UMP s’est fendu d’une proposition pour le candidat de la droite à la présidentielle. Une proposition à fort taux de populisme qu’il souhaiterait voir étendre à tous les candidats à la magistrature suprême. « Je souhaiterais que chaque candidat ait deux ou trois sujets, sous forme de lois, prêts à être votés par référendum au lendemain de l’élection présidentielle. » Un point central du futur programme de l'UMP ? « Non, rétorque Copé. Pour le moment, ce n'est qu'une idée sur laquelle on travaille. »

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