Villepin, l'antisarkozysme stratégique

Après avoir qualifié Nicolas Sarkozy d'être « l'un des problèmes de la France », Dominique de Villepin s'est fait rappeler à l'ordre par une grande partie de la majorité, se posant une nouvelle fois en victime. Et si tout cela était calculé ?

Après avoir qualifié Nicolas Sarkozy d'être « l'un des problèmes de la France », Dominique de Villepin s'est fait rappeler à l'ordre par une grande partie de la majorité, se posant une nouvelle fois en victime. Et si tout cela était calculé ?

 

Nul ne peut nier l'inimitié entre le chef de l'Etat et l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac. En déclarant que son meilleur-ennemi était « l'un des problèmes de la France », Dominique de Villepin n'a rien fait d'autre que de rester fidèle à lui-même, à la tendance actuelle de l'opinion, et à ses écrits.

Doubler Bayrou ?

Cette saillie survient ainsi à peine quelques jours après la sortie de son livre, De l'esprit de cour, la malédiction française, dans lequel le fondateur de République Solidaire attaque déjà, avec virulence, l'homme Nicolas Sarkozy. « Aux antipodes de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a d'abord dévalorisé la présidence en la surexposant médiatiquement », écrit le chiraquien pour qui « l'homme n'a pas de surmoi, et veut être aimé pour ce qu'il est. Il s'est forgé une vision de la France qui lui ressemble, c'est à dire individualiste ». Enfin, DDV tacle l'esprit de cour qui anime l'hyperprésidence actuelle, « une cour invraisemblable de perroquets apeurés distillant en boucle les mêmes éléments de langage, de flatteurs impénitents, de roseaux plus penchés que pensants qui ne vivent qu'à travers le regard du prince. »

Dont acte. Une petite critique bien sentie pour mettre en exergue ceux qu'il traite de « perroquets » et la mayonnaise prend. La « cour » qu'il critique s'en donne à cœur joie de voler au secours du « chef ». Le gouvernement dans son ensemble, ou presque, s'est en effet empressé de discréditer le discours villepiniste, finalement proche de l'antisarkozysme d'un François Bayrou dont il cible l'électorat pour 2012.

« Je ne leur en veux pas, je connais leur amitié pour notre ancien Premier ministre »

Ses « amis » ministres, Bruno Le Maire et Georges Tron, soucieux de conserver un strapontin lors du prochain remaniement, se sont aussitôt désolidarisés de leur ancien camarade. Dans la foulée, Xavier Bertrand, Jean-François Copé, Michelle Alliot-Marie et d'autres ont également lâché le chiraquien. De Villepin peut sourire en coin d'avoir prouvé par l'absurde ses critiques émises envers cette « cour ».

Une fois de plus, face au pouvoir de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin se place en victime. Victime dans l'affaire Clearstream, victime d'être au sein de l'UMP une voix discordante. Une posture qu'il affectionne et qui permet au probable candidat à l'élection présidentielle de 2012 de conserver une certaine visibilité médiatique. Et ses soutiens le savent.

Pour le député de l'Hérault, Jean-Pierre Grand, fidèle parmi les fidèles, « les députés villepinistes lui ont tous réaffirmé leur soutien et leur amitié. » « Les déclarations dures de Bruno Le Maire et de Georges Tron sont celles de ministres de Nicolas Sarkozy, ajoute-t-il. Ils ont cessé d'être proches de Dominique de Villepin dès lors qu'ils sont rentrés au gouvernement. Aujourd'hui, pour y rester, ils n'ont d'autres choix que de s'exprimer comme ils l'ont fait. Je ne leur en veux pas, je connais leur amitié pour notre ancien Premier ministre ». « En privé, ils n'ont pas de mots assez durs, y compris les ministres en exercice, pour le comportement du chef de l'Etat », corrobore un autre fidèle villepiniste, le député du Morbihan, François Goulard.

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